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Mesdames › Mesdamus Werke Verzeichnis

cd • 7 titres • 25:14 min

  • 1The King Of Me As A Kid4:55
  • 2Favorite Tree1:07
  • 3Old Lady Mini Cat3:51
  • 4A Hand Full Of Eggs6:50
  • 5Favorite Bird1:41
  • 6It Should Be Right3:09
  • 7Ponies3:41

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et mixé par Olivier Valcarcel/Cockpit Prod (74). Masterisé par Jérémy Henry/La Villa (93).

line up

Jean-philippe Curtelin (batterie), Fanny George (voix, clavier), Lucas Territo (basse), Loup Uberto (voix, clavier)

remarques

Conception pochette : Fanny George. Réalisation pochette : Romain Pacia/Percolation (54).
Pochette en carton recyclé. L'intégralité du disque est écoutable en streaming - et téléchargeable à prix libre - sur la page bandcamp du groupe (voir lien ci-contre).

chronique

"On ne sait pas ce qu’on est, en fait", me disait Fanny George – chanteuse et claviériste de Mesdames – alors que nous échangions trois phrases à la fin de leur concert. Et en effet : en terme de genres, de boîtes et d’étiquettes, de courants, il serait bien malaisé d’apposer quoi que ce soit sur leur musique qui serait une scellée, une description définitive et suffisante. C’est heureux. Cette musique est heureuse – pas au sens apaisé, ô non ! Pas vraiment. Plutôt même : dans celui d’une certaine agitation. En cela que le délire y trouve sa forme, sa vitesse – toutes les deux mouvantes, accidentées. Le délire : c’est le jeu. Au sens instrumental, oui – et là, celui-ci est virtuose, précis, informé de techniques d’exécution, d’écriture : jazz peut-être, courants et occurrences de certaines musiques contemporaines, modernes, qui avaient été en leur naissance la crise et le renouvellement, le nouveau cycle de certains savoirs, des suites classiques. Des musiques de chambre dissonées, du baroquisme dévoyé ; de la chanson, mélodie, lied, rendus pointillés ; des voix en contrepoint sur une note ; du clavier qui déconne et soudain, est-ce bien un saxophone, ce départ en vrille complètement free qui vient faire paniquer la mesure ? Même Bach est embarqué, tiens, convié, chahuté – le titre, après tout, est une variation sur l’appellation Bach Werke Verzeichnis (Catalogue des œuvres de Bach), où ces quatre luminions se mettent en lieu et place du Maître. Sacrilège ? Prétention démesurée ? Accès même mégalomaniaque ? Aucunement ! Humour. Jeu, disais-je. Au sens donc – aussi et surtout – de ce mode d’échange, de ces pratiques qui ne produisent pas des biens, des utilités, mais des énigmes et des parties qui sont des courses, des œuvres filant le temps seulement de leur exécution – celui-là si possible non fixé à l’avance, instable. "Jouer", dans l’acception aussi la plus enfantine : comme les gosses dans la cour nous disent eux-mêmes les membres du groupe, quelque part, il me semble. Avec – oui – ce que ça implique de pas doux, de bâtons lancés pour faire trébucher les autres, d’impromptu jeté comme blague, accroche, perche tendue pour la suite. C’est très sensible sur scène : la part d’improvisation n’est pas contenue, bornée, par les compositions. Les places où elle surgit sont certes à l’avance décidées, sans doute – mais parce que dans l’écriture, ces places sont des nœuds, des ruptures, des espaces que le reste prépare ; dont elles, en retour – ces parties non écrites – aspirent la substance, l'affolent, la densifient. Ils s’amusent, oui ! Tel ou telle prolonge son embardée, lance mots et phrasés prévus nulle part, les font tourner, poussent des pointes au faîte, sur le fil du déséquilibre, de la chute. Les autres tendent leur attention, se marrent et se retiennent, guettent, semblent dire – aussi – "ah le con". Et tout repart brusquement – sans doute sur un signe, un signal, un appel. Ce n’est pas un hermétique stratagème parce qu’il y a dans tout ça une excitation contagieuse, une tension jubilante à quoi le groupe nous invite à nous joindre, dans l’écoute, plutôt qu’à y assister avec des mines contrites. Il vaut bien mieux écarquiller paupières et laisser le flot déferler aux tympans. Le jeu – c’est vrai – est aussi apprentissage. Mais avant tout – mais essentiellement – de pratiques, de gestes, d’appréhension qui serviront surtout à la suite du jeu, à la mise en branle de sa prochaine fois ; à son extension ; à cette vie organique de tout ce qu’il brasse, a brassé, brassera. Rien de tout ça ne se perd, d’ailleurs, sur ce disque : intensité, fraîcheur, sens du risque et des quelques règles qui au fond ne sont là que pour ouvrir une part de liberté sans qu’elle tourne à l’errance. L’enfance, encore une fois, est comme un état de perception à quoi cette musique semble vouloir retourner, atteindre. Les textes l’évoquent, elle en est le fil. Mais les enfants ne sont pas des êtres sages et sans creux, sans ombres, tranquilles et simplement mignons – ils sont travaillés de doutes et de terreurs qu’ils expulsent en cris, bourrades, rondes, rituels sans référent noté, sans système ; avec pourtant une intuition très sûre de ce qui là-dedans, dans ce sérieux et cet émerveillement, ces peurs et attirances et manèges qui tiennent du fantastique serait hors… Eh bien hors-jeu, encore. Les timbres, lignes, constructions harmoniques, s’élaborent, s’échafaudent, se cassent ici dans une nerveuse allégresse, un plaisir de la dépense. En fulgurances de motifs, cellules, mélodies simples saisies et retournées sur toutes leurs faces possibles. En instants médités, étirés – prolongés, tournées lentement comme des plateaux posés sur un index, la seconde lentement anticipé de le lancer en l’air ou au suivant qui aura charge d’en exprimer autrement le poids et les volumes. Rien de solennel mais rien n’est "juste farce". On peut pour de bon rire, à la place. Ce que cette musique prendrait au rock progressif, ce sont surtout des moyens étendus de ne rien arrêter, de ne pas faire une autre école. Tout ce vers quoi ces textes et timbres et chansons pointent – qui tient des fables et des comptines, des histoires illustrées – n’est pas bête régression. C’est la vastitude, le fourmillement retrouvés – inquiétudes et objets trouvés, assemblés pour s’en échapper sans cesse, les chevaucher, là-dessus passer ailleurs. C’est mieux possible dans ce mouvement impromptu de nos soirs que dans les bibliothèques désormais trop bien rangées, souvent, des surréalistes d’antan. Ça parle beaucoup d’animaux, aussi. Les amis des petits de notre espèce – qui leur parlent surtout parce qu’ils savent mieux que nous, adultes, à quel point nous en sommes dissemblables. Il paraît que les poneys – eux le chantent à la fin, en tout cas – "mangent des corps" ; en les prenant pour du chocolat. "Petit chat les animaux. Font des actes illégaux". En réponse au "ce qu’ils sont" du début, donc : ce genre-là de délinquants, de contrevenants aux convenances ? On ne craint pas, en tout cas, quand ils passent par nos grands-chemins et autres salles semis-secrètes, de se joindre pour un soir à leur bande, leur équipage – en esquivant, d’accord, les dents des petits équidés. Ça fait partie de la partie. Et ces quatre là, tout le temps que ça dure, sont d’excellente compagnie. (Et diantre… Il faut bien dire qu’alors ce laps fuse).

