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Jennifer Terran › Full Moon in 3

cd • 12 titres • 57:32 min

  • 1Full Moon3:07
  • 2The America Song4:21
  • 3T.V Off3:37
  • 4Opening's Had3:27
  • 5Pomegranate7:12
  • 6Tide5:05
  • 7Ohhh eee6:53
  • 8Multi-orgasmic Three5:20
  • 9Circle of Life7:43
  • 10A Big Brown Trout Lives There3:28
  • 11Three-Legged Dog3:32
  • 12Little Rock3:47

enregistrement

Produit par Jennifer Terran. Enregistré à Laughing Tiger, San Rafael CA et Painted Cave & The Barn, Santa Barbara, CA.

line up

Jennifer Terran (chant, piano, claviers, mellotrons, synthétiseurs, boucles, violon), Brendan Statom (contrebasse, boucle), David Brogan (batterie, percussions), Laura Milhauka (violoncelle), David Simon-Baker (boucle, beat), Todd Sickafoose (basse, synthétiseur, contrebasse), Laura Hextine (violon, violoncelle), Claudelise La Franque (violon)

remarques

http://jenniferterran.bandcamp.com/album/full-moon-in-3-2

chronique

Styles
chanson
soul
folk
ambient
pop
Styles personnels
nocturne

Il y avait, au faîte de la falaise, une petite maison. La nuit, à la lumière blafarde de la Lune marine, se découpait une petite silhouette féminine, féline, noueuse, musclée. De plus près, des cheveux noir de jais, ramenés en couettes qui donnaient à son visage une allure juvénile, contrariée par l’abysse de ses yeux. Un souffle qui bruissait, impossible à confondre avec celui du vent, un souffle chaud sortant d’un corps. Quand vibraient les mellotrons comme des coquillages lugubres, la voix entamait une sombre complainte, des frissons irrépressibles prenaient d’assaut à la seule évocation de la terre, sa terre, « America », qu’elle faisait plonger sous terre, d’une tessiture à la sensualité amère et redoutable. Puis sa voix se dédoublait dans l’ether. La jeune femme, assise à son piano, pouvait vous fixer dans les yeux et alors gare ! Balayant un fragile spectre sonore avec la sensibilité d’une soul-sister blanche, un peu indienne peut-être, Jen, comme on l’appelait dans le coin, se contorsionnait aux beats hip-hop dont elle maîtrisait les danses, au point d’en faire enseignement à ceux qui passaient sa porte. Des échos comme cérémoniels se faisaient entendre au crépuscule, des mélopées, des élégies où les mots se mêlaient entre intimité, poétique politique et trivialité. Les clefs du royaume des rêves qu’elle semblait faire tourner dans leurs serrures enfantant d’autres de ses voix, plus graves, expurgées du fond de la mer. Une harmonie vocale terrible entre elle-même et ses propres fantômes, ses propres terreurs. Il est ignoble d’être pris dans le rêve des autres, disait le philosophe, il fallait du courage pour approcher la maison au-dessus de la falaise, écouter sans broncher les chansons cryptiques où une féminité sans fard se tenait debout, remettre les pièces du puzzle déroulées sur des boucles en ordre, « The bitch of yours is me », qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Jusqu’à ce que les mots perdent même leur familiarité rassurante, se délitent en syllabes assommées, privées de leur lisibilité « Wann teeee wheeek ofem owetta, Weeech offem oh wetta we ofen o wet weee », jusqu’au cri sous le crescendo d’un piano toujours effleuré. Parfois, le corps drapé d'une longue robe noire, Jen descendait une à une les marches qui menaient cahin-caha aux rochers, sous la falaise, tremblante « Ultimately…. we are alone », pour se perdre dans les vagues, engloutie par la marée, sous une Lune indifférente, jusqu’à ce que le piano se noie lui-même dans l’ether, les algues entre les étoiles, les nuages flottant entre les moutons du reflux, tout instrument en suspension dans le noir marin. Plus rien ne sourd sinon des notes de voix, l’une après l’autre, remontant à la surface en bulles tragiques, laissant en éclatant les bruits de souffles prisonniers résonner au-delà des flots, remontant le long de la falaise, en contre-jour somnambulique. Cauchemar induit par les chants de la soirée ou hallucination du désir ? Comment être bien sûr. Jen en inspirait du désir. Parfois, des lueurs oscillaient aux fenêtres de la maison, au faîte de la falaise, des ombres de plusieurs corps, masculin, féminins, des sons de corps en percussions, un regard incrédule qui se jetait d’un coup dans le feu des orgasmes à répétition, en multiplications, sous une Lune dénuée de tout jugement. Alors se faisait entendre une pulsation animale, des percussions et des lignes de basse à transpirer. Alors, c’était le sexe. On n’a jamais bien su qui était Jen. Une sorcière ? Elle semblait telle ces animistes, penchée avec amour sur chaque animal, cette truite qu’elle aurait voulu capturer, ce chien abandonné pour avoir perdu une de ses pattes. Assise à son piano, souvent, elle chantait cette soul blanche et amère, sa respiration comme un instrument, un lien avec les choses autour d’elle, des liens physiques tissés avec qui voulait bien l’écouter, elle et son piano de peu, grave et sourd, ses mellotrons cachés dans une des pièces, qui faisaient vibrer la falaise de leur mélancolie, ses boucles de batterie invitant à se laisser entrainer dans des ritournelles lessivées par la tristesse et la joie d’être encore en vie, dans ce monde sourd et amer. Et puis Jen est partie, a disparu. Dans les collines, plus près du désert, parait-il. Mais encore, près de la maison sur la falaise, le vent évoque ses souffles polyphoniques, ses chansons de somnambule.

note       Publiée le samedi 17 septembre 2016

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Khyber › jeudi 25 janvier 2018 - 11:57  message privé !

Eh bien ce dernier "Born…" mérite largement qu'on persévère. D'une certaine manière plus introspectif et moins immédiatement mélodieux, mais il déborde de moments somptueux.

Note donnée au disque :       
(N°6) › lundi 25 septembre 2017 - 13:39  message privé !
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Merci, elle mérite amplement plus d'attention ! Dans mon souvenir j'avais un petit peu moins aimé le dernier en date que ses deux précédents, mais peut-être je vais me raviser au moment de la chronique à venir. Moins familier des débuts de sa discographie (elle considère quasiment "The Musician" comme son premier album) même si les extraits de celle-ci sur l'album live sont formidables. Il faudra que j'y vienne un de ces jours, je pense que ça vaut largement le coup.

Note donnée au disque :       
Khyber › lundi 25 septembre 2017 - 13:14  message privé !

Beau et exigeant, merci pour la mise en lumière de cette discographie. Des avis sur son dernier paru "Born From The Womb Of Silence" et sur les 2 disques pre-"Musician" ?

Note donnée au disque :