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Rush › 2112

  • 1997 • Mercury 534 626-2 • 1 CD

cd • 6 titres • 38:52 min

  • 1211220:33
  • 2A Passage to Bangkok03:34
  • 3The Twilight Zone03:17
  • 4Lessons03:50
  • 5Tears03:30
  • 6Something for Nothing03:58

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Rush et Terry Brown. Enregistré à Toronto Sound Studios, Toronto, Ontario, Canada.

line up

Alex Lifeson (guitares), Neil Peart (percussions), Geddy Lee (basse, chant)

Musiciens additionnels : Hugh Syme (claviers sur "Tears")

remarques

chronique

Styles
progressif
hard rock
Styles personnels
hard rock progressif. (de droite)

Le rock progressif, c'est plutôt un truc de droite. Ou du moins un truc de bourgeois. Évidemment aujourd'hui le rock en général est devenu un truc de bourgeois, mais dans les années soixante-dix, cette constatation était un peu difficile à avaler après les révolutionnaires sixties psychédéliques. C'est un cliché, mais le rock s'étalait alors dans des spectacles pour stades, et le progressif devenu gigantesque tiroir-caisse à grand coup de pompe était le symbole d'une décadence digne de la Rome antique. En soixante-seize, très bonne année par ailleurs, l'explosion punk était au tournant de la rue, et il fallait bien un groupe comme Rush (Led Zeppelin-like canadien arrivé sur le tard) pour continuer à foncer tête baissée dans ce qui se faisait alors de plus conchiable, une "suite rock" de vingt minutes. Et comme si ça ne suffisait pas, de dédier la susdite à Ayn Rand, romancière et "philosophe" à l'origine du mouvement objectiviste, gloubi-boulga mêlant éloge de l'individualisme et du laissez-faire (en gros du néo-capitalisme à venir), technophilie et haine des religions (même si vu de loin, le mouvement a un chouïa la gueule d'une secte, mais enfin ça ou la Scientologie après tout). Il n'en fallait pas plus pour que le groupe soit voué aux gémonies de la part d'une critique musicale rock forcément de gauche. Si, forcément, dans les seventies. C'est un peu comme quand Darkthrone colle une étiquette Norsk Arisk Black Metal sur le livret de "Transilvanian Hunger" en fait, c'est vraiment chercher à se faire démonter alors qu'il y avait déjà de quoi faire à la base (et tout comme les joyeux Norvégiens effaceront finalement cette bourde, Neil Peart, parolier "intello" de Rush, tempérera plus tard son goût pour les œuvres de Rand). Et c'est d'autant plus dommage que très franchement, l'histoire un peu, comment dire, neuneu, narrée dans le morceau titre ne déborde pas exactement d'une exaltation littérale pour les concepts Randiens. On nage même un peu dans une sci-fi gentiment culcul la praline, jusqu'à ce que le protagoniste principal, déprimé de ne pas pouvoir éveiller les conscience grâce à la beauuuuté de sa musique, interdite par les tyranniques prêtres qui règnent sur une société très orwellienne, se suicide ou se laisse mourir, j'ai pas bien tout compris. Bon au moins c'est les méchants qui gagnent. Mais enfin, voyez le niveau du machin. Intellectuel qu'on disait à l'époque. Le revers positif de la médaille, c'est que musicalement, ça se pose là, solide et grandiose comme un de ces temples futuristes qu'on imagine dès l'intro toute synthétique. Comme Rush est avant tout un power trio qui fait un peu le pont entre structures complexes et classicisme hard-rock (basse, batterie, guitare, rien de superflu), la fameuse "suite" se tient d'un bout à l'autre sans dégueuler du solo intempestif, mais faisant globalement le grand huit entre passages électriques tempétueux et délicatesse acoustique, selon les scènes et les personnages incarnés par le groupe, à la façon d'un Pierre et le Loup de sci-fi hardos. Bon ok j'exagère, mais ça passe vraiment bien d'autant que, et c'est là où le groupe trouve sa puissance, ce sont trois instrumentistes assez uniques en leur genre et pour peu qu'on supporte de chant de Geddy Lee, sorte de Robert Plant sans sex-appeal, et l'emphase propre au genre, ces vingt minutes se déroulent avec une aise déconcertante, réservant leur lot de séquences de riffs-éclairs torturés et contre-allées rythmiques ainsi que de très belles accalmies réellement envoûtantes. Une synthèse parfaite entre hard du début de la décennie et ambition progressive mais jamais bêtement démonstrative. Pour couronner le tout, comme tout bon vrai groupe de prog, Rush foire un peu la face B de son album. Alors qu'il y a objectivement des bons titres comme "The Twilight Zone", son beau refrain grisâtre et un solo de guitare final bien crève-cœur, ou le magnifique "Tears" qui prouve une fois de plus que la ballade acoustique est un exercice dans lequel les gars de Rush sont particulièrement doués (entre un vieux Crimson pour le lyrisme et disons, Scorpions, pour la voix). À côté de ça, "Lessons" évoque plus les débuts du groupe, en très acceptable pis-aller Zeppelinien, mais le gimmick chinetok (j'ai pas d'autre mot), de "A Passage to Bangkok" aurait dû rester dans les cartons. Reste le dernier titre, sec, tranchant, juste tordu ce qu'il faut pour ne pas constituer un obstacle à un barrage de riffs et dont la thématique cette fois très clairement Randienne (un truc sur la vertu de l'individualisme) nous ramène à l'affirmation du début. À savoir que le prog est un genre de droite. Mais que le rock reste un truc anglo-saxon. Parce que quand Rush sortait cet album aux sommets impressionnants malgré des thématiques plutôt douteuses pour tout punk qui se respecte, en France on se tapait Michel Sardou qui chantait "Je suis pour". Putain d'année, 1976.