note       Publiée le lundi 29 décembre 2014

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Klarinetthor › samedi 28 novembre 2015 - 16:04  message privé !

merci Dio; ils ont le don de nous (me) faire tourner la tete.

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Dioneo › samedi 28 novembre 2015 - 13:24  message privé !
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La pochette du CD est dans le sens de celle ci-dessus, c'est celle de la version bandcamp qui est inversée.

Klarinetthor › samedi 28 novembre 2015 - 12:50  message privé !

J'ai un doute avec ta pochette et le bandcamp, laquelle est inversée? Je n'ai pas le CD sous la main helas et je ne me souviens plus.

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Klarinetthor › mardi 29 septembre 2015 - 21:03  message privé !

on va donc sans doute avoir droit a une chro du nouveau avant la prochaine pleine lune. ? La je suis sur la recommandation Vive le rouge qui fait vivement penser a Mesdames par moments. Ca se barre plus en longue envolée tout de meme.

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Dioneo › mardi 29 septembre 2015 - 19:26  message privé !
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Oulah... Un bon paquet de mes "à chroniquer" depuis plus ou moins longtemps/à plus ou moins court-long-moyen terme, là-dedans !

Sinon pour les Lyonnais et Environnants : Mesdames joueront à la Triperie le mardi 13 octobre (soit dans pile deux semaines, donc). Chouette ! Y'a intérêt, que j'y serai.

(Et pour les autres... Eh bien ils seront encore en tourné après, en fait ! Détails par exemple sur leur bandcamp... (Lyon, Chalon, Angers, Tours, Paris, Bruxelles, Metz...)).