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Philip Glass (1937) › Koyaanisqatsi

cd | 13 titres | 73:21 min

  • 1 Koyaanisqatsi [3:27]
  • 2 Organic [4:57]
  • 3 Clouds [4:37]
  • 4 Resource [6:36]
  • 5 Vessels [8:13]
  • 6 Pruitt Igoe [7:51]
  • 7 Pruitt Igoe Coda [1:17]
  • 8 SloMo People [3:19]
  • 9 The Grid Introduction [3:24]
  • 10 The Grid [18:05]
  • 11 Microchip [1:47]
  • 12 Prophecies [10:34]
  • 13 Translations And Credits [2:11]

remarques

La tracklist de la version originale est différente, celle-ci est la tracklist de la réédition de 2009, augmentée d'une trentaine de minutes, enregistrée directement depuis la vidéo.

chronique

S'attaquer à Glass par Koyaanisqatsi, voilà un exemple typique de piège bien tendu au professoral qui sommeille en chacun de nous. Et comme on est à l'ère des faux-semblants, c'est encore pire... J'aurais donc pu tenter d'avoir l'air crédible en chroniquant de la "Grande Musique", vous voyez le tableau. Vous dire en quoi ce Glass rôdé voire routinier qui fût ma porte d'entrée est inférieur aux oeuvres purement expérimentales, parce que moins radical, plus balisé. Et ça je l'ai pas lu sur Wikipédia, mais ici, dans et sous les chros de Trimalcion. Et j'en doute fortement. Koyaanisqatsi est le Philip Glass que j'ai le plus écouté, avec comme seul critère l'émotion, ce truc qui me fait ressentir Glass comme une musique religieuse sans dieu. Glass me calme direct dès l'intro, sans fioritures inutiles, il neutralise toute lunette et costard pour aller à l'essence de sa mystique, ondulant autour d'un seul mot répété avec une voix d'outretombe. Je l'écoute sans cérémonial, sans sentiment de devoir m'asseoir et focaliser sur les motifs comme un bouddhiste : sa mystique, qu'elle soit ou non recyclée d'anciennes œuvres, m'aspire à elle. Magnétique. De toute façon Glass lui-même n'a certainement pas évolué vers l'élitisme en vieillissant. Signe de sagesse. Inventer, défricher, avant-garder, ça fait jeune... Alors point besoin de manoeuvres objectivistes. Glass se savoure très bien en étant un cancre comme mézigue, la preuve ce disque, qui m'a toujours happé, presque autant que Einstein on the Beach sinon autant, à sa façon, moins inhumaine, et sûrement davantage que Glassworks. Vous me direz que ce "presque" en dit déjà beaucoup. Mais le thème principal de Koyanisqaatsi est un des plus fascinants que j'aie jamais entendu, et ça, vous ne pourrez jamais me l'enlever, pareil pour le sublime "Prophecies". Doom music. J'ai fabriqué mes propres images sur cette musique, visionné des champignons nucléaires de tailles différentes et de couleurs variées. J'ai souhaité la fin du monde sur cette musique. Alors peu importe que ce Glass puisse être vu comme du Glass pour néophytes ; au pire les afficonados la prendront comme une compilation de semaine, peu me chaut must go on. Le ressenti viscéralement mystique de Koyaanisqatsi sur ses plus beaux passages traverse toutes ces considérations hiérarchiques : c'est de l'émotion pure ! J'écoute Glass pour l'émotion, pas pour glauser sur l'expérimentale expérimentation du monsieur, que je n'ai jamais tenu pour opaque contrairement à d'autres, bien au contraire. Sa musique m'aimante à elle ou pas, peu importe qu'elle soit sous sa forme populaire, c'est peut-être même un avantage tout bien considéré. Je suis du peuple, pas d'une quelconque élite, donc j'adore Koyaanisqatsi, et quiconque est capable de se laisser aller à un voyage en suspension dans le temps et l'espace l'adorera aussi. Et comme je n'ai qui plus est jamais vu le film attaché à cette B.O., malgré les conseils croisés régulièrement depuis mes années d'études, eh bien je peux le dire : celle-ci se savoure tout à fait sans les images se savoure tout à fait sans les imageslesimageslesimageslesimageslesimages... hum, excusez-moi, mais Glass, ça lui reprend encore, c'est tout lui ça, il faut qu'il se laisse aller au motif fixé ad lib, à la circonvolusion, à l'ascension irrésistible vers on ne sait quelle dimension. Sur Koyaanisqatsi, Glass aligne les thèmes obsessifs et obsédants, faisant des trames plus hollywoodiennes (entendez : musique tradtionnelle de cinéma américain grand public) une tragédie sans visage. On sent que le monomaniaque des monolithes passés se fond plus dans l'artisanat classique avec l'âge, souhaitant manifestement - et humblement - s'inscrire dans une longue tradition, ce qui n'enlève rien à sa singularité : l'épaisseur de l'expérience est là, les choix moins radicaux, quant à être accessible au tout venant ça peut aussi être le propre des merveilles. Si je ne devais virer qu'une seule pièce de Koyaanisqatsi ce serait "The Grid", qui lui coûte sa sixième boule, car celle-là est bien la seule qui me gonfle, je l'entends pour le coup comme du Glass cheesy (les chœurs ne font pas monter la sauce)... Mais il y a a ailleurs ce "SloMo People" avec ses synthés funèbres qui m'évoquent les musiques de The Thing ou The Shining. Et bien sûr, encore, "Pruitt Igoe", le thème éponyme, "Prophecies" la merveille... Épique sans violence, tragique sans larmes, et tout ce que vous voudrez. Comme revivre Fantasia adulte, dans une immense cathédrale. De verre, bien entendu.

