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Bad Brains › I Against I

lp/cd • 10 titres • 31:26 min

  • 1Intro1:02
  • 2I Against I2:51
  • 3House of Suffuring2:30
  • 4Re-Ignition4:16
  • 5Secret 774:04
  • 6Let Me Help2:18
  • 7She’s Calling You3:42
  • 8Sacred Love3:40
  • 9Hired Gun3:46
  • 10Return to Heaven3:19

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré aux studios Long View Farm (Boston) par Phil Burnett, assisté de Bill Ryan, Dennis Mitchell, Eddie Krupski et Jesse Henderson. Mixé par Patch et The Saint (Ron St. Germain).

line up

Dr. Know (guitare), H.r. (voix), Earl Hudson (batterie), Darryl Jenifer (basse)

remarques

L’album a également été réédité par SST en CD, en 1988 et 1993, et en LP en 2008, sous les mêmes numéros de séries que les éditions originales.

chronique

Trois ans passés. Rien en studio, entre Rock for Light et le présent I Against I. Un disque de retour, alors ? Pas vraiment. Les Bad Brains n'étaient pas partis – ils tournaient, voilà tout. Barrés ailleurs, ça oui, en revanche. De toute façon les Bad Brains avaient toujours été comme d’une autre planète, dans une autre dimension. Bon. Trois ans sur les routes, dans les salles... Tout ça pour… quoi, une fois venue l'heure de se remettre en studio ? Eh bien voilà, les quatre furieux rastas nous balancent un gros bloc de… FUSION ! Attendez. Même "pire". De METAL fusion. Seulement, de la retorse. Pleine de funk, certes, de groove. Mais lourde, inquiétante, habitée d’une présence, de tensions vraiment pas claires. Le tempo s'est ralenti. Beaucoup, par moments. Le son a pris encore de l’épaisseur – de la rondeur, aussi, une sorte d’étoffe, de matière plus mate, sourde, sous le brillant trompeur, le limpide de la production. Soyons clair… En fait de fusion, ce n’est certainement pas le joyeux foutoir punky-groovy des Red Hot Chili Peppers, qui nous attrape, ici – bien que de l'aveu même du groupe, le passage en première partie d'un de leur concerts desdits Californiens n'ait pas été pour rien dans ce changement, ce retour à un certain louvoiement. Pas de hip-hop d'émeute sur riffs graissés-musculeux circa soixante-dix, non-plus, comme en balanceront plus tard Rage Against the Machine. Pas la fête enflammée – avec ses zones d’ombre, oui, d'accord – de Fishbone… Ou alors à la rigueur, le Fishbone des moments les plus opaques de Truth and Soul, les moins délirants, les moins... soul, justement, les plus anxieux ; ou bien celui de Give a Monkey a Brain…, mais alors sans le lyrisme salvateur, la mélancolie flambante, les accès de larmes qui réchauffent. Bon… À ce jeu, au vrai – celui des comparaisons, des généalogies subodorées –, à l'écoute, c'est à d'autres qu'on penserait plus volontiers, immédiatement. Nommément : à Living Colour. Mais une version du groupe, alors, qui jouerait TOUTE sa carrière sur un seul disque. Comme si les morceaux funk polychromes, les plus enjoués des deux premiers albums, se trouvaient soudain envahis par la froideur paranoïaque, le son sec et plombé de Stain, le très métallique album d’avant rupture. Un Living Colour à cran, donc, pas désireux de fêter quoi que ce soit, dès le début persuadé du pire – et que se durcir la peau, le cœur, que se blinder l’esprit soit le meilleur réflexe, l'évidence vitale. Hypothèses, tout ça, bien sûr, simple projection, recoupements après-coup. De toute évidence, I Against I se tient tout seul, nul besoin le soupèser en regard de tel ou tel. Son malaise saisit, cette musique prend à revers. Flippée sous la syncope, la richesse des arrangements, la profondeur de certaines mises en espace (l’usage de la réverb’ sur Return to Heaven – entre autres – qui place si adéquatement la voix). Les Bad Brains était depuis toujours une histoire de nerfs torturés, en pelotes… Mais ici, ça tourne au vice. H.R. – la plupart du temps ; mais quand il s'y remet ça fout d'autant plus les jetons – ne braille plus déchiré, capilotade excitée. Il chante, souvent – et très bien, en plus, très juste, le timbre varié, du sec-cassant au caressant… et c’est encore un coup tordu, quand ça devient ainsi soyeux. C'est encore plus alarmant. La rage du type prend un tour insidieux, fermé à toute sympathie – écoutez donc Sacred Love, avec sa voix trafiquée d’effets qui en rehaussent l’amertume venimeuse et glacée, la charge de colère calme, dangereusement calme, la misogynie bien crasse qui se targue d’écritures, s’enveloppe de mystique pour maquiller sa menace de mâle possessif en vertu outragée. Il y a quelque chose de malsain qui vit dans ces plages, y écume en sourdine. Une hargne désormais rentrée, là où auparavant elle explosait sans cesse. Gardée façon "chien de sa chienne", ressassée ; travaillant sans relâche pour prendre de la masse musculaire ; cette nouvelle carrure cachée sous une vêture plus sobre, sombre, nette. Le claquant de la batterie, la basse tellement compacte, pourtant tout en glissements quand elle ne se fait pas elle aussi percussion… Les soli de guitares de Dr. Know – quelle largeur de champ lui est soudain laissée, d’ailleurs – se multiplient, s'allongent ; il varie les textures et les angles, complique les riffs mais sans jamais déborder pour nous épater, griffer trop frontalement. Il faut d’abord qu’on y voit que du feu, qu’on s’approche sans méfiance. C’est là qu’ils nous diront : "Un mal rôde, et nous en portons la Vision". Tout élan est brisé dès qu’on se prend à vouloir y adhérer, s’y emporter – ruptures incessantes. Le feu couve. Quand on est à portée il se glisse en un instant, envahit le cortex, les reins, le sang, les zones motrices… Il vient mordre en pleine chair. Ah ! Et pas de reggae, sur celui-là. Il ne faudrait pas que quelque douceur – même paradoxale, mélancolique – vienne rassurer, réconforter à quelque point de ce part-en-part, de ce bout-en-bout compact et plein de pièges et d'éclats planqués.

