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Lucrate Milk › I Love You Fuck Off

lp | 17 titres | 29:10 min

  • Lustiges Tierquartett (7" - 1981)
  • 1 Lustiges Tierquartett [1:44]
  • 2 Dritte Blind Meuse [2:25]
  • 3 She Told Me About Leeds Permanent Building Society [4:09]
  • Nepla Relou (7" - 1983)
  • 4 Nepla Relou [2:33]
  • 5 I Love You Fuck Off [1:25]
  • 6 Henshenklein [1:23]
  • 7 Fucking Pacisfist [1:13]
  • 8 Ricos [0:56]
  • Split Album Lucrate Milk/MKB Fraction Provisoire (12" - 1984)
  • 9 No Kods [1:59]
  • 10 Bocops [0:31]
  • 11 La Cloche [1:34]
  • 12 Darling Husband [1:12]
  • 13 James Bond [1:37]
  • 14 Magnum [1:23]
  • 15 Kick Your Ass [1:54]
  • 16 Magic Mushrooms [2:04]
  • Bonus
  • 17 On The Radiator [1:05]

extraits vidéo

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enregistrement

Plages 9 à 16 enregistrées aux studios WW en juillet 1983.

line up

Masto (Masto Lowcost) (saxophone, tambour, voix), Laul Lombrick (basse), Nina Childress (voix, orgue), Raoul Gaboni (batterie)

remarques

La réédition 2014 (Archives de la Zone Mondiale) est un vinyle vert transparent, pressé à 1000 exemplaires.

chronique

Masto (le saxophoniste) dit quelque part – dans un article sur son blog, abondamment illustré de photos d’époque de Nina (la chanteuse et clavier) ; clichés qui pour partie l'immortalisent en train de pisser : dans des bâtisses ou devant des édifices, sous une inscription "Dieu Seul..." – qu’alors ils ne se nourrissaient que "de camembert, de câlins, de colle et de picole"… Et puis de beau. De ce qui pour eux en était, qu’ils recherchaient partout, très fort et par tous les moyens – ils en voulaient, en bouffaient, donc, par et dans tous les sens ; en inhalaient, en hallucinaient peut-être. Sans doute, on y revient, qu’ils en urinaient, voulaient en cracher, en… On m’aura compris, c’en était de l’organique, du pas présentable aux anciens, aux pairs que sans ça ils se seraient destinés, aux profs des Arts Déco dont ils avaient déserté les cours pour squatter – deux des types emmenant avec eux la fille : parce qu’ils "la trouvaient trop belles pour les autres" ; bon, et pour quelle gigote, ça en ferait venir, aux concerts ; pas de bol : elle voulait jouer aussi, brailler. Ils disent que ça les a sauvé : cette quête naïve, cette fringale, cette innocence hilare, déglinguée, émerveillée. Pendant que tant de leurs potes se cramaient, se camaient – on ne parle plus de glue, là, mais d’héroïne, de trucs comme ça, de machins pas fun – en crevaient. Tout ça se sent encore – intensément, la couleur toujours violente, le relief qui accroche, la gigue qui attrape. Je veux dire : les repas de presque rien partagés, les corps secs, nerveux, excités ; l’excitation tout court et vaste, entière, la peau qui démange et les neurones qui s’entrechoquent, prennent la boîte crânienne et ses conduits pour des canons à neutrons ; l’extrême, la sans limite jeunesse, celle qui aime le mur pour y courir comme Fred Astaire – mais en huit fois plus vite – et retomber les rangeos, les docs, les croquenots dans les flaques, dans la boue : SPLASH, ramasse, vieux monde, les barjots dansent sur toi. Lucrate Milk, d’ailleurs, ne prenaient rien à la "bonne" vitesse. C’est à dire que c’était ça, la blague : trouver les leurs, jeter le machin emballé, glissant ; ou l’engluer façon cerveau qui ne suit plus, perception qui rame ; ça colle, on vous disait, la réalité patine. C’est tordu, cette musique, rude, ça groove scoliosé exprès. Ils rapportent ailleurs qu’ils ont tous pris leurs instrument parce qu’un truc pour chacun, là-dedans, déconnait : le sax parce que ça lui vrillait une oreille ; la basse parce que c’est encombrant ; allez savoir : la batterie parce que c’est un truc impossible ? L’orgue parce que c’est la foire et qu’on ne l’aime pas, la kermesse ? Pas de guitare, tiens… Ce groupe était profondément punk. L’essence du truc : fonçant anarchiquement, les trajectoires bordéliques, les bouts de chansons sommaires et jointes à force, soudées à l’arc ; pas de flingues parce que Fucking Pacifists. Lucrate Milk étaient des sales gosses qui se mouchaient dans les écuelles des riches gamins ; des saboteurs doués en diable qui ont préféré, je cite parce que c’est beau "arrêter de peur de splitter un jour". Leur musique est énervante et – je le redis, c’est une définition – excitante. Bricolée, en fait incassable, construite à tout épreuve. Insupportable, irrésistible. C’est plein d’échardes, d’esquilles d’acier ou d’alu, de joie chambardée, d’ivresses. C’est joué toute conviction et le verbe branleur, moqueur, automatique et cognant – obscène aussi, si par fantaisie : la princesse Anne s’y tape son cheval et une autre Dame doit raser souvent la tête de son mari pour qu’il la lui fourre, sa queue étant trop petite pour cet usage ; mais "personne n’aime les swastikas", cependant. C’est un bon résumé : "Je t’aime va te faire foutre". (Et qu’on ne me parle pas de Gainsbourg et de son lui non-plus, hein… Jane était d’une minceur trop jolie pour faire le poids face à ces maigres et pointus sautes-caniveaux qui faisaient tout verser). Tout ça fut bref – trois ans à peine ; et tout ce qu’ils ont fait en studio, il semble, durant ce laps, est réuni là. "Tout ça" : ces morceaux souvent autours de la minute, en dessous, qui se payent le culot d’une espèce de complexité nouée, ou plutôt de structures, de proportions, de mouvements en tout cas retors, pour propulser les secouement béats – bétas, réjouis. Bouts coupés au cutter rouillé, montés à la crade – comme les vidéos qu’ils bricolaient par dessus, devant, derrière. Tout reste indéniable. Moyens du bord : pour que la tête continue d’usiner, on pose son cul sur le radiateur, dans la pièce où sinon ça caille. C’est ce que raconte celle qui conclut, ici. C’en est un qui en vaut un autre, d'envoi. On y retourne, on le retourne, l’objet – on se surprend à trouver ça magnifique, hypnotique, le vert mouillé des batraciens. Ils n’ont fait que passer et voilà ce qu’il en reste. Après, chacun, ils sont partis ailleurs (chez les Bérus pour certains, continuer de devenir artistes pour d’autres ou pour les mêmes ; pas forcément – pas du tout, sans doute – de l’abdication ; ce qu’il en advint pas fatalement moins bon mais… peut-être moins fendard). Et puis décidément je l’aime bien, cette pochette. Elle raconte mieux que les mots l’amplitude et le boucan du foutoir et de la fête.

