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Krinator › Misa Pro Defunc(t)is

lp • 13 titres • 36:29 min

  • Face A|18:13
  • 1Prelude??:??
  • 2Cancer Généralisé??:??
  • 3Problème Vasculaire??:??
  • 4Expérience de Mort Imminente??:??
  • 5I Walk in a??:??
  • 6Voyage du bois flotté??:??
  • 7Téléphone Rose??:??
  • Face B|19:16
  • 8Valse n°13??:??
  • 9Kopfuber??:??
  • 10Piano Forte??:??
  • 11Requiem pour L. ??:??
  • 12Hangrosseltern??:??
  • 13Hymne des maux??:??

extraits vidéo

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enregistrement

Non renseigné.

line up

Carine Edouard (voix, musique)

remarques

La tranche du vinyle donne pour titre du disque : "Misa Pro Defunctis". Mais le site du label Mon Cul C’Est Du Tofu? annonce alternativement ce même titre ou "Misa Pro Defuncis" (sans le "t"). Toutes les autres sources – y compris les sites/pages des autres labels ayant produit l’objet – semblent reprendre la version "Defuncis".
Bien que les huit labels ayant coproduit le disque soient indiqués séparément dans la rubrique "éditions", il s’agit bien d’un seul et même objet, réuni sous toutes ces étiquettes.

chronique

Je m’en doutais, moi, qu’elle ne nous montrait pas tout… J’aime bien son allure calme – impassiblement joviale – quand elle s’appelle Carine Edouard, qu’elle se tient – le plus souvent la basse en mains – en plein dans le chaos que balancent (et elle n'y est pas en reste, d'ailleurs) ces timbrés d’Headwar, en concert. Cette même attitude avec Nico-des-mêmes, dans leur duo Les Morts Vont Bien – affaire gothique et sale, et dézinguée, fils apparents. Je me marre souvent – rarement dans un état ressemblant de près ou de loin à la moindre sobriété, je dois bien avouer – aux spectacles qu’elle donne sous ce nom de Krinator, seule avec ses synthés pas chers et sa voix pitchée vers l’aigu cartoon-écureuil. Spectacles, oui – parce que ça tient toujours de la kermesse et du happening, délire bizarre et fête de la saucisse, Schtroumpf Party sous MDMA. Drôle de truc. Mais toujours drôle, justement - c'est à dire, pas seulement dans l'intention. Eh bien là… C’est autre chose. Ce disque est perturbant. Pas du tout la blague. D’abord, j’ai pensé "glauque". Ce n’est pas si simple. Ce disque est travaillé. Plein de torsions. De trous noirs. De pièces pour piano ravissantes et justes, planquées sous les décombres indus, les bouts de bruits. Du même clavier ailleurs en marche dissonante – marche au feu ou au bord de la falaise, façon lemmings, peut-être – ; à quoi succèdent des nappes froides qu’on devrait trouver kitsch – qu’on trouve ainsi, d’ailleurs – mais qui nous instillent un curieux spleen, une inquiétude, comme une envie de chialer ou de faire une blague idiote, la plus débile et consternante possible, à un ami, un proche, quelqu’un que pour de bon on aime. En fait ce disque me touche. Je le trouve… Sensible, oui. Il faut ça, aussi, pour trafiquer ainsi des jouets d’enfants – ceux qui parlent et ceux qui tintinnabulent – et que ça foute ce malaise. Et que ça nous rappelle qu’on le sentait aussi, le simulacre, aux âges où c’était pour nous, ces bidules ; mais qu’on y répondait, parce qu’on avait pas la même définition du "vrai", du réel ; on n’en avait pas, d’ailleurs, de définition ; mais on savait très bien ce qu’on en pensait, ce qu’on prenait comme tel ou bien comme arnaque. Et il en faut aussi – des tripes, de la finesse, autre chose que du froid sarcasme – pour se les fader, ses horribles thématiques, là, y faire face. Je veux dire… Les maladies lourdes, fatales. La mort à l’hôpital, comme disaient d’autres Amiénois. Ça va bien au-delà de la moquerie – on devrait se gausser, là-dessus mais ça sonne inquiétant, au vrai, quand la voix samplée, la bande, se chope soudain un registre déformé, fausset, trop haut, là-dessus – sur le thème ressassé/tarte de l’expérience de "décorporation", lumière au bout du couloir et bataclan. Et il n’y a bien que la Bigoterie – sensiblerie qui ne connaît vraiment personne, ne s’attache jamais autrement que par convenance, en respectant bien trop sèchement les formes – qui pourrait trouver ça salaud, forcément grossier, d’en rire. Je veux dire… De ces horreurs qui nous guettent, nous hantent, nous plombent la vie, la bouffent, viennent à l’impromptu l’interrompre en cauchemar. C’est que l’humour véritable est un peu plus qu’une posture. Pas celui de ceux qui s’en font profession, j’entends, qui s’en servent seulement pour "dénoncer". L’humour, c’est bien plus que ça une résistance. Ce n’est même pas toujours fait pour rire, d’ailleurs. Parfois ça se contente de lui dire merde, à l’ultime contrariété. Parfois ça devient beau, à se cabrer doucement ou défaire en loucedé les jolies distractions. Voilà… Bref, voilà. Ce Krinator-ci – premier vrai album – est intrigants bidouillages, choses encore tues qui tapent juste, précisément pour ça, parce qu'on ne sait pas – ce que ça dit, si ça dit, où ça va. Capture d’objets disparates relâchés en étonnantes volières – bringuebalantes, énigmes, nuages qui apaisent l’œil mais laissent au fond l’irritation, le pressentiment qu’il s’est passé quelque chose, qu’on n’en n’a pas fini avec toutes les implications. Je me trompe peut-être. Peut-être qu’elle s’amuse. Qu’elle était simplement, au moment de ce jeu là, d’humeur nœuds-dans-le-ventre qu’il ne fallait pas y laisser. Ça n’empêche rien : d’ici, tout ce que je viens d’écrire est vrai. Et puis je sais bien… En fait de pianos, c’étaient d’autres synthés, des choses vieilles aux technologies brutes, incertaines, sûrement achetées dans des brocantes. Pourtant j’y tiens : elles sont belles, les pièces là-dessus jouées. Belles et crépuscules. Puis elle parle en anglais, en allemand, et cette fois ça ne fait pas méthode Berlitz dérisoire. Et puis au fond c’est triste, aussi, le téléphone rose. Et ça n’est pas plus mal qu’il y ait incertitude – faute de frappe réappropriée ou décision prise avant la sortie. Pro Defunctis ou Pro Defuncis. Pour les Défunts ou pour les Défoncés, outrage ou pas au latin propre. De toute façon la vraie astuce, la vraie réussite, c’est que ce n’est au fait pas une messe. Je trouve ça bien mieux. Je ne saurais dire, au vrai, comment ça peut s’appeler. C’est bien, ça me plaît, que ça reste un mystère. Et une question de peu de moyens, et de bricolages pragmatiques. Et je le savais bien, moi, je l’aurais juré… Qu’un jour ou l'autre, avec cet air, elle allait nous flanquer autre chose qu'une bourrade avant d'y retourner.

