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Tiamat › Clouds

cd • 8 titres • 39:30 min

  • 1In A Dream
  • 2Clouds
  • 3Smell Of Incense
  • 4A Caress Of Stars
  • 5The Sleeping Beauty
  • 6Forever Burning Flames
  • 7The Scapegoat
  • 8Undressed

line up

Johan Edlund (chant, guitare), Thomas Petersson (guitare), Johnny Hagel (basse), Niklas Ekstrand (batterie), Kenneth Roos (claviers)

Musiciens additionnels : Thomas Petersson (guitare acoustique)

remarques

La réédition reprend la tracklist augmentée du live The Sleeping Beauty, enregistré en Israël.

chronique

Tiamat... noir artichaut occulte... Clouds... cœur prisonnier des ronces, grognement d'esclave embourbé dans les nuages... Son Sommeil Astral le révélait déjà : s'il est paradoxalement sur Clouds encore bien sur Terre, entité métalleuse empotée et sinistre qui a passé son enfance dans un donjon plein de camarades belliqueux à écouter des groupes de méchants par désir mimétique, Tiamat sait désormais qu'il n'est pas de ce monde guerrier, avec ses thématiques du rêve et du voyage, sa noirceur tirant de plus en plus vers les couleurs... et il sait du plus profond du chou qu'il peut s'affirmer en faisant autre chose... Rêver d'aimer, depuis son tombeau, donner son amour depuis cette terre de riffs et ce foin de percussions autour de lui - car comme l'a dit un fameux agriculteur, "aimer est plus fort que d'être aimé"... Mon gros Titi lutte donc pour atteindre l'horizon de cet amour de miel, prêt à s'émanciper du désuet pentagramme... et Clouds est ce jardin rocailleux entre deux mondes, qui regorge de morceaux-coloquintes goûteux à souhait. Ici on ne saurait dire qui domine entre natron et nutella, momie et mimosa, Dracula ou Abdullah : sur Clouds on s'assèche le gosier pour gagner le cœur de la femme-fontaine, on grognougne des incantations pataudes, on sucre candi grave... Tiamat signe peut-être son album le plus mutant - l'un des plus courageux face au challenge du ridicule et du grotesque transcendés, sûrement pas le moins envoûtant à vrai dire. Moult parfums, moult sucs dans ces beaux nuages bouffis. Même si je préfère Wildhoney - évidemment - même si je sais que Tiamat est encore un peu entravé dans ses références heavy-thrash-death-black, il est évident que Clouds bénéficie d'une masse encore plus parfaitement équilibrée pour exprimer son hybris. Une masse laide et magique, ou les proportions parfaites d'un vrai bon couscous, pour un album qui pèse sur l'estomac des oreilles tout en vous embaumant la pièce à vivre d'un fumet de fatalité romantique. Plutôt mosaïque mais homogène. D'emblée de jeu l'intro acoustique académique (école Master of Puppets) a déjà un je-ne-sais-quoi de différent en sous-couche... et ne tarde guère passé le martèlement : ça beugle, ça riffe mélodico-poussif, doom en fleurs dignes d'un logo de pchit-pchit pour chiotte... c'est moche et beau en même temps, c'est très confit. Les sphinxters se relâchent, Tiamat pond son gros rêve, son refrain de baron déchu, ses mélodies Louxor-discount magnétiques... Le caveau de Tiamat est ouvert... Les seths de table et les couverts en os de lutins sont mis pour taper le gueuleton avec un classique, un vrai : c'est à dire un album suffisamment atypique pour en être un. Clouds est en effet un des albums de metal étranges de cette période, mutants, encore aujourd'hui il garde ce quelque chose de kitsch-ténébreux assez unique en son genre, sur lequel la pochette - bouleversante - livre déjà quelques clés. Quelque part entre le viking et la folle, Tiamat pateauge avec appétit dans sa mixture caramélisée... et même si la vraie démesure floydienne ne viendra qu'après, il y a déjà largement de quoi faire ici en terme d'onirisme métalleux. Pour ceux qui craignent le trop plein de claviers, il n'y en a pas de trop ici, la juste mesure, l'épice. Les passages exotiques sont de même : rares mais notables, ils sont ravissants, parfaitement fondus dans la musique. L'inspiration baudelairienne d'Edlund n'a aucun mal à investir ce corps épais, qui en a marre des ragnagnas sataniques dans la neige et a envie de jouer du metal d'alcôves, plus propre peut-être mais surtout plus personnel. Edlund passe bonne part du disque à chanter avec une voix d'assoiffé rentré du désert comme sur "Clouds", mais il se cherche encore, et il ose un peu tout... Ses "WOOOOAAAAAH" sur "Forever burning flames" par exemple, peuvent rivaliser avec les plus réjouissants beuglements de Lee Dorrian (!) - son anglais est porté par un accent plus qu'approximatif mais fier (cf. "The Sleeping Beauty"), et ses musiciens pas encore émancipés de leurs maîtres font dans le métal élastique à riffs abattus et solos totalement gratuits qui déboulent sans prévenir (presque aussi bien que chez Obituary). Cloudsgirofle est caverneux, difforme, enroué, farouche, torturé, car une lutte délicieuse entre l'envie de jouer une musique "extrême" et celle de ne plus la jouer direction les ruches sauvages... Le metal de Tiamat a trouvé sa voie, et son romantisme goudronneux atteint son point de fusion sur ce "Undressed" magnifiquement chantourné, tatoué d'une mignonne hispanisterie, avec des hooligans des catacombes en appui comme chez Type O ; un final pas dégueulasse du tout pour se préparer à Wildhoney, entre ravissement et débilité... car Clouds rend en effet toutes les lettres de noblesse qu'il n'a jamais eues au terme "débile", le sertissant de bijoux somptueux, l'embrassant avec passion. Débile idylle.

note       Publiée le jeudi 21 janvier 2016

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Note moyenne        4 votes

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Dead26 › samedi 6 février 2016 - 22:48  message privé !

Comme en dessous, album découvert à l’époque via la compil Masters Of Brutality 2. Musicalement quasi parfait avec pour seul petit bémol le chant, J.Edlund en pleine mutation entre guttural d’antan et voix clean actuelle ce qui m’a toujours paru un peu bizarre sur cet album. Mais le tout reste magnifique. Du très bon dans le style qui sera encore meilleur bien après.... Tiamat is God !!!!

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Consultant en informatique › vendredi 5 février 2016 - 08:24  message privé !
avatar

Ça a longtemps été mon disque préféré de tous les temps, avant que je découvre qu'on pouvait en avoir plusieurs. Clouds c'est LE disque qui devance ton chien dans la catégorie meilleur ami de l'homme.

zugal21 › mercredi 27 janvier 2016 - 12:15  message privé !

Je trouve que " In a dream " est superbe

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Potters field › mercredi 27 janvier 2016 - 10:54  message privé !

j'ai pas parlé de lassitude ! la preuve, après 20 ans je l'écoute encore.

azfazz › mardi 26 janvier 2016 - 21:47  message privé !

Pour moi, il tue du début à la fin, cet album. Il faut dire aussi que je ne connais Tiamat que depuis quelques années, peut-être que dans vingt ans d'écoute, la lassitude me gagnera.

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