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Sultana › Çerkez Kızı

cd • 16 titres • 49:04 min

  • 1Intro0:31
  • 2Çerkez Kızı3:59
  • 3Big City4:21
  • 4Interlude1:05
  • 5Filo Sepet4:09
  • 6Kaymak3:54
  • 7Interlude0:54
  • 8Hadi Hadi Git İşine3:59
  • 9Kuşu Kalkmaz4:25
  • 10Hümanizm4:24
  • 11Interlude1:03
  • 12Hatırladın Mı?3:30
  • 13Interlude1:01
  • 14Pek Yaman3:17
  • 15Patron3:59
  • 16Melo Outro4:33

extraits vidéo

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line up

Sultana (lyrics, MC, chant), Mike Ladd (production), N8tiveSun (production), B Wiz (production), Andreas Advocado (production, basse, guitare), Turgay Ayaydınlı (production), Mehmet Sayar (darbuka, dof, def, kenar, percussions), Aşse (choeurs), Khromozomes (production), Huge Voodoo (production), DJ L Rage (scratch)

Musiciens additionnels : Hüsnü Şenlendirici (clarinette 4), Murat Gezgin (darbuka 7), Nuri Lekesizgöz (kanun 11), Ergun Hepdildik (violon 13), Ab Divine (MC 6), Bob King (MC 6), Dana (chant 12)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
old-school (et censuré)

La censure, ça c’est gutsien. C’est un signe qui ne trompe pas. En Turquie, pour se faire censurer, pas besoin de meugler « fuck da polis », quoique ça passerait sans doute mal. « Kuşu Kalkmaz », single du premier album de la rappeuse Songül Aktürk, alias Sultana : vous passez le clip, on vous coupe l’antenne. Ca rigole pas du tout. Mais y a quoi dans ce morceau de hip-hop pour subir les foudres d’un état pas foncièrement démocratique ? Un refrain insistant, hypnotique qui signifie « ton oiseau ne s’envole pas ». Qu’il faut comprendre par « tu bandes mou ». Oups. Un clip suggestif et des paroles qui servent une bonne dose d’humiliation à tous ces mecs qui se comportent comme des porcs, comme ce père de famille qui délaisse son foyer pour aller reluquer de la chair fraiche au strip club jusqu’au jour où la petite nouvelle est… sa propre fille. Dans la bonne société patriarcale et religieuse turque, ça ne passe pas. Exit « Kuşu Kalkmaz », sa production aux percussions traditionnelles accompagnant un groove aérien aux licks de guitares funky, fignolé en partie par le duo de nu-jazz Orientation. Autre morceau marquant, « Kaymak » que l'irrésistible Sibel Kekilli écoute dans son casque en allant bosser dans « Head-On » de Fatih Akın, pur égotrip hip-hop avec featuring ricain et une punchline espiègle en anglais qui sonnerait un peu comme du Cibo Matto « mes rimes sont comme de la crème !", cette fois sur une sauce de beats puissants et secs et de scratchs venus tout droit de l’East-Coast, une bonne partie de l’album étant produite par des producteurs du cru. Tel Mike Ladd, MC expé qui offre à Sultana un refrain pratiquement arabesque sur « Filo Sepet », avec ce sample de cordes en harmonie avec le chant de la rappeuse entre deux couplets posés sur des basses sourdes, presques industrielles. Atmosphère old-school, boom-bap et scratching parfois déchainé, ne visant pas nécessairement la saveur orientale qui est intrinsèque à la MC, Sultana a des choses à dire et la prod n’est pas la pour noyer son propos, qu’on devine souvent militant et politique, voire la litanie des noms évoqués sur « Hümanizm », Malcom X, Mandela, Atatürk et quelques autres. Sans maitriser la langue, il reste le plaisir d’un flow volubile dans une langue dont les qualités agglutinantes et l’harmonie vocalique se prêtent naturellement à la logorrhée acrobatique propre au rap. Et de la prod certe plutôt minimaliste mais au petit oignons avec en guise d’Interludes, non pas des skits pénibles et lourdaux comme la plupart du temps, mais simplement une série de solo d’instruments traditionnels, ici clarinette, là kanun, là-bas percussions. Idée simple mais efficace pour poser l’ambiance, car malgré tout, même si les relents très américains des sonorités occupent une bonne part de l’album, « Patron » ou "Hatırladın Mı? » transpirent les rues moites de Brooklyn, Sultana ne porte pas son nom pour rien. Point de r’n’b pour les ritournelles les plus suaves, mais un « Pek Yaman » tout droit issu de la pop turque tout comme le refrain du titre éponyme "Çerkez Kızı », par ailleurs aussi urbain et nocturne que le « Big City » où Sultana s’essaie à nouveau à un anglais tranquillou pour traduire les sentiments mélangés de la vie au sein de l’immense métropole bondée qu’est Istanbul, aussi excitante que dangereuse, grisante que piégeuse. Sans jamais donner dans l’orientalisme facile ni céder un pouce de terrain sur une sexualisation à outrance, le premier album de Sultana, sous ses atours limite austères, a réussi a être considéré comme « dangereux » par l'Etat turc. Signe qu’alors que la masse fait mumuse à jouer au gangstas ou aux supra-bitch, pour les collègues féminines, y a des contextes et des artistes pour qui le hip-hop avait encore une valeur vraiment subversive, même si comme toujours, c’est la censure elle-même qui donne toute son importance à ceux qui se dressent contre les vieux usages moisis et les tabous sociaux. La réaction de Sultana ne se fera pas attendre, elle quittera le pays pour s’exiler aux Etats-Unis et ne sortira pas d’autre album dans son pays avant huit ans. Courage de partir, courage d’y revenir.

note       Publiée le jeudi 5 mai 2016

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Klarinetthor › samedi 7 mai 2016 - 02:35  message privé !

merci du tuyau

Note donnée au disque :       
(N°6) › vendredi 6 mai 2016 - 12:34  message privé !
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Oui le second album est nettement plus pop. Y a tout sur une plateforme turque, y compris un clip, euh, agréable pour les yeux, pour le titre produit par Mike Ladd (le même que Anarchist Republic of Bzzz) :

http://www.zapkolik.com/video/sultana-filo-sepet-333031

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › vendredi 6 mai 2016 - 04:54  message privé !

j'arrive pas a ecouter lerche a part peu (les deux titres sur ytub), mais ca donne envie (bien moite ce clip); bien plus envie que le deuxieme album plus accessible a tous les sens du terme.

Note donnée au disque :