note       Publiée le mardi 27 janvier 2015

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Dioneo › dimanche 24 juillet 2016 - 18:21  message privé !
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Eh eh... Non, c'est que ma chro date d'avant la mise à jour qui collait par défaut une note (celle de la chronique) en bas des commentaires de chroniqueurs. (Donc techniquement elle ne s'est pas "barrée" ; comme tes sourcils ont l'air de me dire que tu l'as en fait bien compris !). Tout à fait possible pour le site/blog, même plutôt probable vu le contenu, mais j'ai pas creusé/vérifié. Pour l'instant je me contente de lire ces interviews souvent longues et ma foi plutôt intéressantes.

Klarinetthor › dimanche 24 juillet 2016 - 18:18  message privé !

Il y a ta note qui s'est barrée aussi ^^. Mais Nyarknyark c'est pas un site directement associé au floklore de la zone mondiale,... enfin bon c'est pas juste un site d'amateur independant?

Note donnée au disque :       
Dioneo › dimanche 24 juillet 2016 - 17:55  message privé !
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"Il y avait une curiosité. Mais il y avait des mecs qui étaient complètement accros… Il y avait un couple qui ne baisait qu’aux concerts de Lucrate… Ils se mettaient sous la scène, et ils baisaient… On a aussi joué dans des endroits plus prestigieux, la Biennale, à Berlin… On se demande toujours comment !!!".

Y'a l'air d'y avoir un paquet d'interview assez complètes et bien branlées, sur ce blog, en passant.

(La photos-Nina de celui de Masto mise en lien dans mon post précédent a été effacée, il semble, en revanche... Bah).

Dioneo › mardi 27 janvier 2015 - 01:54  message privé !
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D'ailleurs pour ceux que ça intéresserait de lire une version de l'histoire - illustrée donc par le même - par un des mecs qui en étaient, l'article du blog de Masto que je cite en début de chro se trouve ici. (Je trouve les photos assez chouettes, parfois même belles, et le texte assez touchant - et pas aigri, en plus, une fois le mec passé à autre chose).

Klarinetthor › mardi 27 janvier 2015 - 01:34  message privé !

hum...Nina, photos, mpfff.... bon ok, je lache ce que je suis en train de faire. jolie chro bien à leur image.

Note donnée au disque :