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Dicks › These People

cd • 12 titres • 35:26 min

  • 1The Police (Force)2:26
  • 2Off-Duty Sailor2:42
  • 3Executive Dive2:55
  • 4Sidewalk Begging3:50
  • 5Lost and Divided2:04
  • 6Dead in a Motel Room3:09
  • 7Cities Are Burning3:08
  • 8Doctor Daddy2:11
  • 9Decent and Clean3:27
  • 10Legacy of Man3:23
  • 11Little Rock n’Roller2:43
  • 12George Jackson3:28

enregistrement

Enregistré par John Cuniberti. Produite par Klaüs Flouride.

line up

Tim Carroll (guitare), Gary Floyd (voix), Sebastian Fuchs (basse), Lynn Perko (batterie)

remarques

Artwork : Carlos Lowry. Debbie Gordon : conseillère spirituelle.
L’édition CD de 2012 réunit l’album These People et l’EP précédent, Peace?, sorti en 1984.

chronique

Ça commence comme une marche. Même, on croirait presque un hymne. Ça parle, devinez quoi… De la POLICE ! Encore... Grincement. Larsen. Ça s’emballe. Ça cavale. Punk. Hardcore. Gras saturés. Avec cette même espèce de groove – méchant dans la frappe, la lourdeur ; mais relâché dans le jeu de jambes, vicelard dans les écarts, les mouvements d’esquive – que sur l’EP d’avant, Peace?, avec ces mêmes trois Californiens dont Gary Floyd – le Texan émigré – s’était entouré sans changer le nom de son groupe. Pour continuer le travail de sape, l’activisme… Et la gigue donc. "Le panier à salade attend devant ta porte/Il va t’emmener/Tu ne reviendras plus". Et puis plus loin : "Les Forces de l’Ordre [The Police Force] sont une junte oppressive/Ne me dis pas que c’est tout ce qu’on a/Ne me dis pas que ces PORCS sont tout ce qu’on a"…. (The) Dicks, sur cet ultime disque – et seul album où l’on entende cette deuxième mouture du groupe – restent jusqu’au bout politiques et enragés. Peut-être, même, dans un sens : plus directs que jamais. Paradoxalement, disons… Car à vrai dire, Floyd varie les angles. Adopte la fiction, le point de vue du salopard ou de la victime – avec tout ce que ça implique de compréhension des mécanismes qui de l’une ferait l’autre, et tout le dégoût qui pourtant demeure. Des histoires à la Dead Kennedys, avec cette narration qui refuse de dire trop nettement sa distance à ce qu’elle livre. Le sarcasme change de plan, passe de la méchante pochade au scénario vicieusement bien branlé, développé. Aussi… C’est sur celui-là pourtant que l’émotion se montre peut-être plus crue. Qu’on m’entende bien… The Dicks a toujours été, à mon sens, un groupe déroutant AUSSI pour cette sensibilité à vif, évidente, à vrai dire, derrière le bruit, la gueulante, la dissonance. Mais jusque là, tout jaillissait en rage, en colère, en exaspération. Ici… On entend autre chose. D’autres choses. Aspirations, terreurs, questionnements. Floyd se reconnaît au moins un héros : George Jackson, figure du mouvement Black Power, mort au pénitencier – selon toute vraisemblance assassiné sur commande –, entré là pour vol, violence, et qui s’y était trouvé un combat… Politique, encore, social. Un amour, aussi. Pour une femme qui du dehors défendait sa cause. Il y a des chapitres assez extraordinaires, d’ailleurs, sur cette relation, à la fin de Soledad Brother, le journal de prison dudit Jackson. Aussi, il peut être bon de lire ce bouquin, d’ailleurs, avant de dénoncer comme incongru ce lien dont Floyd – punk texan blanc et homosexuel proclamé, disions nous – se réclame. Les chapitres où Jackson parle des Beatniks, notamment, renégats, négateurs – encore imparfaits, encore réfugiés certes dans les littératures, la contemplation, les drogues, selon lui – de l’ordre établi, qui déguisait (faut-t-il vraiment le dire au passé ?) les questions de classes en "problèmes de races"… De là, se demander ce qu’en avaient fait les hippies. D’ici, se rendre compte que de cette génération aux ci-présents punks, il est peut-être passé quelque chose. Du free speech, des anarchistes Diggers, de tous ces trublions et autres emmerdeurs qui ne s’étaient pas posés en gourous. Bref… "Love", alors, pourrait s’appeler cet album, après le Peace? Précédemment cité ? … N’exagérons pas. Mais blague à part… Il y a dans ce titre quelque chose qui serait, je pense, une déclaration d’appartenance à un peuple choisi, de fraternité. "Ces gens là" : Nègres, Prolos, Camés, Pédés, Miséreux, Gauchistes, Freaks, Sauvages… Toutes appellations données comme infâmantes ; tous noms dont un moment où l’autre de l’histoire, les individus visés s’étaient emparés pour les faire sonner comme titres et distinctions. Voilà pour l’esprit… Quant à la musique, elle trouve ici son plein aboutissement, sans doute. Sa puissance contondante intacte, sa brutalité… Mais en variant encore les angles d’attaque. En décochant des breaks et de soudaines poussées. Avec des accès curieusement funky (oui) qui rappelleraient presque Nomeansno ; en même temps : un jeu de guitare – plus techniquement compétent, sans doute, que son prédécesseur dans la version texane du groupe, Glen Taylor, le dénommé Tim Carroll ne lui rend rien, ici, quant aux textures explosées et aux assauts instables – qui évoquerait parfois Greg Ginn, ses embardées les plus démentes, la période la plus tordue de Black Flag (celle qui coure, pour faire simple, de My War à la fin du groupe). Rien qui soit imité, ce n’est pas ce que j’insinue. Mais une variété de moyen qui les rend plus proches de tous ceux-là. Sans que pour autant se perde l’impulsion première, la couleur boogie, rock’n’roll boueux, la scansion fond-de-garage et fond-de-l’Union – le Sud ! – qui avait toujours rendu le groupe – même, curieusement, alors que des premiers membres il ne restait que le chanteur – impossible à confondre avec un autre de ses pairs. À vrai dire… C’est presque "trop", même, à première écoute, que cette nouvelle richesse – de son, de moyens saisis, cultivés. On ne retrouve pas, d’abord, cet "effet bloc" si réjouissant qu’on leur connaissait. Ce disque entre plus lentement. Je trouve qu’il y reste, une fois assimilé. On reconnaît petit à petit son intelligence, plus aussi constamment masquée, planquée derrière la fureur. On n’entend plus ses aveux – les biais par quoi il se reconnaît vulnérable, les tentations à quoi, horrifié, Floyd se déclare aussi exposé qu’un autre ; de lâcher l’affaire, de s’intégrer, de rejoindre les cohortes domestiquées – comme de coupables faiblesses, mais comme d’autres raisons de ne rien abandonner. "Ces gens là" : soyons-en. Mais n’en faisons pas une autre caste qui à son tour nierait qu’il y ait un monde hors de ses havres.

note       Publiée le vendredi 28 août 2015

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