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Today Is The Day › Supernova

cd | 13 titres | 53:30 min

  • 1 Black Dahlia
  • 2 6 Dementia Satyr
  • 3 Silver Tongue
  • 4 Blind Man At Mystic Lake
  • 5 Adult World
  • 6 The Begging
  • 7 The Kick Inside
  • 8 Goose Is Cooked
  • 9 Timeless
  • 10 Rise
  • 11 The Guilt Barber
  • 12 Self Portrait
  • 13 Untitled

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à AmRep Recording Division, Minneapolis, MN - Produit par Tim Mac

line up

Steve Austin (voix, guitare), Mike Herrell (basse), Brad Elrod (batterie).

chronique

Styles
post-hardcore
progressif
noise rock
Styles personnels
steve austin music

Les vieux amateurs du groupe sont nombreux à considérer que ce premier spécimen suffit à résumer Today Is The Day, et que Steve Austin aurait pu s'arrêter là. Même si j'aurais tendance à préférer les trois suivants, je ne suis pas loin de penser comme eux à son écoute. Dès cet album on comprend pourquoi Today Is The Day est - du moins était - un des rarissimes groupes a pouvoir se targuer d'une aura redoutable, un des rares dont le nom suffise à provoquer quelques frissons à son évocation. Et s'il n'en a ni l'envergure apocalyptique ni l'épaisseur de son, Supernova est un disque aussi agréable à écouter de part en part qu'un certain Enemy Of The Sun sorti la même année. Juste pour situer de quel genre de groupe on parle. Grimace de douleur inévitable. Quant au graffiti au dos du livret, il n'était peut-être pas obligatoire, mais il confirme : Satan. Vous en trouverez plus trace dans un Today is The Day que dans la majorité des discographies de follasses scandinaves, c'est garanti. C'est une présence qui opère en tumeur, qui corrompt la musique dans ses moindres recoins et fait de ce rock autre chose, avec la panoplie d'instruments qui servait pourtant à l'origine à rendre les gens plus heureux en les faisant se trémousser sur le paquet ciré. Mais dès "Black Dahlia" c'est une évidence et mon petit doigt me dit que vous l'aviez déjà deviné : Steve Austin ne met pas de gomina, et il n'a pas non plus acheté une guitare pour aimanter les filles comme Lemmy. La chronique de Progmonster sur Willpower n'a d'ailleurs rien d'un délire en roue libre : ce n'est qu'une déclinaison des paroles de ce morceau... du pur Danny Brillant en négatif ! Austin n'a qu'une logique motrice, qui est celle de Henry Rollins poussée encore plus loin : faire cette musique pour, de la façon la plus abrupte possible, purger toutes ses émotions négatives, toutes les visions de destruction qui le hantent, sous sa gueule carrée et anonyme de père de famille de banlieue pavillonnaire, de voisin tranquille qui ne passe jamais la tondeuse le dimanche mais qui cache peut-être quelque chose dans son sous-sol... Selon l'anecdote bien connue des amateurs, pendant l'enregistrement de Supernova, Austin a testé ses limites physiques et celles de ses deux musiciens. Cela s'entend. Plus loin que Big Black Flag dans la musique de sociopathe, sans palier de transition...Supernova métastase à plein régime. Ce premier n'a rien d'un album de jeunesse trop vert ou brouillon, du tout, c'est même le plus cérébral, un des plus complexes, enchevêtrés, en 1993 la violence du groupe est déjà farouchement singulière, hors-styles. Même si Austin poussera plus loin l'acuité sonore et les expérimentations sur Sadness Will Prevail, ou la hantise émotionnelle sur Willpower ou Temple, toute la vilainie infecte de TITD est déjà là dans Supernova, ce feeling vicieux, nauséeux, insaisissable, unorthodoxe. Cathartique. Supernova reste l'un de leurs plus durs aujourd'hui encore, c'est autant de ces disques dont on repousse systématiquement l'écoute, comme d'autres repoussent un RDV chez le dentiste. Mais cette fraiseuse de Supernova a un pouvoir magnétique... tel un talisman malsain...il y a quelque chose qui m'attire irrépressiblement à Supernova, dans les bribes de mélodies qui survivent, dans le son supracide, ou dans les samples malsains, et pourquoi pas tout connement dans son artwork "plus années 90 tu meurs". Quelque chose d'abominable qui sent l'Amérique - mais pas celle des vainqueurs souriants aux dents bien blanches ; plutôt celle qui fait balancer une bombe atomique sur des civils pour la beauté du geste, celle qui pratique l'eugénisme en stérilisant les simples d'esprit, celle des serial killers, et des narcissiques autodestructeurs incultes. Steve Austin, c'est un peu un gars de la trempe d'un GG Allin - la différence c'est que lui, il fait de la bonne musique. Supernova est un album venimeux, aux mouvements flippants. Les structures rythmiques sont imbittables, le chant hystérique et hermaphrodite d'Austin - comparable à l'agonie d'un gremlin (ou d'un chat, ou d'un bébé, ou tout autre animal expressif) - est déjà inconfortable au possible. "Hermaphrodisme vocal, aigu, acide" : vous avez déjà quelques clés pour comprendre de quel genre de disque on parle. "6 Dementia Satyr" reste peut-être le seul truc qu'on qualifierait d'accrocheur, de rock. Le reste est diarrhée d'aiguilles, un des albums les plus authentiquement violents qui soient. Ce qui est évident dès ses origines c'est que Today Is The Day tient plus des contorsions électriques les plus scélérates d'un Robert Fripp, dont l'ombre plane sur ce premier album peut-être plus encore que sur tous les suivants de Steve Austin ("Blind Man at the Mystic Lake" ou "The Begging" vous en convaincront à elles seules), que du -core ou du -metal... Une vision défigurée et extrême d'un certain progressif jusqu'au-boutiste, versant Crimson ou Van Der Graaf, un rock défiguré qui pénètre tout ce que le free-jazz et le math-rock effleurent ou effleureront souvent (n'importe quel Dillinger Escape Plan en comparaison à Supernova n'est que safe-sex), mais surtout, transcendant les étiquettes un peu trop scientifiques : un groupe vraiment violent. La violence n'a rien à voir avec tous ces riffs metal qui font headbanguer : la violence est laide et désagréable par essence, une vérité de La Palice que TITD nous renvoie à la gueule avec des riffs non pas -encore- métalleux, aussi instables que les arcs d'une bobine de Tesla. Sur Supernova la violence gicle par bribes incontrôlées, son alphabet est d'une autre dimension. Tout dans cet album coupe, salit et refroidit, comme ce final de "The Kick Inside" avec des gémissements de bétail à l'abattoir mêlés à une berceuse, qui est l'un des trucs les plus malsains possibles (telle une version démoniaque du final de Meat Is Murder des Smiths). Supernova est vraiment un de leurs moins faciles d'accès, c'est ce que je réalise à chaque écoute. C'est un album profondément désagréable avec ses mélodies systématiquement escamotées en pleine éclosion, d'un groupe dont le pouvoir d'attraction n'a pas fini de fasciner. Tout à fait comme lorsque l'on passe devant un accident et que l'on peut pas s'empêcher de regarder - pour prendre un autre cliché que tout le monde saisira sans problème - peut-être un accident en rentrant de chez le dentiste ? Avec une carcasse indiscernable des corps en bouillie, autant que du mobilier urbain dans lequel elle s'est encastrée. Ignoble.

