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La Baracande › La Baracande

cdr | 6 titres | 61:09 min

  • 1 Là haut là haut dedans la tour [9:52]
  • 2 La belle couturière [8:13]
  • 3 Le vingt-cinq du mois d’avril [14:33]
  • 4 La jeune Sylvie [12:04]
  • 5 Un jour j’ai pris le temps [7:56]
  • 6 La sœur et le menuisier [8:31]

extraits vidéo

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enregistrement

Non renseigné.

line up

Pierre-vincent Fortunier (cornemuse béchonnet 11 pouces, violon), Yann Gourdon (vielle à roue, boîte à bourdons), Guilhem Lacroux (guitare, lap steel), Basile Brémaud (chant)

remarques

CDr, pochette carton pliée à la main. L’intégralité de l’album est en écoute libre depuis la page bandcamp du groupe (voir lien plus haut).

chronique

Histoires d’espace. Le folk, dans ses formes traditionnelles, est une question de distances. D’endroits habités, du noir autour – parce qu’on joue souvent mieux la nuit. De places peuplés par le bal ou – ici – la veillée. Les histoires que racontent ces chansons sont aussi celles de frontières, d’inconnu effrayant, excitant : au delà des topographies, noms de villages, de hameaux, de lieux dits familiers. Le surnaturel n’existe peut-être là que dans ce par-delà, cet extérieur. L’actualité, certes – mondiale, instantanée, égalisée – nie cette dimension. Cette musique y retourne – et par là, étend la perception, revient à l’empan du pas humain, à l’ampleur de ce qui vibre, ne s’entend qu'à l’enceinte dans quoi elle est jouée. Il me semble que les groupes du collectif La Nòvia touchent quelque chose, trouvent cette proximité – autant que cette "extension" de l'écoute, pourtant – que le mouvement folk des années soixante dix avait en quelque sorte manqué – ou au moins, à un moment, perdu. Par ce souci, justement, de ne pas amplifier les voix – le chant, les instruments – aux volumes qui combleraient des stades, des marchés internationaux, des assemblées massées plus loin que là où l'œil nu peut voir. Ce n’est pas une fermeture, un repli frileux : ceux-là peuvent jouer partout. C’est une lucidité quand à la "fonction" de la musique. Sa place, sa dimension, encore une fois. Par là : sa possibilité. Aussi : ces gens – Yann Gourdon, présent dans presque tous les groupes réunis dans cette maison, mais pas seulement lui – n’hésitent pourtant pas à distordre leurs sons, distendre ces fréquences déjà naturellement dissonées, en paquets, en complexes d’harmoniques : les bourdons, notes tenues des vielles et violons, les glissandi de la slide, les réverbérations sur cette guitare jouée par un homme assis. La Baracande – groupe qui emprunte son surnom à Virginie Granouillet, chanteuse de la Haute Loire dont ces quatre là reprennent le répertoire, collecté dans les années cinquante et soixante – incarne donc la face "chanson" de ce nouvel art traditionnel. Pour eux, le mot – "incarner" – n’est pas une simple commodité. La présence de cette musique est proprement stupéfiante. La force captivante des épisodes contés, narrés, l’aura sombre de ces histoires de séquestration – comme entrée en matière sinistre, Là Haut Dedans La Tour se pose un peu là – de guerre lointaine, de trahison, ne sont pas habillées – bêtement "rhabillées" – par l’électricité, les techniques étendues : elles sont rendues, disais-je, à leur espace. L’amplification, les effets, ne les noient pas : elles en dissolvent l’aura, la font passer au pur plan de la substance, l’intensité sonore en saisissant l’écoute, en saturant la teinte. La Baracande, donc – mais c’est vrai aussi pour Toad, les mêmes sans le chanteur, qui jouent pour la danse ; ou pour Le Verdouble, duo de vielles (avec électronique), qui poussent jusqu’aux confins cette exploration, ce ressassement jamais tout à fait à l’identique de la chimie, de la matière sonore, de sa structure atomique – ne jouent pas pour les foules. Les assemblées, autours, tiennent dans des squats, des granges, des salles territoriales. Chacun, chacune, est sis dans ce périmètre où ce qu’ils déroulent peut rôder, pénétrer, passer. Ici, ce qui est dit redevient pertinent ; L’Angleterre, à nouveau, est un ailleurs où l’on part mourir pour le roi ; la Belle qu'on enterre s’esclaffe à son amant qui lui sourit (et je vous assure qu’entendu ainsi, le récit frappe : d’émerveillement, d’horreur, de vertige). La vision qu’ont ces musiciens et raconteurs – ceux de La Nòvia – n’est pas, disais-je, celle du mouvement folk d’il y a des décennies. Que la Barracande privilégie – comme par exemple le faisait Malicorne – les relations de meurtres, d’élans incestueux, de parentèles criminelles seraient un lien… Presque insignifiant, à vrai dire, en regard des formes trouvées ensuite, respectivement – choisies depuis là, depuis cette souche commune. C’est surtout que ces traits là sont dans le texte, dans la lignée reprises. Musicalement, eux sont ailleurs. Ce qu’ils peuvent prendre à d’autres formes – aux expérimentations, essais supposés savants ou du moins avant-gardistes : le bruitisme ancré ritournelles d’Henry Flynt, le sens du vide et des intervalles de Morton Feldman ; peut-être à un certain rock psychédélique, pour cet usage du son démultiplié, instable et débordant… - n’est pas une adaptation. Ils s’emparent de ces moyens non pour "aller" vers une quelconque "oreille moyenne" ; mais pour leur puissance d’attraction – pour leur capacité aussi à libérer les charges, les remettre en mouvement, les animer plutôt que de les laisser en tensions mortes. Le sens de la répétition – du motif, des mélodies courtes et, comme disait le philosophe "toutes semblables" – est déjà présente dans le matériau, dans ces chants, ces strophes ; semblables mais jamais identiques – une inflexion change tout : climat, nuances, altitudes. Basile Brémaud, d’ailleurs, est bien la voix idoine : imparfaite sans doute pour l’esthétique "classique" ou les circuits de la variété ; mais… idiomatique, qui plie, brise, lie la langue à l’exigence du rythme, de sa scansion et de sa fluidité – d’où liaisons étranges (quatre-z-officiers…), ajouts de voyelles pour la métrique (le vingt-eu-cinq du mois d’avril) ; c'est peut-être aussi le français de Paris qui cesse de contraindre le dialectal, de plier l'accent (l'accent : c'est un sens dynamique). Une voix parfois couverte par la vielle, le violon, la guitare, mais c’est heureux aussi : car l'espace où vit ce qui se raconte – encore une fois : cet extérieur – submerge l’homme, l’attrape, le porte ailleurs. Réverbérations, saturations, boîtes à bourdons, ne "dénaturent" pas ce répertoire, ces chansons ; pas plus que les jeux de pression – l’effet "décollage" – de Gourdon directement sur les cordes de son instrument, les accélérations et superpositions de boucles, les dissonances de Fortunier et Lacroux : elles ne font qu’en accentuer l’allure, rendre plus intense leur perception, nous donner à sentir plus nettement ce qui en est le noyau ; nous plongent dans leur profondeur. Ce qui se joue ici tient presque de l’hallucinatoire – on verrait soudain, comme ce soldat, "sa blonde" traverser dans l'instant la mer, escortée, venue le faire passer serein dans "l’autre monde". Hallucination, oui : mais c’est encore une fois un autre mot pour dire "vision". Lorsqu’on en revient, tout semble plus nettement détouré, toute place plus juste, les volumes exacts et les aberrations saillantes. C’est plus vrai, encore, lorsque le groupe joue en direct – à distance de bras, face à vous. Lorsqu’il finit, souvent, il y a une courte pause, le temps d’un verre à peine. Après quoi, en général, trois de ceux-là reviennent : cette fois, disais-je, pour les bourrées et mazurkas.

