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Selda › Selda

cd | 17 titres | 60:23 min

  • 1 Meydan Sizindir [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [3:39]
  • 2 Yaz Gazeteci Yaz [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [2:45]
  • 3 Mehmet Emmi [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [3:21]
  • 4 Nasırlı Eller [3:38]
  • 5 İnce İnce [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [3:42]
  • 6 Yine Haber Gelmiş [reprise de Neşet Ertaş] [4:54]
  • 7 Yaylalar [3:48]
  • 8 Dam Üstüne Çulserer [3:47]
  • 9 Dost Uyan [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [3:02]
  • 10 Gitme [reprise de Neşet Ertaş] [4:12]
  • 11 Niye Çattın Kaşlarını [reprise de Neşet Ertaş] [3:15]
  • 12 Kızıl Dere [reprise de Aşık İhsani] [3:41]
  • Bonus tracks
  • 13 Utan Utan [reprise de Muhlis Akarsu] [2:52]
  • 14 Karaoğlan [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [4:00]
  • 15 Eco'ya Donder Beni [2:57]
  • 16 Selda & Kardaşlar - Anayasso [3:03]
  • 17 Nem Kaldı [reprise de Aşık Mahzuni Şerif] [3:47]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Studio Şat, Studio Elektronik et Yeni Studio.

line up

Selda (chant, guitare acoustique)Cahit Berkay (saz 12), Zafer Dilek (production), Mehmet Gözüpek (batterie 1 à 3-5-7-9 à 11-17), Seyhan Karabay (basse 16), Arif Sağ (bağlama), Hüseyin Sultanoğlu (batterie 16), Fehiman Uğurdemir (guitares, saz, claviers 1 à 3-5-7-9 à 11-16-17), Özkan Uğur (basse 1 à 3-5-7-9 à 11-17), Engin Yörükoğlu (batterie, percussions 12), Attila Özdemiroğlu (arrangements, vibraphone, violon, flute, trombone 4, 8), Şanar Yurdatapan (arrangements, basse 4, 8), Cezmi Başeğmez (batterie 4, 8), Hurşid Yenigün (guitare 4, 8), Metin Çotal (piano, orgue, trombone, 4, 8)

Musiciens additionnels : Kardaşlar, Moğollar, Dadaşlar, Dün Bugün Yarın

remarques

Les titres bonus 13 à 15 sont extraits de l'album suivant, les 16 et 17 de deux single datant de 1974.

chronique

Styles
rock
psychédélique
folk
progressif
pop
world music
Styles personnels
anatolian pop de femme

