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Yellow Magic Orchestra › BGM

  • 1981 - Alfa, ALC-28014 (1 vinyle)
  • 1981 - A&M, AMLH 64853 (1 vinyle)

lp vinyle | 10 titres | 47:06 min

  • 1 Ballet
  • 2 Music Plans
  • 3 Rap Phenomena
  • 4 Happy End
  • 5 1000 Knives
  • -face b
  • 6 Cue
  • 7 U-T
  • 8 Camoflage
  • 9 Mass
  • 10 Loom

enregistrement

Produit par Haruomi Hosono - Enregistré par Mitsuo Koike et Yoshifumi Iio au Studio "A", Shibaura, Tokyo, 1981 - Masterisé par Hiroshi Yuasa à JVC Cutting Center, Aoyama - Mixé par Mitsuo Koike et YMO

line up

Haruomi Hosono, Ryuichi Sakamoto, Yukihiro Takahashi

Musiciens additionnels : Hideki Matsutake (programmation), Peter Barakan (paroles en anglais)

chronique

Styles
ambient
electro
hip-hop
new wave
Styles personnels
beautiful grotesque music

B.G.M. est l’œuvre d’un groupe en pleine mutation. Un groupe qui n’est plus qu’un sigle, adoptant le pas de retrait des inconnus derrière les productions disco et electro-funk qui commencent à inonder New York et Manchester. Un peu comme les Beatles décidant de faire Revolver au lieu de continuer à décliner la même formule juteuse, YMO opère ici un virage à 180°, bien loin des clins d’œils farceurs et des couleurs pétantes dont ils étaient jusqu’ici les spécialistes. Etant les rois incontestés (superstars et avant-gardistes à la fois), le public a suivi. BGM est un recentrage parfaitement maîtrisé : + de rythmiques mais moins faciles et uptempo qu’avant, + de vocaux mais moins de mélodie, + de timbres mais moins de couleurs. En gros, pour résumer très vite : + de new wave et moins de disco. De new wave façon 81, s’entend. Rien ne nous avait préparés à ça, à ce démarrage en demi-teinte qu’est Ballet, où la voix française de La Femme Chinoise revient, cette fois pour nous exprimer une émotion bien réelle : un dégout du brouhaha de la vie moderne, une saturation, un trop plein. Yukihiro Takahashi le beau gosse devient ici un androïde dépressif qui annone du Byrds en comprimés enrobés depuis le fond de sa baignoire. Sur Music Plans, il s’anime tel automate pour mieux donner des ordres à une autre machine, qui lui répond par des grésillements robotiques, obéissant à ses moindres désirs, fussent-ils dénués de sens ("I want to look at black pictures".). De Solid State Survivor, les 3 compositeurs n’ont gardé que les jeux de reflets mélodiques de Behind The Mask ou de Castalia, et ont fait disparaître l’optimisme de façade. Le futur, que les punks ont tant voulu nier, est là, est il est pâle. Il avance sans nous, et l’humain doit se débattre au milieu de la technologie. Voilà l’histoire que raconte BGM. Depuis son dernier "vrai" album en 79, YMO a pris son statut de groupe pionnier et futuriste au sérieux. Ils feront la bande-son de la nouvelle cité de néons, à l’affut de la moindre innovation qui illustrera leur vision robotique du futur. Le Hip-hop, alors en pleine éclosion, participe à ce concert à la fois dissonant et luxuriant… Puisque les b-boys de New York smurfent sur leurs 3 premiers disques, Hosono leur donne Rap Phenomena, plus un hommage à cette nouvelle culture ovni qu’autre chose. Son phrasé vocodé, plus scandé que rappé fait sourire, avant de réaliser que le motif electro-funk tourne sacrément bien. Le très (trop) expérimental Happy End, qui s’ensuit, est une pause dans l’album, une bulle ambient de temps replié sur lui-même qui permet à l’auditeur d’aller se laver les dents par exemple… Car comme le sous-entend la très neutre pochette, BGM peut aussi s’entendre comme Back Ground Music. Terme générique pour les musiques de jeux vidéos des 80’s, que YMO a beaucoup influencé, même si ici la bande-son correspond plus à un vaste hôpital qu’à une salle d’arcade. Surprise, alors que la logique attendrait que la face se termine là-dessus, débarque le 1000 Knives de Sakamoto, tiré de son album du même nom de 78, dans une version modernisée et passée à la moulinette electro-funk ! Les synthés sifflent comme des valves sous pression, laissant s’échapper une vapeur digitale, dans un concert de carillonnement de sons furtifs… C’est une tuerie, pile à mi-chemin entre l’électro pure du féroce B2-Unit et les chinoiseries désuètes du premier YMO, ici mises au pas d’une chaîne de montage implacable et saccadée. Les robots qui en sortent envahissent les rues en smurfant, un ghetto blaster greffé sur l’épaule. Émergeant de cette atmosphère étouffante tel un aéroglisseur d’un tunnel capitonné, Cue démarre la face-B par une mélodie pop qui éblouit par sa luminosité, nous prend par surprise. Jamais YMO n’a été aussi proche d’un certain classicisme pop, faisant se rencontrer harmonies vocales et refrains accrocheurs (pas de couplets en revanche, mais des ponts en forme d’envolées beatles-iennes !). Yukihiro Takahashi, le plus discret des 3 jusque là, devient soudain le George Harrison du groupe, co-compositeur et voix principale, caractéristique. Une voix grise, voilée, profil bas, robotique et introspective, à l’image des synthés devenus moins clinquants, "marbrés" diront certains. C’est frappant sur le magistral U.T., où Takahashi, qui est aussi par défaut le Ringo Starr de service, imprime un tempo infernal à ce déchaînement de nappes orchestrales. Au milieu du morceau, les deux autres entament un drôle de dialogue à base de "C’est le nouvel album de YMO… écoute ce batteur, quel rythme !", sur ce qui sonnait pourtant comme un titre affreusement sérieux, voire oppressant. Et les gratte-ciels de verre avancent vers nous dès le titre suivant, Camouflage. Ils ont beau être décorés de motifs orientaux ramenés d’Indochine par Hosono, ils n’en sont pas moins des murs de béton, austères et vertigineux. Takahashi, plus déphasé que jamais, conte la sensation grisante du soleil se réfléchissant dans les grands panneaux de verre, l’errance angoissée dans les canyons sans fin de la ville-monstre, sans-âme, verticale. Et c’est absolument sublime… Sur la fin de la chanson, la nuit tombe sur la ville, et Mass semble contempler le retour esseulé des salarymen, le dos courbé dans le métro bourré ou baillant dans leurs minuscules autos sur un périphérique où les phares des voitures sont autant de lanternes de pénitents. Même l’auditeur le plus cynique, le plus décidé à trouver dans ce disque son compte de synthés japoniais et couinants pour se marrer, même lui ne pourra que sentir sa gorge se serrer sur cette piste magnifique, véritable requiem pour la mélancolie et la solitude urbaine aux airs de Buffet Froid. YMO, malgré sa nature foncièrement facétieuse, a ressenti cette tristesse qui emplit par essence toute musique synthétique en ce début des années 80. Et le glaçant Loom referme la porte sur l’appartement vide, l’imperceptible rumeur du monde derrière le double-vitrage, le compte-goutte du robinet mal fermé qui rend fou, qui rappelle qu’il n’y a personne pour faire le moindre bruit, apporter la moindre étincelle de vie. On est laissé seul, contemplatif devant les nappes ambient d’Hideki Matsukate, technicien attitré du groupe qui apporte ici un coup de main, lui qui mène par ailleurs sa propre carrière sous le nom Logic System. On croirait contempler l’inconnu droit dans les yeux, le futur dans toute son immensité… Raté, c’est un ultime coup d’œil malicieux dans le rétro ! Ces nappes ne sont autre qu’une version ralentie de "l’octave spatiale infinie", glissando synthétique que Matsutake avait déjà placé en ouverture du Cochin Moon de Hosono et qui ressemble tant au jingle THX ! En percutant l’électro-funk avec leur sens inné de la mélodie pop et étrange, YMO s’est positionné comme un groupe en avance sur son époque, dont il a pourtant saisi tout le zeitgeist avec poésie.