note       Publiée le vendredi 28 août 2015

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Dioneo › mercredi 9 septembre 2015 - 13:28  message privé !
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Et @sergent_BUCK, au fait : Pour les Maska/Haus Arafna et tous les trucs indus-maladive, darkambient etc. (si je ne me trompe pas), en fait... Si je n'ai rien mis en lien c'est surtout que je connais assez mal cette "scène" ! Mais pour le peu que j'en sais, oui, ça ne m'étonnerait pas que ce genre de recommandations collent bien, ici.

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Klarinetthor › mercredi 9 septembre 2015 - 01:17  message privé !

je dirais meme plus; oui on est d'accord pour le coup, mais c'est vrai qu' a la premiere ecoute au casque ca m'avait paru bien sombre; maintenant je vois mieux le lien que ca peut avoir avec les precedents concerts-pistes de Krinator que j'ai pu ecouter. oui je pensais au coté monté a la brut et chargé.

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Dioneo › mardi 8 septembre 2015 - 20:08  message privé !
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(Ben oui, c'est ce que je dis, plus étrange que glauque...).

Et moi il me cause, donc. Et c'est marrant, les "sons hachés" ne m'ont pas du tout fait obstacle, pour le coup, c'est vraiment pas ça qui m'a frappé, dès le début... Tu penses aux bouts de voix/interview coupés/montés à la brut, quand tu dis ça ?

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Klarinetthor › mardi 8 septembre 2015 - 19:59  message privé !

meme au fil des ecoutes je n'arrive pas a decider si j'ai envie de faire un bout de chemin avec. Il est plus etrange que glauque finalement; l'ecoute est un peu ardue a cause de l'emploi repeté de ces sons hachés.

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sergent_BUCK › lundi 7 septembre 2015 - 23:21  message privé !
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Ecouter ce disque, c’est un peu comme se glisser dans des draps d’hôpital qui n’ont pas été changés depuis quelques générations : on se retrouve au contact d’un paquet de maladies qui ne sont pas les nôtres… un disque aussi troublant qu'il est mou à l'écoute. J'ai l'impression d'être habitué à ce genre de marécage audio, mais là j'ai vraiment eu du mal à me faire les deux faces à la suite !

(dans les recommandations, j'aurais bien mis un truc du genre Haus Arafna, ou Maska Genetik en plus... même si ceux ci sont plus frontaux dans leurs sons, on en ressort finalement avec les mêmes impressions...)

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