Pas facile d’être une femme en Turquie. Alors être une femme qui fait de la musique, et pas de la pop arabesque qui suinte de kitsch, je vous raconte pas. Selda Bağcan est avant tout une folkeuse. Guitare sèche avec voix, et quelle voix, et les chansons des grands maîtres les plus véhéments et d’une certaine tradition. Elle en met un paquet sur galettes de vinyle, 45 tours uniquement. Elle croise aussi Moğollar, les fondateurs de l’Anatolian Pop telle qu’elle se développe dans les années soixante-dix, mais elle n’y viendra que progressivement, par petite touches, une collaboration avec Kardaşlar sur la route, jusqu’à ce premier album. Et là, Selda Bağcan va s’engouffrer dans une brèche ouverte et y donner un bon gros coup de patte. Des reprises d’Aşık Mahzuni Şerif et de Neşet Ertaş principalement, comme le veut la tradition folk, des chanteurs contestataires portés à bout de voix par cette incroyable petite femme qui n’a pas peur d’en prendre plein la gueule (ce qui ne manquera pas d'arriver dans les années à venir). Avec la crème de la scène d’Istanbul : Zafer Dilek à la production, le virtuose du bağlama Arif Sağ, deux membres de Moğollar sur un titre et puis en backing-band d’exception, les fameux Dadaşlar habituellement dévoués à Ersen Dinleten, portés par un musicien visionnaire, Fehiman Uğurdemir, véritable Zelig de l’Anatolian Pop aussi vu aux côtés de Cem Karaca et Barış Manço, incroyable guitariste psyché également intéressé par les nouveaux sons de synthés analogiques. Autant dire que tout est réuni pour marquer le coup. A l’image du premier album de Moğollar, la pochette ne pourrait pas beaucoup plus induire en erreur. Des chansons guitare en bois/voix, il n’y en a pour ainsi dire pas ici. Les trois titres en ouverture tonnent le ton. D’abord grosse reverb sur le chant puis riffs trempés dans l’acide, le folk d’Aşık Mahzuni Şerif est plongé dans un bain psyché dont il ressort transfiguré pour alpaguer la jeunesse turque, penétrer dans son cerveau et en faire surgir un devenir révolutionnaire. Sans oublier, dès le deuxième morceau, les synthés qui ouvrent en bondissements le grand bal de la T-funk ! Oui, le rapprochement est pour le moins tiré par les cheveux mais quand même, cette putain de rythmique qui invite à onduler son cul entre chaque logorrhée lancé par une Selda au chant moins technique que de pure énergie, énergie à l’inflexion de pure insurrection, n’a-t-elle pas quelques chose à voir avec le funk futuriste de certains noirs américains, eux aussi tournés vers l’espace ? Et les ponctuations de basse bien lourde et hard sur l’irrésistible Mehmet Emmi, entre deux soli de bağlama, c’est pas du coup de poing sur la table ? La quintessence du rock psyché oriental, oui, avec une vocaliste pas prêt à lâcher une once de terrain, avec son armée de riffs déchirant le ciel d’Istanbul. Autres accompagnants, autres ambiances, tel ce « Nasirli Eller » tout enveloppé de cuivres et de cordes, au premier abord pop assez kitsch qui attirera les commentaires les plus chargés de préjugés (le premier qui dit loukoum ou turkish delights se prend un pain), mais ne serait-ce cette fin de refrain assez tragique et accompagnée d’étranges bourrasques cosmiques, spage-age pop peut-être, mais dont la grandiloquence presque sci-fi fait contraste avec ce qui l’a précédée et ce qui va suivre. Et mes aïeux jusqu’à la septième génération, ce qui suit c’est le riff des riffs psyché, celui-là même qu'on retrouve entre autre sur l’ouverture de « The Ecstatic » de Mos Def, c’est Fehiman Uğurdemir qui dégaine et tire pile entre les deux yeux, laissant place nette pour l’interprétation habitée, squattée, du « İnce İnce » de Mahzuni Şerif, celle qui fait de la complainte un chant de combat. Qui l’entendra ne serait-ce qu’une fois ne l’oubliera jamais. Et comme pour marquer le coup, Selda reprend ensuite un morceau de Neşet Ertaş dans une version au plus près de l’originale, bağlama et chant comme un souffle de désespoir, de souffrance expurgée aux vents, le contraste n’en est que plus saisissant, la beauté, la puissance de son chant d’autant plus évidente. Elle n’a pas besoin de l’Anatolian Pop pour se cacher derrière, elle l’utilise simplement parce que c’est alors une force musicale progressiste, le rock venu de l’Occident, les nouvelles techniques électroniques, le futur appartient à la jeunesse, elle ira ainsi de l’avant, montrant une voie à suivre. Quoi dire encore ? Que les gémissements synthétiques de « Yaylalar » sont à rendre fou tellement, rétrospectivement, on se demande pourquoi Dr. Dre ne les a pas samplé quand il concoctait « The Chronic ». Que la mélancolique pop orchestrale de « Dam Üstüne Çulserer » offre un contrepoint parfait à tout ce qui a précédé, que ses débordements de claviers lui confèrent encore aujourd’hui une étrangeté spatiale. Qu’il y a encore plus de riffs acérés à venir, tranchant le folk traditionnel de sonorités irisées, que Selda n’aura de cesse de faire trembler sa voix pour faire trembler les âmes, que les expérimentations de Dadaşlar tendent parfois vers un mélange improbable entre Hawkwind et Parliament. Qu’à la fin de l’album, la chanteuse évoque la mort de Mahir Çayan et ses compagnons, militants d’extrême-gauche, sur un tapis tressé par les deux membres alors subsistants de Moğollar, un folk turc moderne qui la ramène vers des rives plus acoustiques, desquelles se dessineront son album suivant sorti dans la foulée et dont sont issus les trois morceaux suivants sur la réédition de 2006. Il sera bien assez tôt de les évoquer alors. Reste deux autres bonus, eux indispensables, tirés de single sortis deux ans plus tôt : « Anayasso » brûlot politique enregistré avec Kardaşlar, soit le groupe précédent de Fehiman Uğurdemir, où la voix de Selda se fait d’une douceur inhabituelle, accompagnée par son choeur masculin, et une version incroyable de « Nem Kaldı », encore un classique de Mahzuni Şerif également repris par Cem Karaca, à nouveau ou plutôt déjà avec Dadaşlar, avec un ce fond de guitare funky à mort, impossible de dire autrement. Quoi ajouter encore ? Rien. Juste écouter encore cette voix que rien ne fera plus taire.