note       Publiée le mercredi 3 juin 2015

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dariev stands › dimanche 18 mars 2018 - 01:59  message privé !
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"Fantasia pour adultes", haha, si cette phrase a vraiment été écrite sans connaître le film ou avoir vu des extraits (allez, avoue), c'est balèze, parce que c'est exactement ça ! ce qui en fait un pur chef d'oeuvre, et accessoirement un film avec un truc à dire. Le message est scrupuleusement le même que la séquence de Mickey dans Fantasia, autant dire que mon cerveau a enregistré, bordel ! Cette musique m'a filé la chair de poule, malgré de gros gros passages kitschos qui surlignent l'émotion avec des sabots d'éléphants, mais hey ! c'est du classique, et malgré les milliards de copies fades et soucieuses de leurs effets dans les pubs, séries tv ricaines, films et autres spots de prévention contre le tabac, et ça, ça en dit long...

p2h › vendredi 5 juin 2015 - 21:00  message privé !

je me demande ce que vaut la suite...

Note donnée au disque :       
necromoonutopia666 › mercredi 3 juin 2015 - 20:14  message privé !

"Papa, tu remets le film ou ça va vite"

Note donnée au disque :       
Alfred le Pingouin › mercredi 3 juin 2015 - 14:12  message privé !

Je suis le premier à cracher sur le Glass classico-pompeux qui fait exprès des trucs jolis, mais Koyaanisqatsi c'est une claque. Visuelle et sonore. Inégalable dans ce domaine.

mangetout › mercredi 3 juin 2015 - 13:25  message privé !

L'alliance musique et images est d'une efficacité redoutable dans ce Koyaanisqatsi, efficacité que l'on ne retrouvera pas, je trouve, sur les deux autres "épisodes" de la trilogie.
Le propos critique sur le rapport conflictuel entre la technique et la civilisation (au passage, Ellul, entre autres, est remercié dans le générique de fin) est toujours d'une actualité brulante voire même renforcé et décuplé à l'heure du tout connecté virtuel et de l'interconnexion fluide physique.
Quant à la musique seule, de Glass, elle s'écoute sans déplaisir aucun, les timbres électroniques se mariant à merveille avec les instruments acoustiques. L'ensemble (mais ce n'est pas propre à ces pièces là mais plutôt au genre "répétitif/minimaliste") formant une construction digne de l'horlogerie dans laquelle la répétition et la variation jouent, avec le réel et le virtuel, une sarabande effrénée, tout en éclairant, soulignant les images d'une superbe manière, à l'instar du long plan final, véritable ode funèbre à l'incident technique...