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Behemoth › The Satanist

cd • 9 titres

  • 1Blow Your Trumpets Gabriel 4:25
  • 2Furor Divinus 3:07
  • 3Messe Noire 4:05
  • 4Ora Pro Nobis Lucifer 5:35
  • 5Amen 3:49
  • 6The Satanist 5:34
  • 7Ben Sahar 5:35
  • 8In The Absence Ov Light 4:59
  • 9O Father O Satan O Sun! 7:13

enregistrement

Mastering par Ted Jensen.

line up

Nergal (guitares leads, rythmiques, acoustiques, vocaux), Inferno (batterie et percussions), Orion (basse), Seth (guitare)

remarques

Artwork par Denis Forkas Kostromitin, layout par Metastazis.

chronique

Chroniquer The Satanist n'est pas à première vue dans mon domaine de compétences. Pourtant, l'idée n'est pas totalement contre-emploi, et ce pour plusieurs raisons. D'une, le silence de notre confrère Sheer-Khan nous prive d'une des plumes les plus inspirées, même s'il se définit humblement lui-même comme simple scribe. De deux, comme disait un type sympathique qui nous a récemment quittés, il y a les musiques qu'on aime et celles qu'on aime pas. Et là, j'aime. Enfin, comme d'autres l'ont fait remarquer, Behemoth fédère bien au-delà du milieu métal extrême, voire du métal tout court. Pour reprendre une formule lue au détour d'un commentaire, Behemoth en arrive à faire du death pour ceux qui n'en écoutent pas. Or il s'avère que je suis de ceux-là. Pas de t-shirt Cannibal Corpse ni de boitiers Morbid Angel tout crevés à signaler dans ma chambre d'ado, ni de compiles Hard'n'Heavy trainant au milieu de chaussettes et de sous-vêtements souillés par les mystères de l'âge ingrat. Je m'évadais sur d'autres sons, et ma connaissance du milieu s'arrêtait à Cruelty And The Beast ainsi qu'aux fringues pleines de crânes et de profanités qui protégeaient la virginité de mon meilleur pote guitariste. Après de nombreuses années infructueuses dans le domaine, n'accrochant finalement qu'aux groupes de métal touchant ”ceux qui n'en écoutent pas”, genre Tool, Isis, Neurosis, My Dying Bride, etc., The Satanist m'apparait enfin comme un déclic. J'ai écouté ce disque un nombre incalculable de fois depuis deux ans, et, miracle, il m'a soudainement permis de rentrer dans le métal extrême par une voie classieuse, enchaînant comme par enchantement avec la fureur de Melechesh, le mordant de Satyricon, la bile de Morbid Angel, pour ne citer qu'eux. Celle longue introduction est là pour tenter de saisir ce que peut être cet album pour le nouveau-venu, et si un chroniqueur purement métal souhaite y ajouter son point de vue, l'expérience n'en sera que plus enrichissante. Tous ou presque sont au courant des soucis de santé qui ont affligé Nergal au début de la décennie, qu'il ne sera pas nécessaire de ressasser une fois de plus – toujours est-il que cet album est sorti après un long hiatus, et la différence stylistique se fait sentir. The Apostasy contenait déjà son lot d'atmosphères bien plus nuancées que sur le bourrin Demigod, notamment sur 'At The Left Hand Ov God', un grand titre qui revient souvent en live. Thématiquement, The Satanist n'apporte que peu de nouveautés : encore une autre exploration de la ”voie de la main gauche” après l'apostolat (2007), la divinisation de soi (2004), le Zos Kia (2002), le Thelema (2000). Encore une excuse pour bourriner et gueuler Satan à tous vents? Pas si vite. On accroche vite aux intrigants visuels signés Denis Forkas Kostromitin (voyez l'édition vinyle et son booklet !), un artiste dont la recherche personnelle est entièrement dévouée à l'exploration spirituelle par l'art. On est déjà un cran au dessus d'un énième caprin avec un pentagramme photoshoppé sur le front. Si la musique paraît plus souple que sur Demigod, c'est parce qu'elle est investie. De l'aveu de Nergal lui-même, tout s'est passé très vite, mus par une implacable volonté, et eux-même s'étonnent de la saveur toute particulière de l'album. Plus qu'un album de death blackisant, c'est un album de black avec des touches death quand il le faut. Mais surtout, The Satanist c'est d'abord une ambiance, certes dramatique, certes cinématographique, mais dont la cohérence est au cœur de cette réussite. 'Blow Your Trumpet Gabriel', s'il ne tient pas forcément la route comme titre pris à part, ouvre magistralement l'album qui clôturera plus loin avec l'immense 'O Father O Satan O Sun'. Encore plus que sur The Apostasy, les éléments hors métal viennent souligner ce qui en aurait besoin ; cuivres et trompettes s'invitent à la fin de certains morceaux ; d'autres prennent même le risque du spoken-word entre deux explosions ('In The Absence Ov Light'). Ceux qui veulent encore s'en prendre plein la gueule auront plaisir à souffrir les fessées de 'Furor Divinus' et 'Amen'. La voix même si toujours ”tough guy” est moins surmixée qu'auparavant et même si les guitares sont parfois un peu confuses le son est globalement plaisant, surtout pour la batterie ici fonctionnant ici comme véritable arme de guerre. Sur les plans mid-tempo, comme sur le titre éponyme, la noirceur des thèmes se révèlent au plus juste, et ils arrivent formuler des mélodies à la fois catchy, mémorables et pourtant bien noires de suie (qui a dit Now, Diabolical ?). Inversement, je ne sais que penser des soli heavy qui tombent ici et là, notamment sur 'Messe Noire' et 'Ben Sahar' – peut-être une des clefs manquantes ; mais notez que je ne les comprends pas non plus chez Morbid Angel, donc prenez cet avis avec des pincettes. Les choses deviennent sérieuses sur les deux derniers titres, l'un très nerveux et tout en ruptures, un cran au dessus de tout le reste au niveau de la tension interne et des jeux de vitesse – quel final ! Et en parlant de final, Behemoth prend une nouvelle fois des risques sur le coda apocalyptique à plusieurs voix – sur fond de chorale, Nergal scande son hymne solaire d'abord par hurlements puis finalement avec une voix claire. Cette dimension humaine, dans toute son imperfection qui faisait tant défaut au compact et formaté Demigod, pourrait être la clef dont il est question ici. On n'est moins en face d'une force chthonienne qui nous écrase, que marchant pas à pas avec la nature humaine en guerre contre celle-ci. C'est une guerre personnelle que tout un chacun peut saisir, quelle qu'en soit la forme, fût-elle métal extrême, métal tout court, musique tout court.

