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Doruk Onatkut Orkestrası › Şeker Oğlan

cd • 13 titres • 37:14 min

  • 1Şeker Oğlan2:59
  • 2Misket2:54
  • 3Koyunları Suya İndirme2:59
  • 4Antalya'nın Mor Üzümü2:28
  • 5Zeybek3:05
  • 6Yayla Yolları2:49
  • 7Memberi2:51
  • 8Topal Koşma2:51
  • 9Samsun'un Evleri (Açış)3:24
  • 10Samsun'un Evleri2:51
  • 11Aslan Mustafa2:32
  • 12Fidayda (Açış)2:42
  • 13Fidayda2:58

extraits vidéo

informations

L'album est disponible en téléchargement sous le titre "Saz İle Oyun Havaları - Turkish Folklor Music Vol.5", avec une pochette toute aussi générique que le nom mais qui permet de l'apprécier avec une bonne qualité sonore.

line up

Zafer Dilek (guitare), Arif Sağ (bağlama), Doruk Onatkut (production, arrangements), Mehmet Horoz (basse), Aykan Karataş (batterie, percussions)

chronique

  • bağlama virtuose

Evacuer d’abord le problème de la pochette. Parce que si vous vous attendez à une sorte d’exotica orientale pornographique, c’est raté. Dans les années soixante-dix, la Turquie est un pays encore vraiment laïc et très occidentalisé. Du moins Istanbul. Sous l’impulsion de la vague Anatolian Pop, elle même influencée par les musiques et l’esprit venu de l’Ouest, on assiste à une vague de sortie d’albums instrumentaux où des orchestres de studios reprennent en les modernisant toute une partie de la musique folk turque, à savoir la musique à danser, où plutôt les musiques à danser, avec toutes les influences exogènes et spécificités régionales que ça suppose, la zone ayant toujours été culturellement perméable, prise entre Orient et Occident. Dans le lot, les musiques de danse du ventre, peut-être considérées kitsch avec nos cerveaux et nos oreilles de descendants de colons, mais véritable genre en soi avec là encore des subtilités selon cultures et territoires. La plupart du temps sortis sous le nom générique de oyun havaları, c’est à dire d’airs à danser (à jouer, littéralement), ces albums racolaient le chaland à base de pochettes charnues sous des étoffes ténues. Et nous y voilà avec le Doruk Onatkuk Orchestrası qui y va de son artwork érotique, on entend presque la charmante bouclette au coin du feu sussurer en roulant du r « Viens me mettre la misère, mon garçon sucré. » Oui, Şeker Oğlan, ça signifie à peu près ça. « Garçon sucré » je précise, pas « mettre la misère », souvenez-vous en la prochaine fois que vous irez draguer dans un bar de Kadife Sokak. Mais je m’égare dans des fantasmes caduques, d’autant que comme je le signalais en début de chronique, la musique contenue sur cette galette n’a aucun rapport ni de près ni de loin avec le racolage cuisses ouvertes de cette pochette qui vaudra d’ailleurs à l’album de ne pas figurer dans la discographie officielle de Arif Sağ, pourtant inscrit en gros, juste à hauteur du sein le plus couvert. Arif Sağ est un virtuose du bağlama, l’instrument par excellence du folk turc. Une sorte de saz à manche court ou long utilisé par tous les grands troubadours tels Aşık Mahzuni Şerif, Neşet Ertaş ou Âşık Veysel. C’est à cet instrument que cet album est dédié, le groupe de Doruk Onatkut faisant surtout ici office de section rythmique de luxe. Doruk Onatkut, ce n'est pas non plus le premier venu. C’est lui qui, avec la chanteuse Tülay German, enregistre ce qui est considéré comme le tout premier titre de l’Anatolian Pop, en 1964, « Burçak Tarlası ». C’est lui aussi qui est derrière la console pendant l’enregistrement de « Elektronic Türküler », le chef d’oeuvre d’Erkin Koray. Pas les premiers venus ni de vulgaires maquereaux d’un orientalisme dégoutant de vulgarité, comme cette pochette qui sent un peu le poil de chatte (osez dire que vous n’y avez pas pensé au vu du millésime capillaire). Arif Sağ ayant fini au parlement, on comprend qu’il n’assume pas tout à fait. Et c’est dommage, car le contenu est au poil. Je suis hilarant. J’allais dire poilant, mais ce serait tiré par les cheveux (comme une bonne levrette, pardon mais cette pochette incite à ce genre de vannes). Et pourtant, la musique ici est parfaitement classe. Des réinterprétations de morceaux folk, la plupart à danser, avec une rythmique soutenue par une basse, une guitare (là encore pas n’importe qui car c’est le producteur/requin Zafer Dilek qui tient bon le manche) et une batterie, soit une formation rock derrière l’extraordinaire jeu de Sağ, totalement mis en avant. Souvent aussi, des percussions plus traditionnelles, dont les fameuses cuillers de bois indispensables à certaines danses. Et quelques longues introduction (notées « açiş » sur l’album) au bağlama seul, tel qu’il était joué par les chanteurs folk. Même si ici, toute parole a disparu pour laisser la place à l’instrumental seul, mais l’aspect moderne des arrangements font que cette musique appartient bien à la grande famille de l’Anatolian Pop, les licks accérés de guitare de Dilek en contrepoint restant tout de même assez en retrait. Sağ quant à lui, se balade, improvise en maître qu’il est, n'ayant besoin d’aucun accompagnement pour être fascinant, parfois même les arrangements visant le côté pop pouvant paraître le limiter alors qu’il brille de mille feux dès qu’il est seul, comme sur les trois minutes incroyables de « Zeybek » où il heurte lui-même son instrument en guise de percussion . Les deux premiers morceaux ne sont à cet égard, celui d'une approche plus "pop", pas les meilleurs, mais dès l’irresistible « Koyunları Suya İndirme » avec ses variations hachées de tempo, la sauce est lancée. Ensuite viendront les longs préliminaires agiles et quasi-mystiques de « Samsun'un Evleri" et « Fidayda », laissant les notes s’égrèner parfois dans les échos du silence avant que la rythmique électrique ne fasse son oeuvre de transposition, de fusion minimaliste, ces transes envoutantes au son de cuillers frappées, « Antalya'nın Mor Üzümü », l’hypnose de « Topal Koşma », traversées d’improvisations, les frénésies de « Aslan Mustafa » et « Yayla Yolları ». De la musique très sérieuse somme toute, du folk turc juste réinterprété avec ce qu’il faut d’électricité discrète pour s’inscrire dans une lignée progressiste, par un des plus grands joueur de bağlama du monde. Pour lui donner une nouvelle crédibilité, l’album est ressorti avec une pochette basique et un titre qui en rapellent d’autres évoqués plus tôt : Saz İle Oyun Havaları. Voilà, on y revient, des airs de musique à danser avec du saz. Finalement, il s’inscrivait bien dans son époque, à tout point de vue. Et quel point de vue ! Rien que pour ça, le vinyle doit se payer cher, le prix de l’érotisme vintage. Mais pour une fois que la musique en valait le coup...

note       Publiée le mercredi 13 avril 2016

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    (N°6) Envoyez un message privé à(N°6)
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    J'ai cru que c'était sur Itunes, mais le lien semble ne pas marcher ici. Je crois qu'il est sur les sites de streaming habituels, tout l'album est sur le Tube et probablement téléchargeable ici mais il faut un compte.

    Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

    Et on trouve ca ou a part les quelques pistes ytube? C'est plutot allechant