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Bess of Bedlam › Bess of Bedlam

cdr • 6 titres • 23:04 min

  • 1The Poet2:46
  • 2Dead Leaf2:43
  • 3Tender is The Night5:22
  • 4The Painter4:08
  • 5Echoes4:24
  • 6Weirdos3:41

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et mixé par Guillaume Médioni au studio Henry IV en 2014.

line up

Fanny L'héritier (voix, guitare, piano, pianet)

Musiciens additionnels : Guillaume Médioni (instruments supplémentaires, arrangements)

remarques

Artwork : Juliette Zanon.

chronique

Il me fallait un peu de douceur… Trop de bruit s’était accumulé, menaçait de toucher le point aveugle et sourd, là où on ne l'entend plus. Là où se mêler au monde ou bien dresser entre lui et soi un mur de fracas ou de mutisme ne fait plus sens, ne fait plus rien – ne protège plus et ne fait plus joie… Là où le bruit menaçait de n’être plus, lui même, qu’une espèce d'extinction… J’ai pensé "repasse par chez Bess". "Mais c’est l’asile, là-bas – Bess de l’Asile !"… Oui. Et la lumière qui tombe, ici, est curieusement crue. La pièce étrangement nue. Fanny L’Héritier – outre qu’elle emprunte son autre nom à Purcell ; et que celui-là était, avant, celui de la première patiente, de la première internée du tout premier hôpital psychiatrique, de l’ancêtre de ceux-ci, à Londres, il y a de ça plus de sept siècles : Bedlam, pour "Bethlehem" – raconte de drôles de choses. Elle dit souvent "merde" – enfin, elle dit "shit", mais cet anglais là, tout le monde l’entend, ces jours – quand elle chante les Poètes, ou que Tendre Est la Nuit. À vrai dire, la douceur, aujourd’hui… Ça n’est guère rassurant. C’est une anomalie, dans le tumulte bruissant, grouillant. C’est presque un acte de résistance – un motif de poursuite ? –, quand ça ne se pare pas d’un prix annoncé, que ça ne vise pas à faire passer quelque compromission, à masquer une misère… Elle parle, plus loin, d’un peintre. Une fois regagnée la rue… Elle veut parler – Bess – à un clochard, mais il lui crache dessus. On ne peut pas secourir. On peut à peine se toucher, dans la vie publique. "Comment peux-tu croire toute cette merde, toute cette merde… Comment peux-tu croire tout ce qu’ils t’ont appris à l’école alors que…". Alors que tout. Alors que de toute évidence, c’est fausse route que ces convenances. Que ça prépare le capiton, le cabanon "qu’ils" nous brandissent, en même temps, éducateurs, placiers, préparateurs. (Comme on dit "préparateur de commandes"… Comme on dit aussi "préparer la viande", pour annoncer qu’on va la trancher, enlever à la pièce son apparence de muscle arraché à la bête…). Fanny L’Héritier, lorsqu’elle n’est pas si seule, chante et joue aussi – différemment baroque ; mais leur musique, leurs histoires à eux ne sont certainement pas plus dénuées de zones sombres, ambigües, que les siennes – dans Odessey and Oracle. Eux, elle, se réclament d’un usage, exercice, d’une pratique "amateurs", de la musique. Ça ne veut pas dire ignare ou brut, ou approximatif. Bien au contraire, ceux-là, elle, eux, sont lettrés. Bien plus que ceux qui, se faisant de ça un métier, oublient – omettent – ces ombres qu’on se cultive, aussi, par là. Là où on lit, on apprend, on écoute... pour nourrir également cette intranquilité qui fait qu’aux détours, on ne veut pas tomber dans le panneau. Les bonheurs qu’on poursuit en sachant bien qu’il y a les gouffres… Et ce folk de chambre close – tout de mélodies gracieuses, d’accords riches mais coulants, et ce timbre clair, juvénile, parfois au bord de la note, à la limite – parvient à me toucher, là où, de justesse, il pourrait m’agacer. Cette justesse – littéralement, justesse – qui fait la beauté de ces chansons pas couvertes mais pas aguicheuses, que j’aime parce qu’elle n’inventent pas de consolation, de fins heureuses aux scènes qu’elles traversent. Je l’entends bien, la différence avec les "revivals", les acteurs jeunes mais plein de poussière, les tentatives de faire un coup avec du vieux… Il y a là ces pièges harmoniques par quoi eux ne se risqueront pas à passer. Il y a l’air mat et frais, qui n’enrobe pas, où l’on ne peut pas enjoliver. Il y a que je crois me rappeler – il me semble qu’elle le dit, sur scène – que Bess y est morte, à Bethlehem. Bethlehem, Bedlam… C’est un glissement sémantique, au fait, le jeu d’un certain argot – "bedlam" veut dire aussi chahut, confusion, charivari qui ne serait pas cérémonie mais mouvement spontané, paniqué, incontrôlé… Il semble qu’à un moment, au cours des siècles qui ont suivi l’ouverture de la place, on ait pu visiter – "pour s’amuser" – cette bâtisse où pourtant on isolait les "fous". ("Don’t look at them they’re all... Weirdos, don’t tell them… Our secret"…). Il paraît qu’on y pouvait voir un homme riant de se cogner sans arrêt la tête contre un meuble ou un autre volume dur… Nous n’en sommes pas là. Dehors aussi, le boucan s’est tu, la lumière s’est faite électrique il y a un moment, déjà… Les pavés sèchent car il n’y a plus d’averses. Je me prends à distinguer les teintes et dégradés, dans ces taches aquarelles qui prolongent le lambeau de photo noire-et-blanc, ancienne ; j’ai l’impression qu’elles attrapent et rendent moins atone le regard de cette figure qui, sinon, fixerait peut-être le vide.

note       Publiée le dimanche 4 octobre 2015

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