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Moğollar › Anadolu Pop

cd | 17 titres | 49:21 min

  • 1 Toroslar [1:14]
  • 2 Lorke [2:26]
  • 3 İlgaz [3:01]
  • 4 Madımak [1:54]
  • 5 İklığ [3:07]
  • 6 Peri Bacaları [2:09]
  • 7 Haliç'te Gün Batışı [4:09]
  • 8 Ağrı Dağı Efsanesi [3:43]
  • 9 Hamsi [2:38]
  • 10 Vahşi Çiçek [3:34]
  • 11 Ziganalar'dan Geçiş [2:03]
  • 12 Elazığ'a Varış [2:22]
  • 13 Müzik Moğollar [4:50]
  • Bonus tracks
  • 14 Alageyik Destanı [3:01]
  • 15 Moğol Halayı [3:28]
  • 16 Çığrık [3:19]
  • 17 Sıla [2:23]

extraits vidéo

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line up

Cahit Berkay (guitares acoustiques et électriques, bağlama, yaylı tambur, igil), Ayzer Danga (batterie 14-17), Murat Ses (orgue, claviers, chant), Engin Yörükoğlu (batterie, percussion, darbuka, kaşık (sauf 14-17)), Taner Öngür (basse, chant)

remarques

La seconde pochette est celle de l'édition turque originale. La chronique porte sur l'édition de 1995 qui comporte quatre titres bonus, soit deux 45t sortis en 1972.

chronique

Styles
folk
rock
psychédélique
progressif
world music
Styles personnels
anatolian pop

Comme il faut bien commencer quelque part, autant le faire à la source, à l’éponyme. « Anadolu Pop » de Moğollar. La Pop Anatolienne. C’est dit, elle existe. De fait, elle existait depuis le milieu des années 60, des reprises de folk traditionnel adaptées aux sonorités occidentales du rock entendues lors du concours Altın Microfon où se révèlent années après années les vedettes du genre. Mais pour la première fois, un groupe ose le proclamer tout haut et mettre un coup de pied dans la fourmilière : Moğollar. Les Mongols, en turc. Parce que dans les sixties, fallait avoir un nom qui claque. Ils ont déjà sorti une poignée de 45t, parce que c’est ainsi que ça se passe à l’époque, en particulier en Turquie où la notion d’album, justement avant celui-là, est encore loin d’être entrée dans les usages (ou alors sous forme de compilation de singles). Le groupe se forme à la fin des année 60 et après quelque changements de personnel (la scène turque est à la fois réduite et incestueuse), il ne reste plus qu’un quatuor soudé emmené par Cahit Berkay et son bazar d’instruments à cordes (y compris une vielle mongole) et Murat Ses, claviériste visionnaire, portés par la rythmique de Engin Yörükoglu et Taner Öngür. Il est impossible de quantifier l’importance de Moğollar et de cet album en particulier dans la scène Anatolian Pop. Et je précise bien « pop » car si, probablement par volonté de se démarquer d’une turkish pop glycémique, le terme « rock » a été imposé avec des années de rééditions la plupart du temps fait de labels occidentaux, à l’époque c’est bien d’Anatolian Pop qu’on parle et non pas d’Anatolian Rock. Le titre de cet album en atteste. Mettons les choses au clair en terme gutsien : Anadolu Pop est à son genre ce que Black Sabbath est au métal, ce que In the Court of the Crimson King est au prog, ce que Unknow Pleasure est à la cold-wave, bon ça va vous mordez l’esprit ? Et ne surtout pas se fier à l’atroce pochette « ce soir, un orchestre turc traditionnel pour votre plaisir au restaurant typique L’Istanboule, à deux rue du Rex, pour un diner plaisir et dépaysant en famille après le film ! » due aux génie du marketing de chez Concert Hall, qui avait aussi affublé l’album du titre tellement exotique de « Danses et rythmes de la Turquie d’hier à aujourd’hui ». Tu la sens bien la soirée diapo « Découverte du monde » ? D’autant que le nom du groupe lui-même avait été caviardé en « Les mogol », sans « s » donc, ni « h », ce qui foire la référence à l’empire islamique et indien moghol qui était tentée ici bien approximativement (la pétoche de devoir vendre un groupe appelé Les Mongols peut-être ?). La pochette turque originale redonnera sa dignité à ce groupe dont la musique n’a rien à voir avec l’exotisme et encore moins le typique touristique. D’ailleurs si exotisme il y avait, c’est en Occident que les quatre sont allés le chercher. Reprendre des traditionnels folk arrangés pour la guitare électrique et une rythmique rock, certe, ils ne sont ni les premiers ni les derniers à le faire. Les meilleurs peut-être ? En tout cas incontournables. Mais là où Moğollar impriment un nouvel élan dans cette Anatolian Pop qui commençait à bégayer un peu, c’est quand ils décident de composer eux-même des morceaux dignes de s’insérer dans cette tradition, voire d’en créer une nouvelle, en ne s’interdisant aucune influence exogène : le psyché donc (que les musiciens Occidentaux ont déjà été sniffer de ce côté-ci de la planète), le rock progressif, le jazz… Presque exclusivement instrumental (les vocaux apparaissent sur les singles ajoutés en bonus), chaque morceau dévoile en quelques minutes la richesse des arrangements de Berkay et Ses, tordant le folk turc avec par ici un orgue électrique bien vaporeux, là une rythmique quasiment funk, ailleurs un piano percussif évoquant la musique contemporaine ou le free jazz, des percussions répétitives qui ne dépareraient pas dans un album de krautrock. Et partout le jeux prenant de Cahit Berkay aux guitares électrifiés et instruments traditionnels sortis de leurs zone de confort. Ce sera ça désormais la Pop Anatolienne, la tradition folk remise à jour, modelée comme une pâte, chacun en fera ce qu’il veut, la vanne est ouverte, tout est permis. Quelques décennies plus tard, les crate-diggers les plus maniaques ne s’y tromperont pas à l’image de J. Dilla qui sample le fantastique et protéiforme « Haliç'te Gün Batışı » ou Amon Tobin qui emprunte la rythmique fiévreuse de « Vahşi Çiçek ». Un gage de modernité. Car c’était ça le pari des Moğollar, inscrire la musique turque dans la modernité en se basant sur sa richesse propre. Pari gagné.