note       Publiée le mercredi 25 novembre 2015

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Klarinetthor › lundi 14 décembre 2015 - 22:35  message privé !

Je le trouve ecoutable desormais, apres une decouverte plutot difficile, le changement de style, le son (de gratte), cette voix douce qu'on reconnait mqias qui s'est metamorphosée depuis rock for light. Je vais finir par l'apprecier, mais il reste qu'il est dur a noter en comparaison aux premiers essais du groupe.

Dioneo › samedi 28 novembre 2015 - 13:22  message privé !
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Eh eh... Alors imagine celle des gens qui ont découvert ça "en direct", en 86 ?! J'avoue que pas prévenu/sans le recul, ça a dû faire un choc à pas mal de monde, le changement.

Après... Ben avec mon oreille de maintenant, en tout cas, je trouve la prod' complètement adaptée à la musique - même si aux premières écoutes on peut effectivement d'abord entendre surtout l'époque, ça peut d'abord un peu gêner. Ensuite, je trouve qu'on entend mieux combien elle est finalement originale, audacieuse... Mais comme les compos elles-mêmes, en fait !

(Ceci-dit j'aurais plus dit Kerry King que Van Halen, pour les soli.. Le jeu de Dr. Know est nettement plus sophistiqué que sur Bad Brains/Rock for Light, c'est sûr - enfin, aussi parce que lesdits soli ne font plus seulement une mesure et demie chacun... - mais il reste bien cabré et foutraque, sur ceux-là ! (C'est certain que les riffs sont plus du out les mêmes, par contre, je dis pas)).

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zen › samedi 28 novembre 2015 - 12:58  message privé !

Il fallait voir ma tete en écoutant ce CD acheté à la fin des années 90 après avoir écouté en boucle les ROIR Sessions et "Rock for light" pendant un an (je me rappelle plus si j'ai acheté RFL avant celui là par contre, mais les ROIR Sessions c'est sur). Moi qui venait de me lancer à corps perdu dans cette musique hystérique du début des années 80 alors que mes congénères en baggys étaient en train de se passer des cassettes de Korn et Cie pour le walkman, écouter ce disque de 1986 me semblait un gros retour en arrière vers le mauvais gout et une production ultra datée dans le contexte. Je pense meme pas encore avoir le CD, mais il faudrait vraiment qu'un jour je prenne mon courage à deux mains pour retélécharger çà, peut-etre qu'en 2015 çà sonne mieux... et puis il y avait quelques riffs sympas, au milieu de ce agregat bizarre de Van Halen et Cameo.

Rastignac › samedi 28 novembre 2015 - 02:39  message privé !
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Je crois que ce fut le tout premier disque de Bad Brains que j'ai pu écouter, j'avais enregistré ça sur cassette... mais c'est pas vraiment celui que je réécoute, les précédents étant tellement uniques... faudra que je réessaye.

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Dioneo › vendredi 27 novembre 2015 - 11:52  message privé !
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Tiens, je ne connaissais pas cette histoire, pour Sacred Love... Je ne sais pas si elle vraie (difficile d'imaginer le mec parvenant à chanter vraiment synchro avec la musique depuis le téléphone de la taule... mais va savoir) mais en tout cas la voix a vraiment quelque chose de malsain, sur ce morceau, une espèce de vice froid qui rassure pas du tout.

OK pour le live "Live", sinon... Merci pour la précision. Quant au Youth Are Getting Restless, probable que je le chro un de ces quatre, oui... Peut-être pas immédiatement mais y'a des chances que je finisse par (parce que c'est vrai qu'il est excellent et que le son est bien meilleur que sur ledit Live ou sur le CBGB 1982).

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