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Barış Manço › Dünden Bugüne

cd | 12 titres | 40:45 min

  • 1 Dağlar Dağlar [4:32]
  • 2 Barış Manço & Kaygısızlar - Kirpiklerin Ok Ok Eyle [4:18]
  • 3 Barış Manço & Kaygısızlar - Kağızman [3:35]
  • 4 Küçük Bir Gece Muziği [adaptation de W.A. Mozart] [2:43]
  • 5 Barış Manço & Kaygısızlar - Kol Düğmeleri [3:30]
  • 6 Derule [2:24]
  • 7 Barış Manço & Moğollar - İşte Hendek İşte Deve [2:54]
  • 8 Barış Manço & Kaygısızlar - Seher Vakti [2:39]
  • 9 Barış Manço & Kaygısızlar - Anadolu [3:00]
  • 10 Barış Manço & Kaygısızlar - Ağlama Değmez Hayat [4:13]
  • 11 Barış Manço & Kaygısızlar - Lory [4:18]
  • 12 Barış Manço & Moğollar - Kâtip Arzuhalim Yaz Yare Böyle [reprise de Aşık Veysel/Pir Sultan Abdal] [2:38]

extraits vidéo

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line up

Barış Manço (chant, guitare)Mazhar Alanson (guitare, choeurs 2, 3, 5, 8-11), Cahit Berkay (guitares 7, 12), Fuat Güner (guitare, choeurs 2, 3, 5, 8-11), Murat Ses (claviers 7, 12), Engin Yörükoğlu (batterie, percussions 7, 12), Taner Öngür (basse 7, 12), Ender Arol (batterie 2, 3, 5, 8-11), Semih Oksay (basse 2, 3, 5, 8-11), Cüneyd Orhon (kemençe 1), Jonathan Glemser (4, 6), Mounir Ghattas (4, 6), Onkhan Tunca (4, 6)

Musiciens additionnels : Moğollar, Kaygısızlar

chronique

Styles
rock
folk
psychédélique
pop
world music
Styles personnels
anatolian pop

Parmi les grandes figures tutélaires de l’Anatolian Pop, il y a bien sûr Erkin Koray, Erkin Baba comme l’appellent avec affection les jeunes générations; il y a Cem Karaca, le mâle contestataire, le pimp marxiste; et puis il y a Barış Manço, le grand réconciliateur pop dont le prénom signifie Paix, ça ne s’invente pas. Ici, Barış Manço est une institution. Il existe un Centre Culturel Barıs Manço dans le quartier asiatique de Kadıkoy dans lequel on peut admirer une magnifique reproduction façon Grévin. J’ai vu sa vieille tête, reconnaissable entre toutes, une sorte de mélange bâtard entre Lemmy et Gérard Blanc de Martin Circus, sur un arrêt de bus. Un vapur (ces bateaux qui font la liaison à travers le Bosphore) porte son nom. Il a fait animateur télé, chanteur pour enfant et ambassadeur de bonne volonté. Barış Manço, c’est un monument. Avec un singulier parcours, des groupes de rock dès l’adolescence, la participation, comme tant d’autres, au concours Altın Microfon, une carrière francophone après avoir été signé par Henry Salvador sur son label Rigolo, quelques singles yéyés puis la rencontre avec un groupe de rock belge, Les Mistigris. Et enfin, à l’aube des années soixante-dix, en pleine explosion de la pop anatolienne, il fonde son premier groupe majeur à Istanbul, Kaygısızlar (Les Insouciants, en gros). Et puis comme tout bouge très vite, il se sépare de ce duo (qui connaîtra plus tard un succès pop avec Özkan Uğur sous le nom de MFÖ) et enregistre avec des zicos de studios probablement recrutés lors de ses voyages européens. C’est en Europe justement qu’il croise la route d’une des formations les plus importantes de la scène, Moğollar, avec laquelle il va former un nouveau groupe éclair, le temps d’un single. Oui, ça part dans tous les sens, c’est le bordel, un peu comme ce premier album qui n’en est pas un, compilation (non autorisée par l’artiste selon le livret qui lui-même semble être tiré d’un autre album, bonheur des rééditions vite-fait) de cette poignée de 45t entre la fin des années soixante et le début de seventies. Avec en ouverture le fameux « Dağlar Dağlar », vendu à plus de deux millions d’exemplaires à l’époque, d’une simplicité et d’une pureté mélodique absolue. La formule magique : une composition originale qui à l'air d'être un traditionnel, tout en sonnant actuelle. Une simple guitare acoustique accompagne le son envoutant d’un kemençe, instrument à corde par excellence de la musique classique turque ici sous les doigts du virtuose Cüneyt Orhon. Le chant aux mélismes chaleureux de Manço évoque avec lyrisme et mélancolie (qualités inévitables des chants turcs) de la perte d’un être aimé dans un paysage familier de montagnes. On pourrait arrêter la chro là-dessus, c’est sublime, point barre, ça vaut six bouboules. Et c’est aussi une des plus grandes réussites de l’Anatolian Pop en ce qu’elle use de la tradition pour la pousser au-delà et la réinventer. Manço n’a d’ailleurs aucun complexe, il se permet d’intégrer la mélodie de la « Petite musique de nuit » de Mozart au milieu d’un instrumental funky comme du jazz fusion. Progressif ? Il va y venir très sérieusement dans les années à venir, mais avec Kaygısızlar il reste dans la veine du folk traditionnel passé à la moulinette du rock garage et psyché, parfois même chanté en anglais comme sur le délicat « Lory », avec les guitares fuzzy et les choeurs de Mazhar Alanson et Fuat Güner comme sur le très beau « Kağızman » qui commence en complainte pastorale et s’achève dans un motif électrique hypnotique. Ou bien un autre instrumental de son propre cru, l'excellent « Anadolu » avec sa montée de riffs orientaux (tout ce qui travaillera bien plus tard des groupes comme Sun City Girls ou Secret Chiefs 3). On retrouve même avec « Seher Vakti » une sorte de country-rock qui sent encore légèrement le yéyé sur les bords, le titre ayant d’abord été enregistré avec Les Mistigris puis repris sous une forme plus anatolienne avec Kaygısızlar sur leur premier EP, tout comme la chanson pop mélancolique à rythmique de valse « Kol Düğmeleri ». Et puis il y a les deux titres enregistrés avec Moğollar, en particulier « İşte Hendek İşte Deve » où l’orgue ondoyant et sensuel de Murat Ses et la rythmique redoutable du meilleur groupe turc du moment (percus métalliques rectilignes + ligne de basse serpentine) provoque rapidement une irrémédiable envie de s’oublier dans les vapeurs. Le second titre est une adaptation du poète du seizième siècle Pir Sultan Abdal sur une musique du troubadour Âşık Veysel, le tout propulsé directement en 1971 sous forme de folk progressif aux arrangements particulièrement chiadés entre les cordes de Berkay et le piano de Ses, et un chant de Manço plus grave et profond, plus enraciné peut-être. Eclectique de par sa nature compilée, mais pas si mal réorganisé que ça, un bon survol de ce que Barıs Manço était capable de faire avant son grand virage prog à venir.

