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Dr. Dooom › First Come, First Served

cd | 21 titres | 71:23 min

  • 1 Who Killed Dr. Octagon? (Intro)
  • 2 No Chorus
  • 3 Apartment 223
  • 4 Mr. Ratt (Skit)
  • 5 Neighbors Next Door
  • 6 I Run Rap
  • 7 You Live At Home With Your Mom
  • 8 Housing Authority
  • 9 Wild Kingdom (Skit)
  • 10 Welfare Love
  • 11 Dr. Dooom's In The Room
  • 12 Call The Cops
  • 13 Brothers Feel Fly
  • 14 Side Line
  • 15 Bitch Gets No Love
  • 16 Shopping List (Skit)
  • 17 Body Bag
  • 18 Mental Case
  • 19 Leave Me Alone
  • 20 Live
  • 21 Bald Headed Girl

enregistrement

1998-1999

line up

Kool Keith (MC, production)

Musiciens additionnels : Jacky Jasper (MC), Motion Man (MC)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
underground > horrorcore paranormal

Certains trouvent Keith cool. Pour eux, c'est le mec qui rappe sur "Diesel Power". Mais pour ceux qui se sont frottés d'un peu plus près aux projets parallèles du MC, passé le plaisir radicalement ghetto blaster d'écouter les Ultramagnetiques, Kool Keith c'est plutôt l'un des rappeurs les plus malsains, dans ce milieu très pauvre en authentiques marginaux. Remarquez que c'est pas antinomique : on peut être cool et malsain, et Keith a été l'un avant d'être l'autre, puis les deux. La pochette, amalgame brut de dégénéré américain zoophile, vous dit déjà à qui on a affaire. On est en 1999, et Keith ne ressemble à rien dans le rap. On est en 1999, et Keith a un sérieux grain. Hormis ses épanchements libidineux assez classiques pour un MC porté sur la chose (je parle de la teneur en sexuel hein, pas des fantasmes en eux-mêmes, ça c'est autre chose), on ne peut pas dire qu'il respire la santé mentale. Rien que sa tronche, déjà, entre Many de Scarface et un Michael Jackson avec l'appendice nasal intact et sans la décoloration... mais avec son immonde coiffure simili-gomina en plastique qu'on voyait dans le clip de "Plastic World" (et qu'il utilisera la même année pour Black Elvis, le faux jumeau cosmique de ce Dr. Dooom), sans parler de sa moustache de Clark Gable puceau... Ses a.k.a., ses tenues, ses egotrips anthropophages : tout est malsain chez ce mec. Et ce Dr. Dooom est probablement l'album idéalement malsain de Kool Keith, comme le prolongement malade du Octagonecologyst qui était déjà très très spécial. Les news viennent de tomber : Docteur Octagon est mort. Tout ça est au début de l'album, c'est explicite. Octagon s'est fait buter par un de ses patients, docteur lui aussi. Mais encore plus cintré, du genre fétichiste de la nourriture entre autres délires moins avouables qui lui font imaginer des gens morts découpés sous son plumard. Kool Keith passe du corps défunt au corps du tueur : transfert mental, hop ! Magie du MC aux multiples alter-egos. Cet alias reste le plus malade de son hôte, même si ça se joue à des punchlines cryptiques et autres métaphores répétées ad libitum en fausset. Pour le reste, le rap reste aux premières écoutes ce même babil linéaire, ce flow anti-défoulatoire, souvent off-beat, purement MC mais, aussi, autiste, et truffé de pirouettes, d'embryons soul et funky, avec un vice et une fluidité totaux. Kool Keith se complait dans sa gluante merde mentale, se laisse porter par une kyrielle de visions sociopathes complexes, enchevêtrées comme ses neurones, lierres et ronces de son cerveau. A part le Kool Keith de Black Elvis dans ses moments les plus flippés, et Esham, je vois pas trop qui peut s'approcher de Dr. Dooom... Sauf qu'Esham n'a jamais été capable de concocter ce boom bap paranormal. Beaucoup plus minimal que Dan the Automator à première vue, le son Diesel Truckers, hein ? Oui, eh ben non. Le plein effet n'est pas immédiat, mais une fois le bulbe assez décontracté, ce son vous cible, vous traque et vous hante. C'est le hip-hop des couloirs vides, des cagibis. Ce son est maniaque, hallucinogène. Et psychiatrique. Ouais... Je pourrais très bien vous parler de comment je pensais parfois à ce disque, alors dans le lieu idoine, à griller clope sur clope sur une terrasse grise, et enchaîner plat de purée fade sur plat de nouilles fades dans une cantine puant le désinfectant et la vieillesse incontinente qu'on abandonne aux blouses blanches. Mais je suis un pudique, alors je dirais juste que ce hip-hop est celui d'un mec qui est très certainement passé par là. Ou qui a juste une imagination très puissante... Wu-Tang d'outre-espace ("I Run Rap") ou tentative de tube magnétique ("Dr. Dooom's in the house"), quel que soit le titre, le choix que nous laisse Dr. Dooom, c'est cacheton ou sismo. Premier arrivé, premier servi. L'album labellisé horrorcore de Kool Keith - genre qu'il élimine au passage intégralement sur "Mental Case" - mais aussi cet album de hip-hop unique, qui pue l'anti-matière, les néons grésillants, la peur de l'autre. Le rap de la solitude paranoïde absolue.

note       Publiée le mardi 14 avril 2015

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Hallu › mercredi 15 avril 2015 - 09:58  message privé !

Ah ben ma classe se fichait de Diesel Power et trouvait le titre chiant, comme quoi...

Raven › mardi 14 avril 2015 - 18:45  message privé !
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@ Hallu : je sous-entendais pas ça, et mettais en évidence la dualité 'Kool Keith le MC tout public sur Diesel Power' / 'Kool Keith le docteur glauque'. Et de toute façon, si, y a même pas à vérifier tellement j'ai pu constater le succès de fat of the land de jessica la meuf du fond de la classe aux dreads rouges, à nico le renoi de l'internat qui jouait à mario kart défoncé, "Diesel Power" (moyen? sacré lulu) a été nettement plus écouté que n'importe quel titre solo du gusse, en tout cas chez nous. Après certes, beaucoup se foutaient de savoir le blase de celui qui rappait dessus.

Dioneo › mardi 14 avril 2015 - 18:17  message privé !
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Bah oui, j'ai pensé direct "ouh putain, une pochette No Limit records, ici ?!" en voyant celle-là, perso... Sauf qu'ayant repéré dans la même second la dégaine et la tronche bien reconnaissables du Coolie, m'suis dit dans la foulée "ah non, y'a un biais, ouf". ("Master P, tu t'es fait biaiser par le Keith", en gros. Avec supplément mayo. (Et conneries à part, elle est assez réussi dans le style parodique des horribles visuels signés Pen & Pixel en question, hein)). Faudra vraiment que je m'y mette un jour, tiens, à part ça, aux trucs solo de ce mec - d'autant que j'ai un bon souvenir de son délire Black Elvis, avec cette même perruque, comme dit dans la chro, ornant le ciboulot dérangé du type.

nowyouknow › mardi 14 avril 2015 - 15:55  message privé !

encore des trucs que j'ai pas écouté depuis des années, j'aimais bcp les albums de kool keith avec kutmasta kurt (le masters of illusion en particulier) mais finalement le octagon reste mon favori. cette pochette est trop marrante, parodie évidente de cash money/ master p etc.

Seijitsu › mardi 14 avril 2015 - 15:12  message privé !

Je m'étouffe (et c'est pas à cause de l'hamburger sur la pochette) !