note       Publiée le mardi 16 février 2016

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Masca › mardi 10 janvier 2017 - 12:38  message privé !

Très, très bon ! Également samplé par Chinese Man dans leur troisième album, au passage.

Note donnée au disque :       
A.Z.O.T › lundi 22 février 2016 - 16:18  message privé !

Excellent, super découverte

Klarinetthor › dimanche 21 février 2016 - 00:16  message privé !

C'est meme pas tres rock a de nombreux endroits donc qu'on appelle ca pop ou folk ou les deux me semble correspondre bien mieux. Perturbant sans voix mais souvent magnifique.

dariev stands › jeudi 18 février 2016 - 22:07  message privé !
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Yeah ! Alors ça y'est, tu te lances ? Très surprenant, cette Anatolian Pop, à quel point on y trouve des choses qui prennent aux tripes sans qu'on comprenne pourquoi, au milieu d'une légereté et d'un esprit de liberté très début 70's. (Et oui, entre parenthèses, à cette époque, en france aussi, le mot "Pop" paraissait chargé d'un sens plus subversif et politique que "rock". Plus moderne surtout, le rock étant un truc américain et 50's à la base. La Pop, c'est 60's, international et ouvert sur le prog, le planant et même les influences jazz. Cf. Léo Ferré de la même année où le titre de certains festoches dits "pop" aux affiches bourrées de free jazz et d'impro.). Et effectivement "Danses et rythmes de la Turquie d’hier à aujourd’hui", ça fait pas rêver, j'en sais quelque chose, car le crate digger débutant que j'étais a laissé filer ce 33t sur un vide grenier il y a environ 10 ans, ignorant que j'étais de sa cote et des samples ci-évoqués. En fait c'est un des cas les plus connus (par les collectionneurs) et emblématiques du truc classieux emballé dans une pochette à la con. En attendant, ce truc est sorti en France à l'époque...

Klarinetthor › mercredi 17 février 2016 - 14:33  message privé !

avec la street cred qui va avec pour chroniquer ca en plus