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Boogie Down Productions › By All Means Necessary

  • 1988 • Jive 1097-1-J • 1 LP 33 tours
  • 1988 • Jive 1097-2-J • 1 CD

cd • 10 titres • 47:28 min

  • 1My Philosophy
  • 2Ya Slippin'
  • 3Stop The Violence
  • 4Illegal Business
  • 5Nervous
  • 6I'm Still #1
  • 7Part Time Suckers
  • 8Jimmy
  • 9T'Cha - T'Cha
  • 10Necessary

line up

Krs-one (MC, production)

remarques

La photo de la pochette est une référence à un cliché célèbre de Malcolm X, pris au moment où il croulait sous les menaces de mort. Le titre est également une référence à Malcolm X (voir le speech "By any means necessary")

chronique

Styles
hip-hop

Scott La Rock ayant quitté le duo contre son gré après Criminal Minded, je dois avouer qu'il n'y a guère de différence qui saute à l'oreille sur By All Means Necessary... sinon qu'il est incontestablement meilleur ! Le corps de son acolyte à peine froid, KRS-One ré-enclenche la machine BDP, et par tous les moyens nécessaires il va s'ingénier à surpasser, seul aux manettes, tout ce qu'ils ont pu faire auparavant. KRS est devenu adulte en quelques mois à peine, et il a radicalement durci son style. Les mutations aussi rapides sont rarissimes, mais c'est pourtant ce qui est arrivé. KRS-One fait plus ciselé et expérimente des sons différents. Il parle différemment. Rappe avec plus de dureté, de clarté, d'intelligence. Même si, comme Criminal Minded, ce second skeud a pris un coup de vieux, déjà c'est bien moins dépréciatif, ensuite, celui-ci est un grower : il est plus dense qu'il ne le laisse croire aux premières écoutes. Et blindé de scratches et de samples divers. Pas si minimal que ça, le hip-hop de 1988, si vous comparez avec beaucoup de skeuds des années 90. Le côté linéaire cache des greffes malsaines, c'est net. Et on se prend dans le gras des baffles un flow qui a passé l'étape supérieure, et décidé de causer sérieux : KRS est choqué, mais il ne répond ni par le spleen ni par la surenchère de violence. Les rappeurs de cette époque étaient pas des mielleux, ils faisaient pas de la pleurniche sur leur vécu de déclassés : ils étaient juste froidement efficaces. Il n'y a aucune résurrection non plus : KRS débarque quelques mois après l'homicide, gonflé à bloc d'idées compactes et d'ambitions sans précédent pour sa musique. Si son album est solide, c'est aussi grâce à sa voix - et ça c'est pas moi qui le dit, c'est lui. Mais je suis d'accord. La pochette, hommage à une célèbre photo parano-lucide de Malcolm X, a une dimension supplémentaire qui résume ce changement d'attitude : la dimension politique radicale. "Par tous les moyens nécessaires", entendre selon cette célèbre formule du sus-cité : le Noir reprendra ses droits au Blanc oppresseur, même s'il doit en passer par la violence. Ça, c'est KRS-One qui commence à devenir KRS-One : il aime bien montrer qu'il n'est pas là pour zouker, ou amuser la galerie en faisant du moonwalk. Il va aussi nous montrer qu'il est là pour appeler à la paix, en mode plus Martin Luther King, mais ça c'est moins évident vu de l'extérieur... La paix, ça lui travaillera le cervelet pendant des années... Défensive pure, pourtant, et inquiétude vissée au corps. On sait jamais, une balle pourrait facilement fuser d'en bas, ou des côtés, après tout il n'y croyait pas un an plus tôt. Vigileance, conscience. KRS-One, c'est aussi ce MC saoûlant qui pose des intros comme celles de "Stop the Violence"... avant de dégainer des samples flippés et des couplets sans ambigüité. Ses paroles post-homicide sont incontestablement plus dures, plus limpides, mais aussi un appel positif à élever le rap à un autre niveau... En un mot : politiques. KRS est un pur pacifiste, et même un végétarien, ce qui ne l'empêche pas de mordre dans la couenne de l'ennemi avec férocité. "T'Cha - T'Cha" est un de ses morceaux les plus durs et charismatiques : une pure leçon. Criminal Minded avait "Dope Beat", By All Means Necessary a "Ya Slippin'" : on passe d'AC/DC à Deep Purple, mais surtout d'un sample très basiquement Run-DMC à une instru ici nettement plus difforme, dans laquelle KRS s'amuse à défigurer le riff, le triturer et le transformer en miettes ingrates. Le titre aurait pu être direct et catchy, il devient saccadé et fait du sur-place... En ce temps là on ne dissociait pas le hip-hop des charts du hip-hop expérimental : il était les deux en un seul. Un album sérieux comme cancer, l'un des premiers du hip-hop, à des lieues de la déglingue des Beastie Boys. Et pourtant : "Nervous" est un des titres les plus jouissifs des années 80, sans hésitation. KRS-One n'y est quasiment plus dans le flow, mais dans le speech, avec une intonation et un esprit très Ice-T. Le rythme et l'instru mutent sans cesse, désamorçés par ce refrain imparaaaaaaaaaaaaaa-BLE, avant de ré-enclencher le stress du beat... Génial ! Un album pas loin de l'être aussi, qui se bonifie clairement avec les écoutes, bien plus varié qu'il en a l'air au premier contact. Et, comme je le disais en entame de cette chronique : incontestablement supérieur à Criminal Minded, brouillon de jeunesse honorable mais obsolète. N'est-il pas évident, rien qu'à l'écoute de ce speech final sinistre - dont chacun d'entre nous doit écouter (ou lire) attentivement les paroles sans appel prononcées par KRS-One - qu'on est face à un album d'un tout autre niveau ? "Whether peace by war, or peace by peace, the reality of peace is scary".

note       Publiée le mercredi 29 avril 2015

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