note       Publiée le lundi 23 mars 2015

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Alfred le Pingouin › jeudi 30 juillet 2015 - 17:27  message privé !

C'est bon il est imprégné.

Note donnée au disque :       
Raven › mercredi 1 avril 2015 - 17:05  message privé !
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Ah ouais c'est bien celui-là sur lequel j'avais bloqué, Dada... j'aurais bien vu un petit lien vers Yello ;o) Y a des passages bien Cold là-dessus ; ceux qui aiment ce disque sont mûrs pour Trisomie 21, et ceux qui kiffent un morcau comme "Mass" sont mûrs pour la vieille dark-electro belge/allemande !

(N°6) › mardi 24 mars 2015 - 21:54  message privé !
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Le plus impénétrables et ambigu des albums de YMO. La fête est bien finie. Pour moi l'album atteint son sommet pile en son sein, à partir de l'incroyablement troublante piste ambient "Happy End" (tu parles, ça sonne pas du tout comme son titre l'indique) à l'énorme U.T, terriblement menaçant (Takahashi bordel, et on va en reparler dans le suivant, le plus accessiblement fantastique "Technodelic"). La fin laisse planer quelque chose. Superbe en somme.

Jesuis › mardi 24 mars 2015 - 20:09  message privé !

https://www.youtube.com/watch?v=yqZxcLGYVUc

En boucle ce morceau, qu'est que c'est fruité !

cyberghost › lundi 23 mars 2015 - 19:22  message privé !

La fin du fun ? Ce disque reste quand même bien fun pour moi, juste plus en mode droïds détraqués, s'tout... Mon préf, pardon, un des rares YMO que j'apprécie de bout en bout...

Note donnée au disque :