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Erkin Koray › Elektronik Türküler

cd | 8 titres | 38:10 min

  • 1 Karlı Dağlar [3:42]
  • 2 Sır [2:50]
  • 3 Hele Yar [adaptation de Karacaoğlan] [6:Z0]
  • 4 Korkulu Rüya [1:30]
  • 5 Yalnızlar Rıhtımı [4:39]
  • 6 Cemalım [reprise de Ürgüplü Refik Başaran] [7:49]
  • 7 İnat [2:13]
  • 8 Türkü [adaptation de Nâzım Hikmet/Ruhi Su] [9:04]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Stüdyo Hayri, Istanbul par Sıtkı Acim et Doruk Onatkut. Produit par Erkin Koray.

line up

Erkin Koray (guitares électriques et acoustiques, bağlama, piano, claviers, bongos, chant)Sedat Avdikoğlu (Sedat Avcı (batterie, percussions, choeurs)), Ahmet Güvenç (basse)

Musiciens additionnels : Ayzer Danga (batterie 6), Ahmet Tekbilek (flutes 8), Faruk Tekbilek (bağlama 8), Meftin (choeurs 3, 6)

chronique

Styles
rock
psychédélique
folk
hard rock
progressif
world music
Styles personnels
anatolian pop indispensable

Inutile de tourner autour du pot. « Elektronik Türküler » est la pierre angulaire de l’Anatolian Pop. Erkin Koray était probablement le premier rockeur turc, dès la fin des années cinquante. Quand il a laissé poussé ses cheveux et jouait de la musique occidentalisée, il prenait des coups de couteaux. Depuis les années soixante, il a multiplié les 45t de standards folk passés à la sauce électrique. Il a, comme les autres, vu la sorti d’un premier album sous forme de compilation réunissant une partie de ses travaux avec ses différentes formations. Et quelques années après que Moğollar ait théorisé ce que devait être la pop anatolienne, Erkin Koray, Erkin Baba, Papa Erkin quoi, sort enfin un album original au nom évocateur : chansons folk électroniques. Electriques plutôt, même si les bidouillages de claviers de l’interlude cauchemardesque « Korkulu Rüya » justifient d’eux-même le qualificatif. Chansons folk car, fidèle au mouvement qu’il contribue à pousser au-delà de ses limites, Erkin Koray base la majeure partie de son album sur des reprises, allant jusqu'à adapter le poète du 17eme siècle Karacaoğlan sur un « Hele Yar » diablement dansant, de préférences les pieds nus dans la poussière, rythmique magicienne avec claquement de mains accompagnée d’un bağlama virtuose. Six minutes de transe s’achevant dans des rires post-orgasmiques. « Karli Dağlar », en ouverture, constituait déjà la perfection d’un genre que Koray maîtrise au bout des doigts, qu’il a fort agile, mêlant folk turc, riffs psychédéliques, rythmique orientale heurtée où s’illustre la basse d’Ahmet Güvenç, bassiste original de Bunalım, et un chant parfaitement lancinant. Koray réitère sur un instrumental fascinant de sa composition, « Sir », sonnant tout autant oriental que heavy-psych, fusion ici parfaitement naturelle, puis sur un « Yalnızlar Rıhtımı » qui rappelle son goût pour le r’n’b original, quasiment glam dans son dépouillement instrumental, back to the basics, juste lardé comme il faut d’un solo qui arrache dans le final. Voyons, du folk turc, du psyché, du rock’n’roll, du hard, du bidouillage de claviers. Et le meilleur est encore à venir sur la face B du vinyle où sont gravés, juste séparés par l’instrumental quasi-métal « İnat » qu’on dirait sorti d’un Black Sabbath classique si ceux-ci avaient été produits à Istanbul plutôt que dans la perfide Albion, les deux longs morceaux qui font passer l’album au statut de chef-d’oeuvre, comme si le reste n’était pas encore assez. Deux reprises. « Türkü », un poème de Nâzım Hikmet, écrivain et auteur de théatre, sur une musique de Ruhi Su, compositeur classique et populaire, tous deux gauchistes notoires en leur temps, communistes pour tout dire. C’est que l’Anatolian Pop, en son mouvement de modernisation de la musique populaire via l’Occident, allait d’un élan progressiste, nourri des utopies de ces années-là en réaction à un pouvoir toujours punitif (ces jeunes turcs là ne seraient-ils pas de lointains cousins des Tropicalistes brésiliens ?). Tout comme Cem Karaca, Edip Akbayram et Selda, Erkin Koray sélectionnait ses auteurs avec soin. Jouer du rock était déjà une façon de se tenir debout, puiser dans un patrimoine connoté l’était encore plus, une provocation. Sur une longue dérive psychédélique, Koray dit les mots réverbérés de Hikmet d’une voix panoptique, « Nos poignets sont couverts de sang, nos dents sont serrées, nous allons pieds nus, le sol tel un tapis de soie, cet Enfer, ce Paradis est le notre, ils sont à nous, amis », alors que les flûtes font vibrer l’air et entrent en résonance des riffs brisés, ruptures de rythme et bris de verre, bağlama traçant comme une piste à suivre. Pas moins de huit minutes hallucinantes où tout instrument semble animé de sa vie propre, grande marche du ciel à la mer. Et puis « Cemalım », reprise du vieux maître folk Refik Başaran, mort en 1947. L’originale, avec le bağlama seul de Başaran, est déjà sublime dans sa version craquelée. Koray, lui, débute le morceau comme le ferait Creedance Clearwater Revival, ça transpire le rock swampy, la batterie de Ayzer Danga de Moğollar assure un beat intraitable pendant encore près de huit minutes. La voix de Koray, toujours aussi caressante et hypnotique là où celle de Başaran était écorchée et lyrique, plonge direct dans un trip en spirale où les effets psychotropes sur les voix du chœur et les riffs ondulatoires ne cessent de faire virer les sens. Et puis vient ce long solo où la basse sort de sa coquille pour accompagner une chevauchée fantastique qui semble ne jamais vouloir s’interrompre. Erkin Koray mérite bien son surnom. Alors, l’Anatolienne, c’est qui ton Papa ?

note       Publiée le mardi 15 mars 2016

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Tallis › mardi 22 octobre 2019 - 13:50  message privé !

J'adore. Türkü emporte la fin de l'album vers les sommets mais Cemalim et Hele Yar sont également de très belle pièces d'orfèvrerie. Et cet Korkulu Rüya complètement flippé. Et... tout le reste en fait !

Note donnée au disque :       
Reflection › samedi 2 juillet 2016 - 12:24  message privé !

Indispensable x2 ! Réellement excellent et sans aucune arrière-pensée purement exotique... Le meilleur de l'Anatolian Rock (que j'ai pu écouter pour le moment) et un très grand disque de Rock psychédélique de la grande époque... tout court !

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dariev stands › mercredi 16 mars 2016 - 01:14  message privé !
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Indispensable

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