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Hubert-Félix Thiéfaine › Dernières Balises (avant mutation)

cd | 10 titres | 36:36 min

  • 1 113ème cigarette sans dormir
  • 2 Narcisse 81
  • 3 Mathématiques souterraines
  • 4 Taxiphonant d'un pack de Kro
  • 5 Scènes de panique tranquille
  • 6 Cabaret Sainte-Lilith
  • 7 Photographie-tendresse
  • 8 Une fille Au rhésus négatif
  • 9 Exil sur planète-fantôme
  • 10 Redescente climatisée

line up

Alain Douieb (percussions), Gilles Küsmérück (claviers, piano), Claude Mairet (guitares, basse, chœurs), Jean-pierre Robert (harmonica, saxophone, guitares), Jean-paul Simonin (batterie, percussions, trompette), Hubert-félix Thiéfaine (chant, guitares, chœurs), Tony Carbonare (basse, guitares, chœurs), Alain Lasibile (trombone), Bernard Chalon (contrebasse)

Musiciens additionnels : Carole Fredericks, Anne Calvert, Yvonne Jones, Chantal Piot, Anita Bonan (chœurs)

chronique

Une fois close la première trilogie plus foutraque-folle, et après les signes glauques manifestes sur certains passages d'Autorisation de délirer et De l'amour, Dernières balises marque le premier volet de ce que je vois comme la trilogie post-punk de Hubert-Félix : ambiances drogues et amours sales, petit côté Gaston Lagaffe de nuit (on imagine un Hubert-Félix aussi inventif et aussi capharnaümesque avec les mots que l'autre avec ces gadgets), et musicalement parlant, je pense par moments aux vieux Pere Ubu ou Yello. En plus évidemment de ce parfum de vieux rock français en cuir usé, à l'ambivalence exotique, post-Lavilliers pour tout dire... Chœurs pour un Gainsbarre insomniaque, guitares ringues-ringues, science-fiction poétique et références chimiques. Disque léger ? Oui. Non. "Arsenic is good for you". Le groupe Machin est encore-là, mais l'esprit franc-comtois vire un peu Rue Barbare, l'appel des réverbères se fait entendre, ce qui était fou devient trouble. La pochette borderline, crari Empereur Tomato-Ketchup, colle bien à l'ambiance. La bouteille de Four Roses aux pieds et la clope, aussi. Un Thiéfaine de vague-à-l'âme en fond de cale de troquet, qui parle plus souvent aux âmes mélancoliques que les trois albums d'avant, plus déglingués, plus exclusifs. Dernières Balises est aussi raccord avec ce que Bashung faisait avant Play Blessures, à l'époque de ses disques de gigolo excentrique en virées nocturnes, mais la différence c'est que Thiéfaine - tout aussi obsédé par l'amour physique et par la nuit - a des paroles qui partent encore plus loin que celle de Bergman et Fauque. Plus tarabiscotées, plus décousues, tendance pose arty-esthète dans les moments les plus parlés, mais tout aussi peaufinées, et naturellement sauvages. Et cask strength de surréalisme, pour ainsi dire. On accède à ses visions ou on trouve ça ringard, mais c'est unique. Ceux qui n'aiment pas Hubert-Félix craignent cela : cette imagination en jachère qui ne prend jamais soin d'être compréhensible à première écoute. C'est ce qui fait la magie de Thiéfaine, et le potentiel de réécoute quasi-infini de ses meilleurs titres, le fait qu'on revienne toujours vers cette douce et mystérieuse fille au rhésus négatif sur laquelle on n'est pas encore fixé, qu'on se souvienne de la phrase d'un vampire allemand, qu'on veuille fumer la 113ème cigarette sur la 113ème écoute du morceau en question... Et ses ambiances, bien sûr, ces humeurs d'Hexagone vu à travers les liqueurs colorées d'un bar à putes, déformant sa vision du réel. "Ça joue-Ça jouit". Chanson pour pute, aussi. L'interlude "Photographie-tendresse" me fait quant à lui un peu penser à du Stupeflip avant l'heure. Le lien n'est pas si illogique... pas plus que celui avec le Lou Reed de Berlin sur le final "Redescente climatisée". Mais Thiéfaine ne ressemble qu'à lui. Comme le suivant, plus acoustique que Alambic/Sortie Sud (qui restera je pense son meilleur album), mais déjà marqué par cette cold wave à la française, Dernières Balises est vraiment un des albums de rock français les plus attachants et curieux des années 80. Et ce malgré tous ses défauts évidents, sa relative désuétude, et les paroles ultra-subjectives typiques de Thiéfaine, agrémentées d'un humour noir léger d'époque (ah, ce morceau country-rock qui me fait à chaque fois penser au Père Noël est une ordure, comédie populaire gutsienne s'il en est !). Au début des années 1980, le chanteur français le plus atypique, c'était tonton Hubert-Félix, et personne d'autre. "Et nous avions des gueules à briser les miroirs... nous vivions à rebours". Les inspirations glauques qui imprègnent le Thiéfaine du début des années 80 sont savoureuses sur ces Dernières balises étranges, traversées en plein milieu de l'album par un dealer à l'accent jurassien qui hèle "valium, tranxen, nembutal, yogourt, acides ?" avant de disparaître. Un album imparfait pour lequel j'ai développé beaucoup d'affection.