note       Publiée le mardi 7 avril 2015

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zugal21 Envoyez un message privé àzugal21

Malgré la longue plage concept, la face A si je puis dire, cet album reste assez homogène, on reste quasiment dans la même veine sur la durée. La longue plage, cependant, m'a semblé courte, un peu comme si il y avait eu possibilité d'étendre le truc

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magnu Envoyez un message privé àmagnu

Chro qui tue. Bravo ! Bon, pour l'album, j'ai plus de mal, pour moi Rush ça commence à "Permanent Waves", là où la voix de Geddie Lee devient supportable.

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dariev stands Envoyez un message privé àdariev stands
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En fait la transition dont parle N°6 est + entre 2 époques, ce qui se défend. Les 70's étaient forcément embourgeoisées avec leurs prods bien glitter et classe (c'est la décennie du beau son en fait) à côté des 60's et leurs luttes, leurs révolutions tous les 6 mois etc. Rush est un bon exemple, Led Zep aussi (on pourrait continuer...). Après je me risquerai pas à appuyer certains clichés sur le prog, même s'ils sont parfois vrais, c'est un genre qui a duré environ 8-9 ans au minimum dans le mainstream, pas besoin d'être fin musicologue pour deviner ce que le psyché aurait donné s'il était resté mainstream aussi longtemps. Des grosses prod hollywoodiennes baveuses à la Vanilla Butterfly, pas moins ;) (cf mes chros des 1ers deep purple, assez "psychmoche"). Et puis Rush c'est quand même pas le même bois que les progueux anglais. Leur premier album m'avait mis une tarte dans le genre "prolo hard rock pas fin" !

Raven Envoyez un message privé àRaven
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N'est-ce pas...Je me demande même si je vais pas lui céder la chro prévue d'un certain Queensrÿche, à notre pornocrate.

Seijitsu Envoyez un message privé àSeijitsu

Excellente la chronique ! Je n'aurais jamais pensé que ça serait N°6 qui se chargerait de cet album (et même de ce groupe) en plus...