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Patti Smith › Horses

  • 1975 • Arista ARTY 122 • 1 LP 33 tours

cd • 9 titres • 43:10 min

  • 1Gloriareprise de Them (paroles réécrites)
  • 2Redondo Beach
  • 3Birdland
  • 4Free Money
  • 5Kimberly
  • 6Break It Up
  • 7Land
  • 8Elegie
  • 9My Generationreprise de The Who (bonus réédition)

line up

Patti Smith (chant), Lenny Kaye (guitare), Richard Sohl (piano), Ivan Kral (basse), Jay Dee Daugherty (batterie)

remarques

L'album est sorti en Argentine en version espagnole, sous le titre "Caballos" (ce LP est une rareté). Il a été réédité à douze reprises entre 1976 et 2015.

chronique

Un album responsable d'un nombre incalculable de bébés et de maladies pulmonaires, selon la formule tapageuse de je-sais-plus-quel-tocard-de-gratte-papier (à moins que je ne l'aie inventée à l'instant... quel tape-à-l'œil inrock, vraiment). Et c'est vrai qu'écouter Patti Smith sans fumer, c'est perdre une dimension du truc. Sans baiser, ça se fait très bien, ceci dit, vu que c'est plus une musique de baba poétesse en proie aux idéaux de son âge, que de racoleuse décérébrée. Baisez à volonté, mais ne fumez surtout pas de clope, hein : c'est très mauvais pour la santé.

Fumez plutôt un paquet, ou deux. Si possible en allumant la clope suivante avec celle qui agonise en moignon incandescent, que je sache un peu avec qui je cause, pour deviser de la brune Patti aux cheveux secs comme sa peau et sa voix, pas avec des soucieux d'objectivité historique, même si je leur en donnerai pour leur free monnaie. Et même si Patti et moi, c'est pas exactement une histoire d'amour... Plutôt une amitié de proche en loin, sur les années et principalement dans l'éthylisme. C'est pas la chanteuse que j'ai découvert dans le nid douillet de pap et mam comme Marianne Faithfull ou Barbara, mais plutôt dans l'endroit idéal pour découvrir Patti Smith : un bar. Et en l'occurrence ce pub à prolos tenu par un alcoolique ressemblant à Iggy Pop - ou de Patti à un âge avancé. Dans ses bons jours, cet inénarrable ex-junkie décharné à la gouaille audiardesque et à la tignasse filasse de vieil indien, habituellement plutôt porté sur ses idoles de jeunesse Bowie et Alice Cooper, ou sur Joy Division quand il était d'humeur maussade, faisait tourner trois ou quatre fois d'affilée "Free Money". La première fois, c'est moi qui lui avait demandé de la remettre : je suis passé du baby sky au double direct, tellement j'étais sur le cul en entendant cette pure merveille. D'ailleurs elle dure le temps d'en siffler un, c'est court cette saloperie, ça réclame de la boucle main à t'en effacer le logo de la touche repeat à la sueur. J'ai fait la fermeture de l'estancot, et puis je suis allé me chercher le disque à la médiathèque le lendemain, en cuvant, et il ne m'a servi que pour "Free Money", à dire vrai, la seule sur laquelle je bloquais vraiment. Voilà pour la chronique objective, et voilà en effet ce que j'appelle une Chanson, du genre à vous montrer direct qui sont les fâcheux (ceux qui restent de marbre). All time fav, mon Jeannot. La dramaturgie de la miss Smith y est toute entière, comme une version femelle des plus belles ballades du Blue Öyster Cult : ce piano, cette voix de nana qui a vécu avant d'ouvrir son clape-merde, cette montée en puissance aussi succincte qu'intense, ces mèches de riffs dressées comme des vipères sur la fin... et puis ce goût de survie sociale typiquement 70's, à la façon des grands films de Lumet ou Schlesinger. Le truc qui pue l'échappée belle des bas-fonds, à cent kilomètres, qui te laisse un peu gaga, tremblant d'émotion.

