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Prietto › El Ciruja y los Rayos Solares

mp3 | 10 titres | 39:59 min

  • 1 Atravès de los soles [3:06]
  • 2 Canción para shaman y el afro [2:33]
  • 3 Loco de amor [6:26]
  • 4 Estrellas verdes [1:41]
  • 5 Es que quiero comer [3:49]
  • 6 Chozas de fuego [1:19]
  • 7 La joven oriental [2:56]
  • 8 El hombre gato [0:59]
  • 9 Atraves de los soles rojos verdes y azules [14:55]
  • 10 Loco de amor (deluxe) [2:15]

extraits vidéo

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enregistrement

Non précisé.

line up

Prietto (casio, voix, guitare, effets)

chronique

Les teintes explosent directement, semblent en même temps tourner – des courants d’airs, des voiles ; des arômes qui se posent, se déposent sur les papilles ; acides à la pointe de la langue ; sucres sur la grande surface bombée, fuselée… Une sorte d’arrière-goût, dans la zone du palais – mixte, indéfinissable. On savoure, sans se méfier… Ce disque est d’une bizarrerie très accomplie. Une sorte de conte tordu, cycle parfaitement cohérent dans sa singulière fantaisie. Son auteur – l’Argentin Maximiliano Prietto, résident de la "Commune Autonome de Buenos Aires" ; il semble que l’appellation ne soit plus officiellement d’usage ; lui, du moins, la garde ainsi pour se présenter – nous donne l’ouvrage comme résultant "d'un simple jeu". Quelques titres enregistrés en une semaine. Avec comme seules directives – par lui-même, à lui-même imposées ou proposées – de ne recourir pour cela qu’à un petit clavier Casio, une sorte de jouet ou presque. (Il a triché, d’ailleurs : à un moment au moins, on entend une guitare). Et que l’imaginaire exploré, développé, soit "spécial et enfantin". Et pour finir : "avec beaucoup de chorus"… Voulait-il dire par là, seulement, "des chœurs" ? Désignait-il plutôt l’effet électro-acoustique, ainsi dénommé ? Difficile à dire tant ses chansons regorgent, débordent... Des deux dites choses. Elles en sont comme le fil, même, qui coure et relie. Quelles chorales, au vrai ! Outre que ledit effet les vrille – on les voit presque littéralement se déformer sous nos yeux –, d’autres changements surviennent, à travers les machines ; elles prennent comme une espèce d’accent : empâté, mouillé, aquatique. Et puis ces timbres, d’abord, n’ont rien de naturel. En fait de voix juvéniles il semble bien que ce soit Prietto lui-même qui multiplie la sienne, la pitche pour obtenir ces harmonies d’angelots aux teints luisants, petits-chanteurs-aux-masques-anfractueux, ou curieusement enflés. Les péripéties rapportées ne sont pas forcément des plus communes, aussi, dans ce supposé cadre de la fable pour petits. Ce titre, déjà : "Le Clochard et les Rayons Solaires". Ces autres images cosmiques : "À Travers les Soleils Rouges Verts et Bleus", "Les Étoiles Vertes" ; ou celles d’épisodes plus terrestres mais pas toujours très rassurants : "Huttes de Feu"… Il est question aussi d’un homme-chat, d’une Jeune Orientale que les autres de son âge regardent passer, dont ils s’entichent de suite –, écrivant dans la nuit, jurant que, leur amour restant sans réponse, ils ne voudront alors plus vivre… C’est dit d’une voix chuchotée, ce passage, presque-chanté sur fond de tintements de sonnette de vélo, de bouts de discussions mélangés en échos et couches envahissantes, matières mouvantes et perturbantes expurgées de tout sens délimitable, lisible. Il faut le dire : c'est en fait brillamment écrit – et assemblé, monté. Que Prietto ait enregistré tout ça de manière très spontanée, comme il le dit, à l’intuition et pour s’amuser, c’est tout à fait possible. C’est une méthode comme une autre. Ça n’enlève rien à son talent pour camper parfaitement une chanson – quelques détails, des proportions simples mais travaillées, et voilà : elle se tient debout, roule, s’envole… Ou plonge. Certains de ses autres enregistrements – où les compositions ne sont pas ainsi triturées, retournées, subverties pour rendre tout ce qu’elles auraient à dire ; mais jouées souvent à la guitare sèche, sans rien d’autre, et chantées à voix nue – ne laissent d’ailleurs aucun doute sur ce point. Ici, toutefois, c’est autre chose. Il injecte dans leurs masses ces couleurs saturées, intoxicantes, trop vives. Les isole en fragments habitables – comme cette plateforme sur la pochette ; lui appelle ça une planète – mais indéniablement altérés, plongés dans un espace au chromatisme décidément déréglé, nuée. Ces mélodies simples – certaines récurrentes ; mais on ne sait pas toujours à coup sûr si telle revient vraiment, si ce n’est qu’un accès de déjà-vu, si c’est une question de porosité, de proximité – tournent très vite à l’obsessionnel. Ridiculement euphorisantes. On dirait qu’elles nous entraînent, inexorablement, vers… Quoi ? Eh bien... Pensez qu’il existe – en science, spéculativement – un objet céleste nommé Trou de Ver, qui ferait passage entre des strates distinctes d’espace-temps. Parcourez un peu les titres, aussi, voyez leurs durées… Il y en a une, peut-être, qui vous fera un peu tiquer. Un des index dit : "Chanson pour Shaman et l’Afro". Un de ces "noms", semble-t-il, serait celui d’un ami de l’auteur... "J’ai présenté le disque à mes proches […] c’était comme pointer une arme sur eux ; ils ne savaient pas comment me dire la vérité : c’était inécoutable, et il fallait que je me fasse soigner"… Je soupçonne le musicien d'inventer encore, d’enluminer de cette légende ces cinq chansons géniales et impossibles… Ces quarante minutes durant, en tout cas, ne nous soucions pas de ce qu'en dirait le moindre clinicien.

note       Publiée le mardi 8 décembre 2015

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Dioneo › jeudi 24 août 2017 - 18:15  message privé !
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Ah oui, merci pour la précision ! Et je pense que je vois un peu ce que tu veux dire pour les dessins-flippants... Le mec est toujours actif, sinon, mais il semble que ces derniers temps il œuvre davantage dans sa veine "{musique avec des} groupes normaux" (dixit Cesar Radikal Satan Amarante, l'appellation).

Note donnée au disque :       
WZX › dimanche 20 août 2017 - 02:02  message privé !

Me fait penser à ces dessins animés qui te font trop peur quand t'es gamin, au format trompeur. (Et Ciudad Autónoma de Buenos Aires c'est bien le nom officiel de la ville. Ca permet de distinguer la ville de la province.)