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orTie › orTie

  • 2013 - Laborie, LJ23 (1 cd digipack)

cd | 8 titres | 48:20 min

  • 1 Presque rien [01:27]
  • 2 Gatito [05:16]
  • 3 Nebula [06:11]
  • 4 Météore [07:39]
  • 5 Parashara [12:13]
  • 6 Eliode [07:41]
  • 7 C'est rien, c'est la fatigue [06:27]
  • 8 Pour ainsi dire [01:23]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Studio Laborie, Solignac, Limousin par Philippe Abadie.

line up

Elodie Pasquier (clarinette basse, clarinette Sib), Grégoire Gensse (piano, objets)

chronique

Styles
jazz
free jazz
avant garde
contemporain
Styles personnels
avant-garde jazz tempétueux

orTie est un duo. Grégoire Gensse et Elodie Pasquier. orTie font du jazz. Du jazz contemporain. Un peu free, un peu musique de chambre, un peu destructuré, un peu bricolé. Il y a quelques années, orTie ont fait un peu parler d'eux, ils ont été les lauréats du Tremplin JAZZ(s)RA de Rhône Alpes. La pochette ne vend pas trop du rêve, n'affiche pas la mélancolie automnale et la complexe tension qui habite cette musique. Ce serait facile de passer à côté. Et ce serait dommage. La morte saison approche, besoin de se retirer en campagne, écouter le son du souffle dans les silences, des grincements des pédales du piano, des doigts qui circulent sur l'ivoire et les bois. Quatre mains qu'on entend tripoter leur touches. C'est intime, c'est proche de la peau sur les matières. La clarinette d'Elodie respire même quand elle ne joue pas. De la mélodie grave et sourde de "Gatito" s'élève bientôt une pluie de notes de piano discourant en tout sens, accompagné du mortel battement de la souffleuse qui les rejoint bientôt dans une montée en intensité chaotique et nerveuse (malheureusement éditée du clip qui accompagne le morceau). De free-jazz il est bien question, jusqu'à aussi tripatouiller les viscères du piano, aller lui pincer les cordes, le faire vibrer via de petits objets disséminés ici et là. La clarinette, elle, se fait soit spectre rythmique dont on ne perçoit que les formes, soit ombres de mélodies qui bien souvent s'appuient ou se cassent sur un piano répétitif, insiste jusqu'à devoir forcer les portes et pousser le physique jusqu'à, petit à petit, monter en hypertension. Musique sombre et boisée, qui se hume derrière les fenêtres closes, dans des fauteuils déjà vieillis d'histoires. Le duo s'écoute, se cherche, se poursuit, mais aussi se laisse aller à une mélancolie profonde, comme sur ce magnifique "Météore", signé comme "Gatito" de l'élégante main d'Elodie Pasquier, de fait les deux plus belles compositions de l'album. Son partenaire, plus enclin à des structure laissant la place à l'improvisation, est crédité des autres pistes, comme cette longue et brisée "Parashara" de douze minutes où se succèdent des fragments concassés de musiques, le morceau débute par un solo tenace d'Elodie avant que Grégoire ne débarque avec une frénésie répétitive digne de J. Cage où viennent se cogner d'autres notes, d'autres vibrations dissonantes, accentuées par une clarinette joueuse et serpentine. L'impression d'entendre parfois un gamelan-jouet n'est pas étrangère à la formation de Gensse, versé dans les musiques balinaises. Chinoiseries pour de rire puis montée de sève bouillonnante, creux et mélodies affleurantes, détours dans les entrailles du grand piano, céder leur place aux silences, un bruit de ferraillerie qui sonne à chaque note heurtée, impureté du son comme si ce piano était parasité, un orage qui spirale enfin, coups de tonnerre, orTie produit de la musique palpable, les pauvres cordes résonnent tordues, l'air est longtemps empli de ces ondes jusqu'aux tout derniers moments. Et puis des bruissements comme des halètements, des petits coups un peu partout, sur le bois, comme pour attirer ou repousser ces cris de clarin-animale sauvage, plus ou presque de mélodie, juste des sons jetés ici et là, des instruments qui dialoguent sans partition, à l'instinct, au physique, c'est "Eliode", pur moment en suspens dénué de toute grille de lecture, pas de doute, c'est du free sans signaux, on y entend même une voix humaine qui s'harmonise. J. Zorn n'est pas si loin. Et l'inquiétante étrangeté flottante ici, avec toujours ce point de craquage où ça bascule dans la violence. Fumerait bien une cigarette, moi. orTie c'est comme la clope après l'amour, c'est un son un peu âcre qui laisse planer une extase non totalement redescendu, voire la prolonge, même la relance. Ca se consume lentement mais surement, ça brûle et ça console, c'est du bon tabac dans une vieille tabatière, aux odeurs qui virent inattendues, du gris au grisant. Quand Elodie semble mâchonner les anches de son instrument au début de "C'est rien, c'est la fatigue", alors que Gregoire répète inlassablement les mêmes trois notes, y a sans aucun doute un machin brumeux qui plane, rien que le titre sonne à demi-ironique pour un duo tellement peu avare de ses efforts. A cause sans doute de ma mythologie personnelle, je n'ai aucun mal à imaginer le vieux Kitano immobile, paralysé dans son cadre au son de cette ratiocination triste parfois secouée d'un coup de flippe. Le temps de conclure, toujours dans des échos qui réverbèrent aux oreilles des souffles comme plus anciens, et se dire que la musique d'orTie est comme un alcool fort un peu traitre. Pour les soirées d'un automne à venir, pour des solitudes partagées, traversées de colères et d'apaisants égarements.

note       Publiée le mercredi 9 septembre 2015

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(N°6) › lundi 6 août 2018 - 02:28  message privé !
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Moi qui réécoutais ça dans la fraicheur d'une nuit d'été, je ne savais même pas que Greg Gensse était décédé en avril 2016 (à même pas trente ans !). Ca rend cet enregistrement d'autant plus précieux.

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(N°6) › dimanche 4 mars 2018 - 13:06  message privé !
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Non, mais tu fais bien de mentionner tout ça. J'en prends bonne note.

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Khyber › dimanche 4 mars 2018 - 12:52  message privé !

Tu as "goûté" le dernier paru d'Elodie Pasquier, chez les mêmes Laborie (intitulé 'Mona')

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(N°6) › samedi 3 mars 2018 - 21:43  message privé !
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J'avais essayé un racolage par la bande pour attirer l'attention dessus. La pochette vend pas du rêve. La musique, si.

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Khyber › samedi 3 mars 2018 - 21:07  message privé !

L'un dans l'autre une chronique pas passée très aperçue, pour un disque qui mérite bien qu'on s'y arrête… comme tout ce dans quoi Gensse a trempé?! (Pour ne citer que l'excellent et généreux Very Big Experimental Toubifri Orchestra dont les 2 galettes sont un régal!)

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