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Suprême NTM › Paris Sous Les Bombes

cd • 19 titres • 68:01 min

  • 1Intro
  • 2Plus Jamais Ça
  • 3Tout N'est Pas Si Facile
  • 4Come Again (Pour Que Ça Sonne Funk)
  • 5Qu'Est-Ce Qu'On Attend
  • 6Nouvelle Ecole
  • 7Le Rêve
  • 8Old Skool
  • 9Intro (Paris Sous Les Bombes)
  • 10Paris Sous Les Bombes
  • 11Pass Pass Le Oinj
  • 12Qui Paiera Les Dégats (Remix DJ.Clyde)
  • 13Sista B. (Intermède)
  • 14Est-Ce La Vie Ou Moi
  • 15La Fièvre
  • 16Popopop!!
  • 17Outro
  • 18Come Again 2 (Remix)*
  • 19Affirmative Action (Saint Denis Style Remix)*

extraits vidéo

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line up

Kool Shen & JoeyStarr (MC's, productions)

Musiciens additionnels : The Beatnuts (production sur "Qui paiera les dégâts"), Nas (MC en featuring sur "Affirmative Action"), Lucien, DJ Max, Solo (productions), ALX, Badreak (MC's)

remarques

[*] pistes bonus de la version sortie en 1996.

chronique

Styles
hip-hop

Superbe album de hip-hop moiré, avec un excellent potentiel de réécoute. Jazzy-couillon-ramollo, pour les détracteurs. Très fluide et raffiné, pour les amateurs. Je me sens entre ces deux ressentis, même si je penche plus pour le second : Paris sous les Bombes est un album surprenamment fin et bien foutu pour du rap français, y a pas à tortiller du spliff. Il vaut les bons albums east coast de l'époque. Pas les meilleurs, mais ceux qui sont dans la partie haute du panier. C'est du pur urbain cuivré et taggé avec amour, comme un wagon moche mis en valeur par des couleurs veloutées. Totalement dans l'esprit new-yorkais mid-90's. Le seul déchet que j'aurais à y trouver est "Old Skool", mais pour le reste, ce NTM est incontestablement leur plus crémeux, il s'adresse aux fines oreilles amatrices de boom bap crépusculaire. Un fan des Roots n'y verra que du feu sur certains passages, j'en mets ma main à couper.

"Plus jamais ça" avec son sample couineur-dissonant, reste, malgré son feeling neuneu-breu-breu typiquement Suprême, un de leurs plus mémorables morceaux. "Tout n'est pas si facile" me gave toujours un peu, mais c'est un pur trip nostalgique, en 1996 : Shen et Starr sont tombés dans le rap à l'époque du premier Run DMC, ça leur donne un certain poids pour causer du passé, même s'ils sont plus efficaces quand ils bourrinent ou évoquent le suicide prolétaire. Une nostalgie des années old-school qui imprègne pas mal cet album, Kool Shen se remémorant les bonnes années et constatant déjà l'échec d'une révolution des casquettes qui se terminera dans un mur massif nommé LP4. Tout ça commence à sentir la formule commerciale bien rôdée, et pourtant le quatrième, qui ira plus loin dans le social-plaintif, sera en même temps leur premier et dernier gros coup de pression, le son étant nettement plus burné qu'ici. Mais l'esprit n'est pas du tout le même sur Paris sous les Bombes : c'est un disque pour la fumette, pas pour exploser les enceintes, malgré des boom baps concentrés et puissants ("Est-ce la vie ou moi", avec un son à la Prose Combat en plus musclé, est une beauté ; le titre éponyme bien bassueux et plein de crépitements n'est pas loin derrière, - le bonus "Come Again" est d'ailleurs défiguré par un crépitement de wax exquisément rugueux, dommage que son refrain ragga façon "représente le secteur" daube tant). Ce qui est à la fois cocasse et triste, c'est de constater que si un tel album sortait aujourd'hui, il serait relégué dans le rap alternatif ! Un fossé béant sépare l'esprit très boom bap / jazzy, purement hip-hop, de ce skeud, et la merde cynique qui passe actuellement dans les radios.

