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Uriah Heep › Look at Yourself

cd | 7 titres | 41:16 min

  • 1 Look At Yourself
  • 2 I Wanna Be Free
  • 3 July Morning
  • 4 Tears In My Eyes
  • 5 Shadows Of Grief
  • 6 What Should Be Done
  • 7 Love Machine

line up

David Byron (chant), Ken Hensley (orgue, piano, guitares, chant), Mick Box (guitares), Paul Newton (basse), Iain Clarke (batterie)

remarques

La seconde pochette est celle des premières rééditions CD.

chronique

Styles
hard rock
progressif
Styles personnels
heavy-prog 70's

Le visuel de Look at Yourself est un miroir, qui permet donc de "mettre" son visage dans la pochette, et ainsi personnaliser son exemplaire sans le toucher, par simple reflet. Une pochette pouvant être personnalisée sans qu'on la touche... c'est un atout exceptionnel non ?... Mais j'y pense tout à coup... L'artwork du troisième Uriah Heep ne serait-il pas porteur d'une dimension sarcastique, voire satirique ? Ce visuel et ce titre ne trouveraient-ils pas un écho massif dans une société plus que jamais rongée par le réflexe narcissico-technologique à caractère morbide - plus communément appelé "selfie" ?!... "Regarde-toi", nous dit Uriah... "Regarde-toi, consommateur aseptisé du monde moderne" ; "Regarde-toi, homme schizoïde du 21ème siècle !" - "REGARDE CE QUE TU ES"... Nom d'une pipe, je crois que je suis obligé de coller une bonne note à cet album avant même d'avoir abordé la critique musicale ! Même si dans le fond cette pochette est quand même assez médiocre (ne serait-ce que techniquement, vu que mon reflet est plus qu'approximatif sur ma version vinyle - et inexistant pour la réédition CD avec son mini-psyché sur fond noir). Notons, pour conclure cette indispensable et passionante analyse de couverture, que deux yeux sont grossièrement incrustés dans la partie supérieure de la pochette, au cas où nous aurions mal saisi le concept de Look at Yourself. Circa 1971 les auditeurs juvéniles de Uriah Heep mangeaient probablement des petits beurres très concentrés en molécules roses et violettes, ce qui affectait gravement leurs neurones. Il leur fallait donc des associations pochette-titre sans équivoque. En effet, Uriah Heep a eu un très gros succès dans les boums de cette époque insouciante et dégénérée, avant de devenir une référence pour les collectionneurs de "groupes heavy 70's à moustache fleurie". Et rien d'étonnant vu l'esprit très "hippie tardif" et les mélodies nunuches prédominantes dans la musique de Uriah heep, tenant plus du simili-prog rock un peu heavy que du pur hard rock d'influence blues. Uriah Heep ont définitivement ce côté "blaireaux super attachants". Leurs détracteurs les considèrent comme des seconds couteaux et rien de plus, le plus souvent estampillés 'copie au rabais de Deep Purple', quand il n'aiment déjà pas les originaux et conchient la naïveté et la crétinerie manifestes de leurs paroles, de leurs mélodies kitsch, et la désuétude kaki pâle de leur son (en faisant l'impasse sur la mystique prolo pourtant essentielle dans le hard rock, contrairement à la profondeur des textes n'étant au mieux qu'un bonus). Leurs admirateurs, quant à eux, leurs vouent un culte tranquille, les considérant comme un groupe honteusement méprisé et agissant pour rétablir la vérité. Faisant partie de la majorité des ringards centristes - celle qui croise depuis des années les 33 tours de Uriah Heep à bas prix dans les bacs et à foise - je me situe entre ces deux camps... Quoique plus proche du second que du premier... Car pour moi, Deep Purple est déjà un groupe second-couteau comparé à Black Sabbath ou Led Zeppelin. Et Uriah Heep tourne plus souvent que Deep Purple chez moi, parce que j'y suis tout bêtement plus attaché. Parce que Uriah Heep c'est un peu ELP mais en Deudeuche. Ces musiciens-là sont des zicos, et ils jouent leurs partoches en bons samaritains. Il faut savourer cette innocence et cette fougue qui manquent en vérité à bien des groupes... La ringardise de Heep rime avec gourmandise. Un peu à l'image de leur choix de nom - même s'il est peu probable qu'ils l'aient choisi pour autre chose que pour sa sonorité - Uriah Heep s'assumaient seconds couteaux ou n'en avaient juste rien à battre, ils brillaient pour leurs cibles. Ce que j'aime chez Uriah Heep ? Je crois que c'est la patine très vintage de leur son, très "bakélite sur nappe cirée", l'efficacité sans faille des rythmiques et changements rythmiques. Leur style est aussi immédiatemment reconnaissable que celui de Black Sabbath en vérité. Et promet quelques passages originaux, comme "Shadows of Grief" et son break onirique bizarre - un des rares moments subtils du Heep. Même si la progression progressivement progmoche menace toujours ("July Morning"), et que le final laisse retomber le groupe dans ses travers les plus craignos, à savoir dans le cas présent du sous-Supertramp avec un piano qui donne envie de se réfugier chez le Roxy Music du même moment à toute berzingue... Il y a des purs petits instants de liberté chevelue tel "Tears in My Eyes" avec son riff un peu "American Woman" speedé. Le chant plus théâtral que motard de David Byron n'est sûrement pas le plus fascinant qui soit, certes ; mais Byron avait une moustache. Et comme Freddie Mercury, il la méritait. La moustache décédera, l'homme aussi, quelques années après avoir été remplacé par un chanteur dont je me fous complètement - car Byron restera selon moi comme l'un des meilleurs chanteurs de ce style, à la fois ce proto-Rob Halford moelleux croisé Daniel Balavoine, et ce leader mi-poils mi-Lumière, inspiration certaine pour une frange non-négligeable de chanteurs NWOBHM. Et à part le fameux Byron et les chœurs castrés (Paix & Amour), la signature de Uriah Heep, plus encore que les "nanana" et "lalala" ad lib et certainement plus que les riffs, c'était vraiment ce son de clavier bien mat, un orgue volontiers fougueux qui parfois fait office de machine à riff comme sur ce tube éponyme ultra-efficace astucieusement positionné en ouverture. Orgue-moteur ! Look At Yourself surpasse indéniablement Salisbury grâce à un feeling plus compact et tubesque, et, même s'il sera lui-même un peu surpassé par Demons & Wizards, c'est un authentique petit classique des seventies dans leur versant le plus insouçiant, naïf et cajoleur. Rouflaquettes, moustache en duvet et chemise fleurie à coudières sont le combo de rigueur pour en apprécier pleinement les charmes. Mais vous pouvez très bien l'écouter tout nu aussi.

note       Publiée le dimanche 10 avril 2016

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zugal21 › vendredi 6 juillet 2018 - 19:41  message privé !

Et hop ; encore cette époustouflante richesse Rococo et joaillière .... Peut-être à pas écouter trop souvent

Note donnée au disque :       
taliesin › mardi 8 mai 2018 - 10:17  message privé !

'July morning', tout bonnement grandiose, me fait assez penser au 'Lady fantasy' de Camel !

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