note       Publiée le jeudi 21 janvier 2016

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Note moyenne        9 votes

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Wotzenknecht › vendredi 4 décembre 2020 - 11:39 Envoyez un message privé àWotzenknecht
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Increvable cet album.

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Eliphas › vendredi 8 juillet 2016 - 19:49 Envoyez un message privé àEliphas

Un album qui demande peu d'implication est qui résiste au temps qui passe, y en a pas tant que ça, surtout en metal.

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Bernard › vendredi 22 janvier 2016 - 13:10 Envoyez un message privé àBernard

Acheté ne connaissant rien du groupe, je suis assez loin d'être convaincu. Le côté carton-pâte sûrement. En live c'est d'ailleurs encore pire, au HellFest j'avais l'impression d'assister à un concert de Kiss, le décor, les poses, le faux sang, etc. on n'y crois pas 2 secondes, et aucune accroche musicale, c'est dire. Apparemment ce groupe n'est pas pour moi.

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Wotzenknecht › vendredi 22 janvier 2016 - 09:55 Envoyez un message privé àWotzenknecht
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Il y a un peu du baroque de Puritanical en effet, moins le grand guignol symphonique. C'est plutôt ce côté vieux missel que l'imagerie lui confère qui lui va à merveille. Septic Flesh, faudra que je tente.

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saïmone › jeudi 21 janvier 2016 - 22:01 Envoyez un message privé àsaïmone
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Oui ! Je le range perso près de l'album de Septic Flesh, là, celui de 2003. Blockbuster et production kolossale, mais putain ça envoie ! (dimmu borgir era 2001 aussi ? faudrait que je retest)