Alors après ça, j'en conviens, "Pass pass le oinj" nous a tous un peu gonflés : ce n'est pas leur meilleur morceau, mais dans le fond, qu'est-ce que ça a de moins que les bonnes pistes fumettes-récréatives de Cypress Hill, mh ? L'aspect morbide, certes... Mais cette prod, c'est de la fine couture, quand même. Et le passage en espagnol sonne plus authentique que la pantalonnade latine de B-Real sur Los Grandes Excitos. C'est aussi sur cet album que les flows sont enfin mûrs. Ils sont en état d'évaporation constante, quelque part entre le liquide et le gazeux : ils coulent, plus fluides que jamais. Mais ils sont évanescents, semblant s'échapper des enceintes comme de la fumée. Assez stupéfiant ! Starr surprend avec son style de grognement quasi-chuchoté, presque éloigné, tandis que celui de Kool Shen en protagoniste principal concentré est plus que jamais essoufflé, comme s'il était poursuivi... Le beat semble les recracher de ses poumons, une voix par narine... C'est cette sensation de fuite en avant qui fait le charme de NTM : les flows sont lancés non-stop, tout en testant de nouveaux trucs (Joeystarr rappe en murmures sur le titre-épo, comme s'il voulait nous confier à l'oreille sa nostalgie des années 80). En dehors de "Popopop!!", ma préférée (incontestablement la plus sombre du lot, boom bap grimaçant digne d'Onyx), les morceaux les plus réussis restent peut-être "Le rêve" et "La Fièvre" : le premier pour son instru mutante-envoûtante-nocturne à la Beatminerz, le second pour sa fluidité, coulant comme une volute de beu généreuse à travers les baffles, et son évocation-storytelling en double couplet, bon enfant mais excellente, comme si les MC's partageaient avec nous leur journée vécue différemment (le parallèle garde-à-vue / bagatelle est quand même assez cool).

Accessoirement, le bonus "Affirmative Action", featuring avec Nas Escobar et son équipe de mafiosi du moment, dont la bombasse Foxy Brown avec son flow pas dégueulasse (mais son physique plus mémorable, l'inverse de Missy), est quand même très cool, le dialogue entre les deux est marrant, on sent que Nas n'en a rien à branler et que seul NTM prend le truc au sérieux. Sans hésiter le NTM a conseiller aux puristes de bons sons new-yorkais de la grande époque.

Un skeud à la texture de béton évanescent, très différent dans l'esprit du suivant, à mon sens inférieur car nettement moins puissant, mais à réécouter, dans l'idéal, sans s'attendre à savourer un des albums les plus finement ciselés du genre. Même s'il va surtout nous donner envie de ressortir - ou découvrir - ce qui est conseillé juste en dessous...

note       Publiée le samedi 2 mai 2015

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Note moyenne        12 votes

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SEN › mardi 22 novembre 2016 - 20:45  message privé !

Un putain de bon skeud quand même... ça fait toujours plaisir de se le repasser de temps en temps !

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(N°6) › lundi 4 mai 2015 - 19:04  message privé !
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C'était aussi l'époque des clash télévisés avec MC Raoult. "Combien de thunes pour ça ?"

Damodafoca › lundi 4 mai 2015 - 17:05  message privé !

A part quelques remplissages, cet album tue, et c'est bien le meilleur du groupe. Plus jamais ca/Paris sous les bombes: simplement les meilleurs trucs pondus par le "Nord Transmet le Message".

SEN › dimanche 3 mai 2015 - 14:12  message privé !

Le Hip Hop c'est avant tout une histoire de son et de flow, perso les paroles et le message je m'en tape !

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Raven › dimanche 3 mai 2015 - 11:06  message privé !
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La fonky l'avantage c'est que tu comprends pas grand chose justement, non ? ^^

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