note       Publiée le samedi 20 février 2016

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(N°6) › dimanche 27 novembre 2016 - 02:43  message privé !
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Ah ah, c'est pas mal du tout ! "Lambaya Puf De", qu'on trouve sur la compilation suivante de Baris Manço, est en fait un morceau composé par Osman Pehlivan, musicien du 19eme/20eme siècle qui a été repris par plusieurs artistes, dont également Urfali Babi.

Note donnée au disque :       
dariev stands › dimanche 27 novembre 2016 - 01:33  message privé !
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Ah, alors ça, c'est pas mal : https://www.youtube.com/watch?v=nZP1bloh7wg

The Pyramidos, un groupe qui reprend du Baris Manco (indirectement, car l'original serait de Dönüşüm) au japon. Avec une touche... Japonaise, ça va de soi. ça me fait penser que "Asa Branca" (voire plus bas) avait aussi fameusement été reprise au japon, mais dans les années 40, post-hiroshima of course...

(N°6) › samedi 20 février 2016 - 20:32  message privé !
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Ah ouais, çok güzel la reprise brésilienne en turc. Ca fonctionne impec !

Ouais, c'est pas du jazz fusion, mais assez funky pour s'en rapprocher. Avec du Mozart, fallait oser quoi.

Note donnée au disque :       
dariev stands › samedi 20 février 2016 - 19:31  message privé !
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"une composition originale qui à l'air d'être un traditionnel, tout en sonnant actuelle." Tiens, ça me rappelle quelque chose... Oui, les Brésiliens aiment faire ça aussi. Beaucoup. D'ailleurs, j'ai du déjà en parler sur le forum, mais qu'importe, je m'en lasse pas : https://www.youtube.com/watch?v=eo6hwhIehEc

(reprise - non créditée je crois - d'Asa Branca de Luiz Gonzaga. Certaines mélodies (s)ont des ailes...)

Sinon, pour pinailler, la reprise de Mozart (que je connaissais) est bien trop épurée pour être du jazz fusion, mais oui je vois l'idée. Funky, yes. Je découvre le reste, c'est classe.