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Replikas › Dadaruhi

cd • 13 titres • 59:46 min

  • 1Kemir Beni3:24
  • 2Kör Taşın Kıyısında4:49
  • 3Hadi Bir Ses Duy3:04
  • 4.3:15
  • 5Hacı Yatmaz3:14
  • 6Yaş Elli3:09
  • 7Deli Halayı3:42
  • 8Karabasan4:25
  • 9Bir Bağlam Roka6:48
  • 10Ş4:29
  • 11Ömür Sayacı3:26
  • 12Kesif4:42
  • 13Tabu11:19

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Stüdyo Ada.

line up

Orçun Baştürk, Barkın Engin, Erden Özer Yalçınkaya, Gökçe Akçelik, Selçuk Artut

Musiciens additionnels : Ünal Yörük (zurna 6), Soydan Babayiğit (Ramadan drum 7), Erdoğan Şenyaylar (violon 2), Özcan Şenyaylar (violon 2), Cüneyt Coşkuner (alto 2), Volkan Ertem (violoncelle 2), Ege Tunçöz (chant 4), Ferhat Yegül (ney 10), choeurs de récitants (9)

remarques

chronique

Styles
krautrock
noise rock
psychédélique
world music
Styles personnels
anatolian krautrock

Après le choc de Köledoyuran, les Replikas prennent la tangente. Là où leur premier album était complètement barré, exultant d’une énergie créative folle en roue libre, ce Dadaruhi pose des cadres, développe des formules mathématiques, dessine des formes géométriques, canalisant ainsi leurs expérimentations au sein même du studio, utilisé comme un instrument à part entière. La pochette épurée donne le ton. Terminé les cérémonies tribales de mystiques souffis, bienvenu aux irrégularités anguleuses d’un krautrock oriental aussi hypnotique que déroutant. Dadaruhi, un album dense, pas séduisant au premier abord. Mais pas austère pour autant, d’ailleurs il s’ouvre sur une boite à musique et un pouet-pouet ridicule avant d’enquiller des rythmiques répétitives à souhait, démultipliées par le batteur et percussionniste Orçun Baştürk, omniprésent. Les voix se doublent, se triplent, se chevauchent parfois dans de chaotiques brouillages sonores. Mais la mélodie n’est pas pour autant absente, en témoigne quelques morceaux qui s’inscrivent comme classiques du groupe, à commencer par « Kör Taşın Kıyısında » et ses superbes cordes en lamentations ou le non nommé « . », repris plus tard dans la BO du film İki Genç Kız, hypnotique séance de post-rock concis où vient se greffer une ritournelle enfantine sur ses textures électrifiantes. Faut juste savoir se frayer un chemin parmi les haies de répétitions et saisir les différences, goûter les touches de blues anatolien avec rugissements ahuris, les arômes de noise-rock sec et tordu qui évoquent très fort les plus acharnés praticien du genre du côté de Chicago. Attention, Replikas pratiquent toujours du rock anatolien, ils sont jamais loin de dégainer une zurna, cet instrument à anche qui fait un boucan d’enfer, un peu comme une bombarde version turque, histoire de larguer sur les ondes toute la puissance sonique de l’Orient pour accompagner leur version du free-rock comme il est bon de le concocter à Beyoğlu, ou de sampler carrément une mélodie folk traditionnelle pour en faire la colonne vertébrale d’un morceau. Ailleurs, c’est une programmation qui semble être pompée directement sur le fameux tube neue deutsche welle du groupe Trio « Da-Da-Da » qui lance la machinerie irrésistible de « Deli Halayi », un groove raide et tendu et néanmoins oriental en diable, bientôt brisé le temps d’un pont acoustique avec voix féminine sensuelle, histoire d’accentuer la raideur sans doute, et de repartir en doublant le tout avec des percus pour un résultat autant excentrique que parfaitement calculé dans ses détours. Concasser la tradition tout en la réactualisant, utiliser les potentialité de la musique turque pour en faire un truc expérimental, contemporain, inattendu, inusité : étrange psychédélisme machinique oriental de « Karabasan », métallique et industrieux. Cet album est une expérience de laboratoire, où les savants sont tous brillants mais pas si sérieux que ça dans le fond. Et un peu dérangés aussi. Pourquoi pas demander à une bonne quinzaine de récitants de lire un texte en même temps pour clore un morceau, histoire de faire du noise vocal peut-être, un grand bordel qui vient embrumer ce génial « Bir Bağlam Roka » à l’inusable ligne de basse caoutchouteuse, à la dynamique stop-start ponctuée de gribouillis électroniques bruitistes, à faire danser une armée de jeunes-turques en alignement incertain. Un certain sens du grotesque qui vient toujours casser ce qui pourrait passer pour une trop grande cérébralité. Replikas, c’est certe un groupe qui prend la tête, mais sans jamais se la prendre. Conceptuel mais pas lourd, ne faisant pas étalage de références, à peine ici sont utilisés quelques extraits de lettres de l’auteure Ekin Atalar comme texte pour « Ş », kraut et prog et zarbi avec ses voix perdues dans les limbes et sa rythmique particulièrement fiévreuse. Jusqu’à sa conclusion et son final instrumental rêche et ensorcellant, un album culte et fondateur qui sera repris dix ans plus tard par la scène underground d’alors, avec une succession de morceaux chausses-trappes et piégeux qui ne dévoilent toute leur richesse qu’au bout de multiples écoutes. Un album qui se mérite mais qui le mérite.

note       Publiée le mardi 31 janvier 2017

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