note       Publiée le lundi 14 mars 2016

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chronique

Styles
ovni inclassable
noise rock
Styles personnels
saignée niveau. 666

Noisecore, Noisegrind ? Je ne sais pas vraiment ce que c'est, d'ailleurs j'entends bien peu de grind dans ce premier Today Is The Day. Ce que je sais, c'est que Supernova est infernal et inépuisable, et ne contient ni influences punk ni encore de ce metal qui fera son entrée dans la musique du groupe dès l'album suivant. Pour l'heure, le serpent est un symbole tout trouvé pour cette musique inclassable, retorse, écœurante de malveillance. "The Guilt Barber" et "Black Dahlia" semblent faire référence à des serial-killers, ce dernier invitant à se plonger dans l'affaire du même nom, un des meurtres non élucidés les plus sordides qui soient... C'est l'envers de l’Amérique, chauffage éteint et nuits glaciales, et on a trouvé que le sang encore chaud pour se réchauffer. "Black Dahlia" placé en ouverture donne le ton : ce sera une musique non élucidée, anti-commerciale par essence, haineuse. "The Kick Inside" , par contre, n' n'a rien à voir avec Kate Bush. Par contre, Steve Austin avait pensé à tout : en l'écoutant sur youtube en 2016, vous aurez l'impression que c'est la coupure pub imposée en milieu d'album. "6 Dementia Satryr", le single, donne déjà à entendre un Steve Austin remonté et démoniaque, plus inquiétant que la majorité des chanteurs de metal.... Sa rancune du monde confine au nihilisme, à l'effondrement des valeurs et en même temps des structures. Supernova n'est au fond qu'un marécage au milieu duquel flottent des grumeaux indispensables, autour desquels paraissent s'amorcer, prendre forme les chansons elles-mêmes qui tanguent autour du d'un centre de gravité invisible. On ne reconnaît rien ici, à peine quelques cris lointains nous serviront-il de gimmick, de pivot autour de quoi des tsunamis de napalm se déchaînent. L'épouvantable chaos déstructuré et palpitant de "Silver Tongue" est une belle pourriture dont on ne sort pas indemne. L'art du sampling malsain incorporé au sein d'une bordée de guitares déchiquetées et de cris forcenés datait déjà de la fin des 80's, des Butthole Surfers, Pain Teens et autres Foetus. Sauf que là, les samples viennent parfaitement épouser les virages de l'abject massacre, semblent faire corps avec ces compos alambiquées, que Austin aurait fait répéter jusqu'au sang par ses deux acolytes, à qui il menait la vie dure. Il faut un certain courage pour exécuter, avec deux musiciens "extérieurs", un tel disque en 1993. L'opiacé "Blind Man At Silver Lake", sorte de long interlude instru et expérimental, rappelle que ce disque sent plus fort le junkie que bien des Eyehategod. Et si les rois du sludge, ou les groupes cités plus haut, ont pu finir par s'assagir un peu ou bien être rangés dans des cases, Today Is The Day reste un trio à la marge, incapable du moindre compromis, quitte à rester incompris... Revers positif de la médaille ; L'ensemble de son œuvre ne vieillit pas, au contraire, il se révèle chaque jour plus précurseur sur ce qui va suivre. Ce premier venin n'a rien perdu de sa morgue malsaine, il n'a fait que mûrir depuis 1993, et sonne toujours aussi létal au fil des écoutes. Forcément, puisqu'il est très difficile d'en retenir quoi que ce soit. Tout peut arriver, protégez vous les yeux et organes sensibles.

note       Publiée le lundi 14 mars 2016

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saïmone › mardi 15 mars 2016 - 19:08  message privé !
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Steve Austin vs. Eugene Robinson, c'est pile poil mon problème. Horrible.