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Prietto › La Serenata del Señor Pelugre

mp3 • 1 titre • 11:45 min

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Prietto

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L’unique plage de ce disque est disponible en téléchargement gratuit depuis le site du label Los Emes del Oso et sur free music archive.

chronique

Je le répète : Prietto sait écrire des chansons. Quitte à ensuite les déformer, les trafiquer jusqu’à ce qu’on tombe dans les trous qu’il y aura ménagés… Seulement voilà : ici, il n’y PAS de chanson. Seulement la déformation. Seulement cette ouverture aspirante, sans fond visible, insondable. Un espace de chute ou de montée en flèche, incontrôlée… Me voilà piégé, encore, dans ces onze minutes quarante cinq. Une sorte de cauchemar venteux qui m’aurait saisi en même temps, pile, que l’assoupissement. Moment d’absence en plein concert – j’ai toujours cette impression que ça surgit en pleine représentation d’une œuvre pour orchestre, d’une pièce lyrique ; pour cette espèce de chant grotesque, étiré, bel canto torturé, burlesque, avec ses volettements de timbres pitchés dans les aigus, autour, en trajectoires torses, voilées ; pour cette image, sans doute, sur la pochette, l’orchestre et le chœur baignés de vert (encore cette couleur...), le visage de Prietto superposé, surimposé, devant, en un bleu pas plus naturel ; pour cette survenue de percussions sauvages qui sonnent comme des timbales, concrétion, compression, accélération d’un certains Sacre, Rites d’un certain Solstice ; pour… mais ne sautons pas à la conclusion ; écourtons, toutefois. L’accès de narcolepsie a dû me toucher en plein morceau de bravoure. Ça gueule. Ça pavoise. Impossible de rester debout. Il n’y a presque rien : cette voix qui répète une seule ligne – ou guère plus –, en un espèce de psalmodie mais sans quitter le rôle du Bouffe ou de l’Oratorio, la Romance ; qui ralenti, infiniment, l'instant le plus dramatique ; cette foule de farfadets en houle, aux inflexions nasales et ivres ; cet épisode percussif, déjà cité. Coincé dans ce laps scellé, maintenu, rendu circulaire. Des effets qui étirent et boursoufflent, donnent à chaque mouvement une amplitude de tempête. C’est un géant, qui chante, qui braille… Ça doit être ça. Et l’ouragan, ce doit être son souffle. Ou la vibration d’un archet, son frottement sur la corde. En attendant que la note, émise, nous pulvérise… Mais pourquoi "nous" ? Je suis seul, au vrai. L’attaque, la crise, la vision, ont vidé la salle… Vision, oui, comme dans les récits anciens, médiévaux, antiques : le temps d’un "clin de nuit" – comme dit l’une des histoires – un esprit quitte un corps ; traverse, guidé par son ange, les enfers, leurs affres. Au bout, avant de se réintégrer, l’âme, le double astral... (ça change de nom, selon les croyances) aura vu le Trône Céleste ou quelque autre Royaume (idem). Mais là, personne, ni rien, qui montre le chemin. Et il n’y a QU'UNE scène, décidément. Et rien ne dit que ce ciel soit habité. En fait de Cosmos, pour l'heure, il n'y a que ce Tollé… Bientôt, comme les autres fois, me revoilà pourtant dans mon siège de velours. Il y a des rires, et ce murmure de public satisfait ou railleur, au bout de la pièce. Approbateur, toujours. Rendu brume liminale par la réverbération, l’écho, d’autres effets et montages. Rien ne dit qui est ce "Monsieur Pelugre". Peut-être le musicien lui-même. Peut-être bien moi, ou n’importe quel autre qui se serait risqué par là, ainsi renommé par le tour. Nous avons oublié l’œuvre, dans cet engourdi déchaînement, l’histoire pour quoi on était venu. Le plus étrange est que cette "sérénade" – avec sa dédicace apocryphe, comme échue par erreur – captive bien plus, possiblement, que n'aurait fait la représentation qu’elle escamote, se fut-elle donnée. Le plus étonnant est qu'on trouve dans ce hiatus, chaque fois, l’un des inverses possibles de l’Ennui.

note       Publiée le mardi 8 décembre 2015

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