note       Publiée le mercredi 18 février 2015

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Klarinetthor › mardi 2 mai 2017 - 21:38  message privé !

Bon, les deux albums sortis cette année sont indispensables (évidemment). A noter une date prochaine pour les auvergnats, qui n'est pas annoncée sur le site de la Novia : Faune, PuechGourdon et la Baracande, au Raymond Bar, le 17 mai.

Note donnée au disque :       
WZX › mercredi 8 février 2017 - 14:36  message privé !

Pour ceux qui s'interrogent sur le nouvel album de La Baracande, réponses ici

Klarinetthor › dimanche 31 juillet 2016 - 14:59  message privé !

C'est peut-etre le plus bel ensemble de la Novia, celui que je prefere, c'est chargé mais chaque instrument reste bien differentiable. Cette Ouverture qui embarque, bouleverse, qui pourrait "tuer" la suite du disque. Heureusement le 25 du mois d'avril est bien reussie aussi.

Note donnée au disque :       
karl ingus › mardi 21 juillet 2015 - 09:40  message privé !

En live, au printemps dernier, aux 3 baudets, une belle punition auvergnate. Pas trippé assis ainsi depuis SWANS à Boul' Bi'

dimegoat › vendredi 15 mai 2015 - 08:19  message privé !

ah mais je le connais ce Pierre-Vincent Fortunier en fait...j'dis ça parce qu'un ami non mélomane, et encore moins gutsien, me parlait d'un de ses concerts la semaine dernière qui lui avait fait bien mal aux oreilles. Voilà, donc je pensais le proposer dans le topic vielle à roue mais puisqu'il est là...vive le Forez! vive le Livradois! vive le Velay!