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Gevende › Sen Balık Değilsin ki

cd • 9 titres • 58:33 min

  • 1Vigeland6:11
  • 2Esinti8:10
  • 3Akvaryum9:48
  • 4Igloo6:25
  • 5Kadıbostan7:11
  • 6Sanki5:37
  • 7Beboyi Yerkı6:00
  • 8Sustum7:33
  • 9Nayu (alternate version)2:24

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Sinan Sakızlı. Enregistré à Stüdyo Baykuş.

line up

Ahmet K. Bilgiç (chant, guitare), Gökçe Gürçay (batterie), Okan Kaya (basse, choeurs), Ömer Öztüyen (alto), Serkan Emre Çiftçi (trompette)

Musiciens additionnels : Eivind Aarset (guitare 7)

remarques

chronique

Styles
jazz
rock
progressif
folk
world music
Styles personnels
jazz & prog & sublime

Ça se durcit chez Gevende. Dès l’entrée d’une rythmique entreprenante, de cuivre conquérant, des riffs métalliques et tranchants, ça tape fort. Gevende est allé assouvir sa soif de découvertes dans d’autres territoires, lui qui ne vient de nulle part de précis. Et en revient avec une puissance nouvelle qui tranche avec les festivités balkaniques d’alors. Le jazz d’avant-garde, puisé à des sources nordiques et glaciaires, baignant dans cette atmosphère d’anti-prog menaçant d’où d’Orient il faut bien tendre l’oreille pour entendre encore les scories, les percussions qui claquent et la glossolalie du chanteur Ahmet Bilgiç, incompréhensible et pourtant donnant sens au sons sans grammaire. Ce « Vigeland » (inspiré de l’artiste norvégien vitrailliste du même nom ?) marque le coup d’entrée, Gevende a pris une ampleur nouvelle, développant son jeu piégeux sur de longues plages pleines de chausse-trappes. Ne pas croire trop vite savoir où se dirige la quintette d’Eskişehir, lovée dans des atmosphères d’abord presque ouatées sur les bords pour mieux exploser plus tard, le temps d’une contre-allée rythmique. Prime aux solistes que sont l’alto et la trompette pour chacun de son bord faire rugir des plages de mélancolie mélodique ou déconstruite, chaque instrument aussi signant de ses propres accidents chaque plan sonore. D’un coup pizzicati, d’un coup longue dérive désolée, les musiciens de Gevende sont comme assis en tailleur face à la mer, invoquant des tempêtes terrifiantes entre accalmies grisâtres, donnent des coups de griffes instrumentales et d’un souffle, font gronder l’air de somptueuses et catastrophiques harmonies à provoquer des naufrages. De la profondeur dans les timbres de la trompette, des échos qui laissent résonner les pincements de guitares dans un silence de glacier, une tessiture humaine dont la langue impossible n’entame pas la chaleur et la sensualité. Moins que le feu sous la glace, Gevende brûle de sa froidure nouvelle, consume ses propres paysages hivernaux sous une énergie qui ne cesse pas de se réactiver à chaque détour de ces longs morceaux, comme un dragon incessamment en réveil. Regains de tension répétitive dans la fermeture instrumentale de « Akvaryum », zébrée de dissonances, ou dans le pont grandiose de « Kadıbostan », seule incursion jazz-balkanique déglinguée tranchée nette en deux par une faux genre boléro martial repoli dans du prog de tueur, après quoi, reste plus qu’à apaiser les esprits surchauffés avec solo de trompette blafard comme une pleine lune. Jamais à cours de décentrage, étrange groove électrique presque afro-beat sur un hypnotique « Igloo » bientôt drogué d’hallucinants phosphènes, drôle de folk countrysant de « Sanki », dérivant sur des clappements de mains et s’envolant vers le ciel comme sous l’effet d’une vapeur interlope, avec soufflage de cuivre comme pour viser les étoiles et riffage de guitare dérangé en notule de bas de partition. Gevende, ça s’écoute les yeux fermés, comme dans une sorte de rêve, en faisant fi de toute notion d’identité ou de point d’ancrage. Et même quand ils s’inspirent d’une mélodie traditionnelle arménienne, sublimement rendue par Ahmed Bilgiç, vocaliste décidément fascinant bien au-delà de son idiosyncrasie linguistique, ils y invitent l’expérimentateur et jazzman électronique norvégien, tiens, revoilà la Scandinavie, Eivind Aarset, pour un nouvel instant suspendu de magie orageuse. Bon, il reste encore un peu, je laisse ? Je laisse la surprise ? Parce que Gevende, c’est toujours de l’imprévu, c’est jamais de la formule. Ou alors de la formule magique. « Toi, tu n’es pas un poisson » dit en substance le titre. C’est vrai. Mais le deuxième album de Gevende est immense. Se laisser prendre dans ses filets, s’y noyer de bonheur, s’y noyer de jouissance.

note       Publiée le mercredi 28 décembre 2016

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(N°6) › mercredi 8 février 2017 - 01:00  message privé !
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Pour moi aussi ! Un nouvel album studio est le bienvenu, ils avaient juste sorti un live (magnifique) en 2015 après la BO de Monochroma. (hélas les caractères spéciaux ne sont pas reconnus dans les coms, on dira donc que ce nouvel album s'intitule "Kirinardi")

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Darkanar › mardi 7 février 2017 - 21:18  message privé !

Album magnifique, Gevende est l’une de mes découvertes musicales les plus marquantes de ces dernières années !

Info à l’attention de ceux que ça intéresse : sortie du nouvel album, "Kırınardı", le 17 février.

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › lundi 2 janvier 2017 - 13:11  message privé !

Belle pochette.... je commence doucement a rentrer dedans, je le trouvais tres smooth et un peu trop proggy, mais les morceaux plus folk me plaisent bien

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