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Sourdure › La Virée

cd • 10 titres • 43:50 min

  • 1Bonsoir belle bergère3:30
  • 2Joana d’aime – lo mes de mai lo mes d’abrieu6:05
  • 3Quand io zere chas ma maïre3:24
  • 4Marion dins son jardin4:09
  • 5Les quinze segments4:37
  • 6L’ergot-loupe2:28
  • 7Retirez-vous gens de la noce/La genta nóvia4:55
  • 8Jésus s’habille en pauvre – l’assona fantauma3:59
  • 9Pour aller voir Virginie4:11
  • 10Dans le ventre de la maison huileuse6:32

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par Ernest Bergez au GRIM Montévidéo (Marseille), au Sonic (Lyon) et au château de Saint-Diéry. Mixé par Ernest Bergez.

line up

Ernest Bergez (voix, violon, électronique)

Musiciens additionnels : El-g (Élg) (sur 8 ; voix, guitare, flûte), Clémence Cognet (sur 1 et 4 ; voix), Karelle (sur 3 ; claquements de mains), Françoise Tournilhac (sur 5 ; voix), Michel Tournilhac (sur 5 ; voix), Laura Mentik (sur 6 ; voix), Jacques Puech (sur 7 et 9 ; voix, cabrette)

remarques

Artwork par Jo Tanz.
CDr digisleeve. L'intégralité de l'album est disponible en écoute (gratuite) et téléchargement (payant) depuis la page bandcamp de l'artiste (voir lien plus haut).

chronique

Cette musique a un accent ; même plus : ce répertoire est un dialecte – c’est à dire, encore une fois qu’il est une langue pratiquée, vivante, et pas alignée sur un centre supposé, qui ferait d’elle un satellite alors que, bien souvent, elle est une des souches, des sources… Ou plutôt l’un des états transitoires de "ces choses là", simplement plus ancien, localisé ailleurs, d’avant que les cartes bougent. Les vernaculaires gardent toujours quelque chose de non-adapté. Les Centres n’aiment pas ça. Sourdure – sourde soudure ? – nom par quoi Ernest Bergez (par ailleurs membre de Kaumwald avec Clément Vercelletto), Clermontois, Auvergnat relocalisé à Lyon, va seul de scène en scène (squats, bars, salles de musiques dites "actuelles"… il me semble qu’il ne change pas d'approche de l'une à l'autre ; je trouve qu’il fait bien) – ne joue pas "assimilé". Quelque chose dissone, grince, fait violence, dans ses chansons rurales, anciennes, de bals et veillées, données là dans les remous d’autres machines que celles – en bois, boyaux, appareils phonatoires vibrés dur et fort – de leurs lieux d’origines. L’électronique, ici, brouille, salit, abîme. Elle déforme, fait ressortir telle ou telle dimension comme une douleur, un élan qui ne se peut plus contenir. Même… Ce traitement particulier du son, brut de grain et de contours, mais précis comme tout ce qui se manie par des moyens analogiques – j’entends : instantanés, et les changements, les écarts parfois rendus énormes par une moindre inflexion, questions de très peu de degrés dans la rotation d’un seul potentiomètre – parvient, parfois, à faire douter de ce qui "tout de suite" y était, de ce qui serait réaction, riposte au bruit environnant. Le pas lourdement frappé, par exemple, des Quinze segments. Est-il davantage scandé, là, qu’il serait sur quelque place d’un village, grossi, exagéré pour surmonter le bruit des rues autours du réduit où ça joue, dans cette ville ? Ou bien… Sont-ce nos oreilles, nos membres, qui ont perdu depuis longtemps, n’ont pas connu, tout simplement, cette manière de danser en imprimant à même la terre (elle n’en gardera pas trace, au vrai, c’est une question seulement d’ancrage et de dynamique en même temps, de résonance qui ne peut pas naître d’effleurements). Sourdure n’adapte pas – j'insiste : ce n’est pas le mot. Il joue de là où il est, et il devient vite difficile de dire si c’est "extérieur" ou bien "enclavé", ou si c’est autre chose encore. C’est en tout cas déboussolant et travaillé, dans tous les sens du terme. Il y aurait – il y a, de mon point d’écoute – un certain malaise, dans sa musique, une sorte d’irritation aux zones de césures, de coutures ou fusions, de cicatrisation où s’articulent ces tissus, ces matières à priori entre elles exogènes. Je n’entends pas vraiment dans ce folk-ci l’expansion cosmique, libérée, à quoi œuvrent ces temps-ci – ceux qui sont les nôtres – certains groupes du collectif La Nóvia, par exemple. Celui-là – Sourdure – me semble plus… Inquiet. Tourmenté, parfois cauchemardé. Il y a sans doute des liens, bien sûr, en tout cas des rencontre possibles – j’ai entendu il y a quelques temps ledit Ernest avec Guilhem Lacroux, guitariste entre autres de Faune, Toad, La Baracande, sur une péniche lyonnaise, et rien dans ce qu’avait joué ce duo ne sonnait plaqué, insuffisamment noué sur des détails qui ne seraient que de forme… Aussi, tous ont sans doute des sens voisins, cousins, de la "vision", du potentiel d’hallucination – au risque de me répéter, encore : celle ci prise au sens d’une épiphanie physiologique, immanente – contenu, recelé dans ces histoires, formes, qu’ils jouent, remettent, pour en libérer à nouveaux ces forces, les rendre à l’intoxication, au vertiges du lâcher prise qui était, peut-être, leur motif premier (et à quoi exposition dans les musées et concerts dans les stades ne pouvaient que les arracher, en en faisant un autre spectacle figé, arrêté). Mais vraiment, je crois que ce qui fait la force de ce disque, c’est aussi l’esseulement délibéré de son auteur, l’absence d’affiliation de son art, artisanat. Angoisses et tensions, disais-je, dans la confrontation de ces choses anciennes, de ces destins contés qui ne sont pas d’ici (Bonsoir belle bergère, entre autres, parle carrément d’un monde médiéval, féodal – fut-il fantasmé de plus tard, d'entre ces heures et les notres ; et même, la Virginie dont il est question plus loin semble d’un campagne qui n’est pas celle de maintenant…) ; et cette électronique prise à la sauvage, maniée rudement, réglée toujours pour qu’il puisse en jouer en prise directe. Certes... Mais j’ajoute, je précise : Ernest Bergez semble trouver aussi dans ce grand coltinage qu’il orchestre et suscite, qu’il explore, une dimension inédite, inouïe, parfois exultante. Lui parle de "dérives psychédéliques". Cela s’entend, ça ne se dément guère. Je disais "cauchemar" ; il faudrait parler d’onirisme puissant, pour élargir, tenter d’effleurer une définition juste ; une profondeur, perspective nouvelle, où le violon redevient cette incroyable matrice à timbres, enveloppes, harmoniques, où la voix bougnate se taille d’autres échos. Le rêve – le vrai, qui se fout de l’idéal et des trop parfaites interprétations, des traductions intégrales possibles – n’est pas fait, même quand il charme aussi fort, et surtout comme ça, pour rassurer. Il rend étrange le familier. Le bizarre s’y admet comme nouvelle évidence. J’aime beaucoup le titre de la dernière plage : Dans le ventre de la maison huileuse. Je trouve qu’il dit beaucoup, sur cette musique, mieux que ce que j’ai tenté plus haut, tout au long, d’approcher, de vous esquisser. L’hermine et le paysage, sur la pochette, sont découpés, curieusement ré-assemblés. Ce qui vit dans ce terrier, l’habitat, sous la couverture, est entier ; insaisissable, peut-être, mobile, vivace ; mais en tout cas, se rencontre de face et en volumes, sans platitude d’image fabriquée.

