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Bel Canto › Birds of Passage

Édition américaine • 11 titres • 47:02 min

  • 1Intravenous3:15
  • 2Birds of Passage5:23
  • 3The Glassmaker4:26
  • 4A Shoulder to the Wheel4:15
  • 5Time Without End4:59
  • 6Oyster3:03
  • 7Continuum4:31
  • 8Dewy Fields3:59
  • 9The Suffering4:04
  • 10Picnic on the Moon4:37
  • 11Look 34:30

Édition européenne • 11 titres • 47:02 min

  • 1Look 34:30
  • 2Dewy Fields3:59
  • 3Continuum4:31
  • 4The Suffering4:04
  • 5The Glassmaker4:26
  • 6Picnic on the Moon4:37
  • 7Intravenous3:15
  • 8Oyster3:03
  • 9Birds of Passage5:23
  • 10A Shoulder to the Wheel4:15
  • 11Time Without End4:59

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Gilles Martin aux studios Daylight et Kitsch, Bruxelles. Produit par Bel Canto, Gilles Martin et Marc Hollander.

line up

Anneli Marian Drecker (voix, claviers, piano), Geir Jenssen (claviers, programmation, piano, TR808), Nils Johansen (bouzouki, mandoline, programmation, basse, guitare, voix sur Time Without End)

Musiciens additionnels : Michel Delory (guitare, batterie), Jeannot Gillis (violon, alto, arrangement de cordes sur Oyster), Marc Hollander (claviers et percussions supplémentaires, clarinette), Luc Van Lieshout (bugle, trompette), Claudine Steenackers (violoncelle), Gilles Marin (poussière d’étoile sur Picnic on the Moon)

remarques

L’ordre des titres diffère radicalement, de la version américaine du disque – États Unis et Canada ; sortie en 1989 – à sa version européenne, sortie en 1990. Les rééditions ultérieures reprendront cette différence de séquençage « continentale ».

chronique

Belle voix claire – qui transmue les couleurs froides en flux courants, coulées qui éclairent ; chaleur rayonnante, en même temps, autour, dedans. Curieuse musique. Familière, cependant, presque triviale, en certains de ses timbres ; d’une beauté vive, pourtant – qui laisse ravi plus qu’interdit. Ce disque est sur le fil. Tout pourrait tomber à plat, dans un Solennel vulgaire. Au lieu de ça ces chansons s’animent et touchent. Question de moyens – sans luxe, sans doute mais bien compris. Question de lucidité, de sensibilité juste. Bel Canto, au moins sur les deux premiers albums du groupe – White Out Condition, le précédent ; et le présent Birds of Passage – est histoire d’arrangements, alliage fin de matériaux à priori éclectiques ; mélanges délicats, risqués. L’électronique – populaire, aux dimensions domestiques, pop : synthétiseurs, boîtes à rythmes, quelques effets simples mais réglés avec précision pour infléchir l’espace, les perspectives ; l’acoustique et l’électrique : guitares, basses amplifiées, violon, alto, violoncelle, clarinette… joués comme des voix individuelles, rarement en sections orchestrales ; tous instruments pourtant, parts du relief, jamais vraiment isolés ; son d’ensemble qui ne lisse pas mais lie ; ouvertures et pleins et profondeurs ; electropop et lais naïfs – sciemment – qui se rappellent les vieux fonds. Il me semble, là, n’entendre aucune aspiration à quelque transcendance. Que rien ne vise un art classique – serait-il recréé, modernisé... Peut-être même : surtout pas ça ! Il est question d'une autre grâce : bien plus proche, intime. J’allais dire : naturelle. Et il y a de ça, au vrai. Le groupe emprunte des formes médiévales ; les joue sur des claviers aux sons manifestement synthétiques, étranges à toutes mécaniques à cordes, à pistons, à lames et mailloches ; use de l'anglais, du norvégien, de l'espagnol ; harmonise ses chœurs en les nimbant de réverb'… Rien ne sonne plaqué, distant, mal ajusté. Rien ne "rend"… Artificiel. Les "contes" ne sonnent pas comme de lointaines fictions, chapitres qui voudraient enseigner, paraboles compassées. Cette musique est riche – vraiment – d’émotions variées, contrastées, douées de vitesses, de mouvements autonomes, et qui entre elles composent. La tristesse du deuil, l’inquiétude même, y sont doux – chaleur, encore, poids partagé. Les joies y sont accès soudains de lumière – souffle qui pousse et lève et tourne alors que la gravitation talonne. C’est une danse, oui… C’est un jeu. Bien plus fort, plus attirant, plus intrigant, au fond, que la poursuite d’une esthétique – qui "dirait", elle, une fois pour toutes. Que ce disque n’ait pas flétri, jamais pâli, c’est presque inexplicable – c’est ô combien heureux. Je crois – décidément – qu’il ne visait aucun ciel surplombant. Geir Jensen – pas étonnant, d’ailleurs, qu’après la fin du groupe, celui-là ait créé Biosphère –, Anneli Marian Drecker, Nils Johansen et leurs compagnies, sont de bien plus curieux et modestes shamans. Artisans d’épiphanies qui ne seraient que retour aux sens, leur reconnexion avec le vaste, l’informulable vivant. Une "Nature", disais-je – monde animal, végétal, minéral, solide, liquide, gazeux ; fontes, condensations… – où l’humain serait une présence. Reconnaissable, distincte de telle ou telle – mais pas enclavée, pas là pour se faire grain ennemi. Plus que de Dead Can Dance et consorts – à quoi on les compare parfois, au prétexte que tous mêlent folklores et techno, TBR 808 et légendes passées, vieilles photos et filtres neufs… Bel Canto – si étrange que cela puisse d'abord paraître – me semble proche, en motifs et intuitions, de Chris & Cosey, le couple d'après Throbbing Gristle. Comme un autre versant, certes. Comme si ceux-ci – les Norvégiens – trouvaient le dépassement du "texte", de la culture arrêtée, paralysante, dans les percée au plein air, en pleins lacs et glaciers loin des villes ; quand les autres – les Anglais – chercheraient à défaire les trompeuses apparences, l’illusion contrite, aux lumières basses des boîtes de nuit et des clubs libertins, dans les orgies, le bondage et les contorsions de cuirs, d’autres tangos païens… Ainsi se dissolvent les mythes. Ainsi leur force libérée s’insuffle au plan de l’existence. Il n’y a plus lieu, alors, de vouloir vaincre un monde ou l'autre, ou bien, se saisissant d'eux de vouloir les hybrider, de s'attacher à transposer.

note       Publiée le samedi 5 décembre 2015

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