Le reste de l'album ? Oh, évidemment il y a quelques bons passages, même si quelques morceaux trop récitatifs et raplapla me cassent les couilles (je préfère ceux du suivant, plus noirs). Il y a du Lou Reed, du Springsteen, du Police, du Television et du Doors là-dedans. Mais c'est déjà à un niveau plus tempéré que "Free Money", si je puis dire, ça murmure, ça remplace l'intensité par le parler, avec "Kimberly" qui a quelques airs d'un "With or without you" avant Joshua Tree. Horses et "Free Money", c'est un peu comme Lou Reed avec "Perfect Day" dans Transformer : un titre ultime, et un album qui lui sert d'écrin quelque peu vieillot. Même si "Gloria" incarne aussi bien ce don de Patti Smith pour les lents crescendos, sans parler de sa réécriture qui rajoute une dimension à la version de Van Morrison. Patti est plus Jim que Van, même si on l'imagine bien dans un van avec du Jim Beam, la mystique rock américaine brûle en elle, la faisant vibrer jusqu'à la rendre nasillarde. Et elle est alors bien encanaillée avec le BÖC, enfin surtout avec Lanier, in the plumard, et son groupe fait un rock intello-hanté finalement pas si éloigné, sans parler de "Birdland" dont l'inspiration littérature psy légèrement SF aux entournures est en lien avec l'Huître Bleue. Si vous ne lisez pas ou n'écoutez pas les paroles, Horses perdra pas mal de son intérêt. Hélas, je ne lis que quand je suis d'abord intégralement conquis, et je connais par cœur les paroles de "Free Money". Ce disque est un peu comme Berlin du père Reed, aussi, sans les arrangements pompeux ceci dit : Horses est tout aussi surestimé. Surtout vis-à-vis des deux suivants. Il n'y a en réalité que trois pics d'intensités sur ce disque : les premier et dernier titres, et plus qu'aucun autre LE titre. Le reste est de la lecture pépère, mais je me vois mal mettre moins de 4 sur 6 à Horses rien qu'à cause de ces trois-là... à cause du petit cheval en broche sur sa veste, aussi, détail qui a son importance.

Horses est surestimé, un peu désuet, mais Patti ne sera jamais surestimée ni désuète, c'est la vie. Celui ou celle qui viendront rétorquer que "Free Money" a vieilli, ceux-là ne sont pas assez fumeurs pour ressentir cette nicotine de femme. Je les plains sincèrement, du fond du cendrier. Mais dans le fond je m'en fous comme de ma dernière clope...

note       Publiée le mercredi 13 mai 2015

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Note moyenne        6 votes

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dariev stands › samedi 20 juin 2015 - 22:46  message privé !
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https://www.youtube.com/watch?v=9dDF231vNWE

Free Money version ruade dans les brancards (font pas les malin, à la fin, les brancards...). ça ventile !

Note donnée au disque :       
Raven › mercredi 13 mai 2015 - 15:11  message privé !
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vieux con toi même ! ;-) (message au Pingouin, signé Corbeau)

Tallis › mercredi 13 mai 2015 - 13:43  message privé !

Diable ! Des albums surestimés comme ça j'en écouterais bien tous les jours mais c'est peut-être prace que les "quelques morceaux trop récitatifs et raplapla" sont mes préférés...

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Rastignac › mercredi 13 mai 2015 - 13:30  message privé !
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Le genre de disque que j'ai essayé tellement de fois, et qui m'est sorti de l'oreille dès sa rentrée, à chaque fois. Même s'il y a de belles chansons dessus (break it up, je l'aime bien par exemple). Mais les grandes impro littéraires, comme les morceaux plus "punk" ne me font jamais trop d'effets. Hier comme aujourd'hui, revue en concert il y a deux ans, j'ai baillé. Enfin, sinon, y a de belles anecdotes sur cette fille dans le fabuleux "Please Kill Me", la somme d'interviews d'acteurs du punk rock, compilées il y a quelques années (on y apprend notamment que la Patti fut renvoyée d'une usine parce qu'elle lisait du Rimbaud, et qu'elle était donc considérée comme une dangereuse communiste. ahah).

Note donnée au disque :