note       Publiée le dimanche 12 juillet 2015

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Dioneo › jeudi 17 septembre 2015 - 16:54  message privé !
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Eh eh... É bé d'rienG... AGRANDISSONS LA SECTE Parlons-en autours de nous, oui.

Et effectivement, assez hâte d'entendre ça demain au Rrrrz de Chaussée, Tanz Mein Herz (rythmique de France, oui + deux membres de Toad/la Baracande + ledit Sourdure donc... je ne connais pas le sixième membre mais n'empêche que ça va pas se rater... Incidemment y'a Sun Arraw qui joue au même programme).

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dariev stands › jeudi 17 septembre 2015 - 16:51  message privé !
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vu sur scène y'a deux jours. Concert de malade. Ovni inclassable et psychoactif. Je me demandais quand j'allais tomber sur un disque qui me donne envie de rajouter une 151ème escale (quoique Matt Johnson fut envisagé), maintenant je suis à peu près sur que ça aurait été un disque de La Novia ou assimilé. Lequel, je ne sais pas encore, sans doute un France, mais une chose est sûre : Sourdure en live, c'était grand. A voir pour Tanz Mein Herz, son groupe avec la rythmique de France, demain soir en live. Et merci à Dioneo pour m'avoir fait découvrir toute cette scène !

Klarinetthor › samedi 1 août 2015 - 21:30  message privé !

Belle decouverte, la derniere piste est bien collante et organique, deroutante apres plusieurs ecoutes. Le risque de paraitre pot-pourri est assez bien contourné. J'aime bien la piste avec le rythmique africaine au milieu, en rupture avec les autres pistes.

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Klarinetthor › mardi 21 juillet 2015 - 16:39  message privé !

El-g est cosmique et certainement pas terrien; il fait des choses surtout pour rire parfois mais entre ces delires, des baffes (Scene d'hypnose a trois, Mil Pluton)

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Dioneo › mardi 21 juillet 2015 - 12:30  message privé !
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Ah ah ! Si je ne me trompe pas, il serait plutôt bordelais... Je sais pas si ça se vérifie facilement. EDIT : Euh, ou alors plus de l'Est/Nord, vu que Opéra Mort etc., aussi... Et puis le type joue avec Jo Tanz ET Gédhalia Tazartès dans Reines d'Angleterre... Difficile à suivre tout ce monde (et de savoir même "où ils avaient commencé") !

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