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Yello › Pocket Universe

  • 1997 • Mercury 534 353-2 • 1 CD

cd • 12 titres • 58:46 min

  • 1Solar Driftwood
  • 2Celsius
  • 3More
  • 4On Track
  • 5Monolith
  • 6To The Sea
  • 7Magnetic
  • 8Liquid Mountain
  • 9Pan Blue
  • 10Resistor
  • 11Beyond Mirrors
  • 12To The Sea

line up

Boris Blank (claviers, production), Dieter Meier (voix)

Musiciens additionnels : Stina Nordenstam (chant sur "To The Sea")

remarques

chronique

"Univers de poche". C'est l'image qui m'était venue sur certains vieux albums de Yello. Un univers de poche, oui, comme ces morceaux qui vous envoient dans différents pays, parfois plusieurs au sein d'une même piste : c'était ça, Yello, au moins sur leurs cinq premiers albums, cette capacité cinématographique parfois hallucinante, cette excentricité que je qualifierai autant de colonialisme mélomane que de haute couture dalinienne du son. Et Yello en 1997, ça donne une musique toujours assez atypique, mais nettement moins fascinante que par le passé. Car désormais soumise aux tendances new age, progressive house et chill-out du moment, voire trip-hop. À ceci près qu'avant de tomber dans ces clichés, Yello les ont anticipés. "Monolith" par exemple reste dans cet exercice borderline du new age électronique, mais Yello n'est pas Delerium, et ne tombe jamais dans le vulgaire et la grossièreté : leur musique a toujours ce raffinement expérimental-métissage un peu désuet, cette liberté d'aller où ils veulent, comme ces gros bourgeois moustachus sur leur yacht tels qu'on les imagine, voguant d'atoll en lagon avec les cales blindées de champagne et des prostituées fringuées comme Amanda Lear sirotant des piña colada sur des tansat griffés "DM & BB". Yello dans les années 90 a plus que jamais ce côté "projet qui annonçait l'apparition des compilations d'ambiance Buddha Bar et Hôtel Costes", c'est évident, et même depuis les ambiances très lounge et exotiques de One Second pour tout dire. Mais Yello a ce goût pour le kitsch quon a pas envie d'appeler kitsch, cette banque de sons dans laquelle on pioche les plus élégants, même si les beats sont des plus académiques sur Pocket Universe, rythmiques très linéaires et sans impact, les samples et les loops sont plus proches du caviar que de l'œuf de lump vendu aux prolos. Sauf que jadis c'était du beluga sauvage avec longueur en bouche indécente, là c'est de la tambouille de grande surface. La métaphore du caviar pour parler de musique est si cliché, n'est-ce pas, mais ce Pocket Universe somme toute assez cliché 90's ne mérite pas non plus des images excentriques, pas plus que des éloges mensongers. De ce point de vue accroche pop, Pocket Universe est bien le premier album de Yello dont je ne retiens en tête aucun morceau, l'album pas-marquant pour un sou. L'ambiance très atmosphérique et récitative n'est pas déplaisante mais glisse logiquement sur l'auditeur, yacht sur une mer d'huile, avec quelques passages cheap (les spoken words de Dieter notamment, très flat), d'autres plus ambient et ténébreux (comme ce "Liquid Mountain" avec ses voix graves inhumaines à la Koyaanisqatsi, évoquant un culte rituel du fin fond de l'Île de Pâques), un feeling mystique-cosmique-intello superficiel mis en avant, (le côté raëlien de Yello), et des trames techno assez raplapla, même si Boris Blank, comme Martin Gore, est un type bien trop raffiné pour faire de la synth-pop comme un gros germain bourrin. Un Yello mineur, donc, assez fade et ennuyeux, plus taillé pour des écoutes de fond en faisant de l'aérobic ou en jouant. Dans ce type d'exercice nos barons suisses sont largement mis à l'amende par Underworld, Leftfield, Orbital et d'autres, mais survivent la tête haute et sauvent les apparences (le très énergique et fluide "Pan Blue"), un peu comme ces nobles ruinés mais qui gardent leur château jusqu'au bout. Même has-been, Yello a toujours cette classe aristo, cette aura du groupe qui était là avant les autres et qui ne peut pas se résoudre à faire complètement dans l'alimentaire, Blank continuant de chercher des nouveaux angles d'attaque, des ambiances différentes. Mi-classieux mi-cheesy, hélas, et uniquement conseillé aux amateurs les plus transigeants des moustasuisses.

note       Publiée le vendredi 24 juillet 2015

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luhje › mercredi 12 août 2015 - 22:49  message privé !

J'en rajoute peut être un peu trop, mais après Zebra qui précédait cet album, Yello s'est bien rattrapé. D'accord : ça fait un peu "alors qu'est ce que vous voulez, qu'est ce qui marche bien en ce moment, la techno ? Bon alors vous voulez de la techno ? D'accord on va vous en faire". Malgré cet aspect, c'est un très bon exercice. Mention spéciale pour More, Monolith et To The Sea, Magnetiqc, l'intro... Même si parfois c'est un peu ringuardos (Celsius, Resistor, Pan Blue, On track) et bien ça reste très bien executé et rattrapé à merveille par la voix de Dieter (génial sur On track, justement !) Même Celsius délivre quelques sonorités bien scotchantes, puis Resistor est un très bon morceau Rave (bizarre par rapport au Yello actuel), mais le duo ravive un petit peu son coté sombre et cosmique le temps d'un album et ça fait du bien. Moins frais qu'un Stella, bien sur, mais tout aussi ludique. D'ailleurs c'est fou, More est vraiment un tube, quand je fais un DJ set, j'essaie souvent de le caler, les gens sont à fond à chaque fois !

Note donnée au disque :