note       Publiée le vendredi 1 avril 2016

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dariev stands › mardi 1 novembre 2016 - 16:50  message privé !
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J'ai envie de dire, au moins il ont crédité le disque à son nom... Mais bon, oui, c'est assez lamentable. Je pense qu'on arrive à l'ère de la "consommation responsable" pour les disques aussi, avec des labels bootleg/véreux qui respectent pas les droits d'auteurs à boycotter, et d'autres qui usent de l'énergie et de l'argent à faire les choses bien. Evolution logique vu la profusion de sorties et rééditions, quand on y pense. Déjà, un indice : beaucoup de réèds de choses antérieures aux années 65-66 sont de la musique "libre de droit" car trop ancien, donc souvent l'argent ne va dans la poche d'aucun artiste ou ayant-droit d'artiste... En même temps si on veut vraiment donner du fric aux artistes, on achète que du récent et pas trop de réèds, hein.

saïmone › mardi 1 novembre 2016 - 13:40  message privé !
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cf nos longs débats avec Dariev sur ces voleurs. C'est le rêve même du capitalisme : tout est récupérable et re-consommable encore plus cher !

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › mardi 1 novembre 2016 - 01:31  message privé !

A hell of a woman, comme on pourrait dire (aux pays des avocats véreux). Elle me fait penser un peu a Vi Subversa, comme figure importante, meme peu etre plus qu'Erkin n'a pu etre finalement pere. Ou tout est amplifié, ou celle qui rue dans les brancards ne risque pas une simple confiscation des pressages et une enquete de Scotland Yard, ni "juste" 3 ans d'exil, mais des peines, douleurs et perils permanents. Bravo a l'itweuse (tu vas nous faire les presentations bientot, on espere), la justesse. ca sent le savoir, la transmission et l'emotion; elle pourrait presque etre sa petite fille. Et puis les reponses, politiques, que ce soit sur sa position generale ou le vol par finders keepers. FInalement, je suis pas si etonné, qu'un label qui vende des bandes pas cheres sous un format 1xLP a 20 boules, soit un repere d'escrocs.

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(N°6) › mardi 1 novembre 2016 - 00:23  message privé !
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Une interview assez passionnante de Selda par Gaye Su Akyol : http://www.bantmag.com/english/issue/post/35/152

(où on apprend aussi que FInders Keeper sont un peu sans scrupule dans leur gestion de leurs "trouvailles")

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › lundi 11 avril 2016 - 12:04  message privé !

C'est impressionant comment la couleur change entre l'original de Karaoglan, deprimée, austere, et celle de Selda tres loin d'etre mauvaise, mais occidentalisée (le theme devient chromatique), et a la fois pleine d'espoir, avec une chaleur qui entre en contraste avec sa voix chargée; si je pouvais comprendre de quoi ca cause en particulier.

Note donnée au disque :