note       Publiée le lundi 1 juin 2015

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Dioneo › samedi 16 juillet 2016 - 19:41  message privé !
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Oh mais putain de disque, en fait... Comment j'avais pu oublier à quel point ? ... Avec deux trois flashes carrément rimbaldiens - ouais, il est bien là l'Arthur, plus que dans l'Affaire qu'on sait - genre Exil sur la Planète Fantôme ou - ouais - la fameuse fumeuse faucheuse Fille au rhésus négatif, cette très exacte foutue hallu. Mais ouais, sinon, plutôt très d'accord avec toute la chro... Le côté Gaston Lagaffe, bien vu ! L'ambiance Lavillier/Rue Barbare aussi (m'suis comme un gros marré en relisant ça) - sauf que ça touche toujours très justement, je trouve, là où Gégé et le film avec Gigi ont chopé une odeur de nippes plus portables. (Pas pour des questions de mode, enfin si en quelque sorte - parce que c'était trop coupé pour coller aux morphologies lambda d'une époque... qui existaient surtout dans la tronche de concepteurs-rédacteurs... Ceux-là qu'on croise encokés jusqu'aux moelles au Cabaret Lilith - gros morceau, celle-là aussi, vraiment - frôlant sans les voir d'autres camés plus seringue et caves aménagées en piaules, et puis les fournisseurs qu'ils prennent pour des copains où des gens sympathiques, dans la boîte à touze - boîte de douze façon pims mst neurones cramés). J'ajoute - et oui, c'est son charme aussi - que je lui trouve une teinte de jeans délavés comme à l'époque, quand c'était devenu cool de les porter comme ça... Mais qu'encore une fois, ça permettait de faire passer en loucedé dans la foule des vrais sans-uns, des véritables vivent-à-côté... Pour trier les uns des autres, c'est simple : fallait plonger la main dans leur poche. Si au fond vous trouviez une pierre ponce, c'était de l'acheté trop cher tout préparé. Sinon c'était des miettes. Ou du sable. Ou des ronds de cuivres raflés à côté des cendriers ricard, discret. (Ricard tricard... Bref oui, au fond des poches on n'est jamais à l'abri d'une surprise de ce genre aussi, d'ailleurs, surtout quand y'a comme ça des trous).

Note donnée au disque :       
zugal21 › jeudi 4 juin 2015 - 17:24  message privé !

Le Corbeau me fait les ressortir, mes Thiéfaine chroniqués. Celui-ci est assez prenant, bien davantage que l'inégal Soleil cherche futur.

Note donnée au disque :       
Raven › mercredi 3 juin 2015 - 01:31  message privé !
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"Sous un ciel d'encre, des enfants jouent, à lancer leurs couteaux"

dariev stands › mercredi 3 juin 2015 - 01:24  message privé !
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En bon défenseur du kitsch on se demandera pas lequel je préfère... ;)

SEN › mercredi 3 juin 2015 - 00:18  message privé !

Ah oui, avec Léo Ferré y'a de quoi faire, c'est vrai que ça manque sur Guts