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Ofield › Ineral

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enregistrement

Enregistré à Causse Sauveterre, Lozère, France.

line up

Agathe Max (field recordings, montage, mixage)

remarques

chronique

Les topographies : ce sont au vrai histoires de reliefs, d’inclinaisons, de boyaux et défilés qui débouchent sur des gouffres, des citernes, des lacs, de vastes salles. Les noms – les toponymes – sont tout au plus des indices. Les suivre, les entendre, en aimer le son, ce n’est pas bêtement les élucider – c’est parfois les tenir comme marqueurs, touche presque fondue aux parois, aux sols, aux voûtes. Cet "Ineral", par exemple… "Minéral" à l’entame éludée, comme ce fade-in par quoi le son survient à nous, nous fait surgir en lui, nous y aspire ? C’est un jeu, cette interprétation possible, allez… Je n’en sais rien. La pensée m’en a fait sourire, m’a charmé en passant. Il y sans aucun doute bien d’autres manières de les tourner, les sens possibles de ces phonèmes, leurs parts manquantes, leurs abstractions. Cette pièce, elle, est concrète. Au sens de "la musique concrète", bien sûr, oui. Agathe Max – ailleurs violoniste qui passe les timbres et lignes de son instrument à travers des effets, les met en cycles, en transformations – part, pour son projet Ofield, enregistrer des grottes (et leurs alentours, il semble...), leurs volumes, espaces résonants, la vie que prennent les sons, répercutés à leurs angles, labyrinthes, passés dans leur matière. Une fois remontée, elle manie ces traces reçues, recueillies, attrapées. Les concentre et les déploie en faisceaux, concrétions, modèle d’autres continuités, articule d’autres mouvements, fugaces ou répétés. Liwat – courte plage enregistrée en Ardèche – donne à entendre… Presque rien, peut-être, au fond. Des sons d’eaux. Leurs répercussions, échos, l’écoulement infiniment lent des gouttes. Accélérés par le montage, bien sûr. Mais de quoi ce traitement, paradoxalement ou non, fait sentir la trompeuse immobilité, la pulsation normalement imperceptible ou presque à nos sens, impassible, immensément tranquille. Ineral – enregistré ailleurs ; en Lozère – n’est pas meut d’une même régularité. Son mouvement est autre. Il foisonne, à vrai dire ! Il grouille, serait-on tenté de dire. Quelque chose parfois semble y chanter – ces basses sans doute tapées sur de la pierre épaisse mais derrière quoi s’étend un creux ; ces stridulations étranges, qui paraissent modulées. On croit y entendre une vie animale. Mais sont-ce des arthropodes aveugles en carapaces – ou bien mous sous un doigt, ici, qu’on craindrait un peu d’y appliquer ? Seraient-ce les vols brisés de chauves souris ou d'oiseaux, qu’on entend bruisser, à cette autre place ? Est-ce une rivière qui jaillit – ou bien que nous franchissons ? Est-ce sous quelque pas que ces cailloux glissent et roulent ? … Il semble que cette fois, le point de perception se déplace sans-cesse – il y a des lieux, d’ailleurs, où tourner simplement la tête transforme tout, à quelques degrés près. Et parfois, aussi, il faut grimper, s’engouffrer, se hisser, s’insérer. Cette pièce-ci est agitée d’une vie autonome qui – pour presque vingt minutes, cette fois, pour ce qu’en disent les compteurs ; mais la minute est, quoi qu’on en dise, une mesure relative, extensive ou resserrée selon ce qui s’y coule – nous accueille et nous traverse. Rien n’y est anecdote – ce n’est pas une carte qui nous indique où se poster pour assister à telle ou telle curiosité, s’orienter comme on suivrait le guide. Ce sont des densités – encore une fois : transformées – que nous restitue Ineral. Des états de matières. Les endroits qu’elles creusent, échafaudent. Les bruits, êtres, appels d’air, de liquides, qui s’y engouffrent. Ce qui y reste, ce qui s’y excrète. On ne "voit" rien de ce qui remue. Pourtant toutes les textures, tous les modelés, tous les accidents, tous les flux, nous touchent d’une présence… Plastique, sensible – "concrète", oui, cette fois-ci au sens le plus général du terme, aussi, le plus littéral possible. C’est un plaisir très direct – un peu étrange, parce que ça frotte et que parfois les surfaces sont rugueuses ; que la roche lisse, plus bas, est froide et humide ; que plus loin, on lui trouve une étonnante douceur, une chaleur de corps. Tous les objets en sont, d’ailleurs : des corps. Conducteurs, vibratiles ; qu’ils soient fixes, inamovibles ; ou bien fragments ductiles, esquilles rendues autonomes par quelque brisure, l’instant d’avant ou dix-mille ans plus tôt ; ou bien bestiole, ou mammifère… Drôle de beauté, cet assemblage. Évidence, à vrai dire, nous dit l’écoute qui ne cherche pas à en conclure. Morceau de plénitude insoucieuse des perfections finies, une fois pour toute écrites. Ineral, plutôt, se projette, émet ses particules excitées, en nuage que nous ne pouvons pas lire – pas vraiment, pas déchiffrer. D’où me vient cette sensation d’une tranquillité vive, alerte, lucide, tout au long ? Alors que, la pièce s’interrompant assez net, rien ne s’est apaisé vraiment – jamais toutes les zones à la fois, en tout cas – de ce vivant complexe où elle m’avait plongé ?

note       Publiée le mercredi 17 février 2016

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Klarinetthor › mercredi 17 février 2016 - 22:03  message privé !

le rapprochement avec NWW venait juste d'un grincement (de mat?) vers la toute fin. Sinon, la clausto je dirais que ca vient de ces basses vers la fin, qui ont l'air de taper les murs, pulser dans les rebords du conduit. J'ai une memoire particuliere des reseaux phreatiques des grottes - qui peuvent etre d'une beauté aussi marquée que les speleothemes - faut dire.

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Dioneo › mercredi 17 février 2016 - 21:50  message privé !
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Ah tiens, marrant... Je ne la trouve pas "phobe" du tout, perso, cette pièce ! (Mais bon... Salt Marie Celeste ne m'angoisse pas un poil, aussi, faut dire, bizarrement. Ceci-dit je ne leur trouve pas "d'ambiances" toutes-proches, hein, en vrai, à la troglodyte d'Agathe et à la marine de Steven).

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Klarinetthor › mercredi 17 février 2016 - 21:35  message privé !

ah merde j'ai chopé le passage Salt marie Celeste, je ne pourrais plus jamais ecouter cette piece. Assez claustrophobe et tres belle hommage au espaces contraints souterrains.

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Dioneo › mercredi 17 février 2016 - 15:03  message privé !
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Bah d'rien... J'avais moi-même découvert ce côté là de ses trucs presque par hasard, me rendant compte juste avant son concert sous ce nom qu'il s'agissait d'elle (Agathe Max donc... Qui a été une musicienne du coin - mais qui semble-t-il vit maintenant à Bristol). Le duo "Seano" qu'elle avait fait ce même soir avec un gars - dont je ne connais pas le nom ; et je ne sais pas du tout si c'était un ouan'chott - était bien cool aussi, d'ailleurs, dans le genre manip' d'électronique avec densité qui monte. (Et je pense vous parler un jour ou l'autre de ses sorties sous son nom, aussi, musique pour - ou avec - violon).

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merci pour le fusil... › mercredi 17 février 2016 - 14:39  message privé !

Merci pour la découverte, du field plein de péripéties, de galeries à explorer et de portes à ouvrir.