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Radikal Satan › Av Froid Qvi Fait Rovgir

lp1 | 7 titres | 35:27 min

  • A
  • 1 Circa cinco [5:48]
  • 2 En La Ciudad [2:55]
  • 3 Luigi [3:39]
  • 4 Folleto [5:07]
  • B
  • 5 Testa di Ratto [10:59]
  • 6 Eclipse [5:03]
  • 7 Tomillo [1:56]

lp2 | 5 titres | 34:31 min

  • C
  • 1 Osi/Coda Rosa [6:13]
  • 2 Gérard [1:44]
  • 3 Promenade [5:24]
  • 4 Soy Libre [4:42]
  • D
  • 5 Los Sueños [16:28]

extraits vidéo

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enregistrement

Les matériaux qui constituent ces morceaux - musique et prises de son "concrètes" - ont été enregistrés entre 2004 et 2008.

line up

Ne disposant pas de la version physique de ce disque - le double-vinyle est depuis longtemps épuisé, introuvable - je ne pourrais détailler la liste des musiciens qu'on y entend. Il est toutefois très clair, à l'écouter, que les frères Amarante n'y sont pas seuls. Étant donnés aussi tous les échos et autres voix qui y résonnent, entre les plages et dans leur substance, il est certains que nombre de vivants et de réputés défunts - qui écrivaient, chantaient, jouaient, pensaient, se mettaient en douloureux ou délicieux états - continuent là ces activités, dans les parages du groupe. On appellera ça comme on voudra : hantises ou fêtes, la nuit, tenue entre pairs, proches, quelques-uns qui ont et aiment à se voir.

remarques

Tous les albums de Radikal Satan sont disponibles en téléchargement légal et gratuit – en mp3 320kpbs – sur le site officiel du groupe (voir lien ci-contre).
L'édition double-vinyle de 2008 a été tirée à 300 exemplaires. Un livret d'une quarantaine de pages accompagne l'objet.

chronique

Puisque je ne l’avais pas dit je peux donc le répéter : la discographie de Radikal Satan est rhizomique, rhizomatique. Mille plateaux, ça fait bien des vitesses possibles, des rapports, des différentiels. Trêve de jeux de langage… Je l’avais soupçonné ; une phrase, en conclusion d’une plage de celui-ci m’a mis encore plus la puce à l’oreille ; j’ai cherché ; eh bien c’est sûr : ces gens sont deleuziens – pas sans le savoir. "Promenade", à vrai dire, cite directement feu Gilles ; prélève des fins de périodes d’un de ses textes tardifs pour en faire des bouts de couplets, des bribes ; il faut chercher, tendre les sens pour saisir ; lorsqu’on trouve, d’un tenant, cette matière première, on se rend compte qu’elle est un paragraphe essentiel, concis, d’une pertinence effrayante ; elle parle des machines, des mots de passe, des nouvelles autorités, de la lutte qu’il faut transformer aussi ; "que l’entreprise ait une âme…" : en effet c’est peu rassurant. "Il n’est pas lieu de craindre ou d’espérer, mais de chercher de nouvelles armes". Tu l’as dit, l’ami… Discographie rhizomatique, donc : pas une succession de pas, pas une progression, pas une avancée vers un achèvement ; pas de hiérarchie verticale, ici ; cette œuvre est un réseau qui navigue en pleine terre ; le rhizome, donc, fait des souches partout ; chaque bout peut devenir un nœud ; des formes se répètent mais au fond – parce qu’aussi le temps est pour chaque organisme à l’échelle de son existence propre – on ne peut jamais dire avec certitude quelle occurrence est première, mère, centre. Il n’y pas de centre. Le centre est ce qu’il faut déjouer. En nos temps il bouge. Ce serait une illusion de croire qu’une simple planque permet de s’en éloigner. Deleuze, donc, passe sans doute par ces têtes. D’autres philosophes, sûrement. Et par ces yeux, ces organes tactiles et d’auditions, ces récepteurs : toutes sortes et formes qui brisent les continuités, les trompeuses cohérences qui induisent la Totalité. Chaque disque est furtif, temporaire. Tous peuvent s’écouter bout à bout. Tout est fait – répétitions, reprises d’un album sur l’autre, manières toujours remises ou un moment abandonnées – pour tromper l’instinct documentaire, archiviste. Pour qu’on les mélange, même à les entendre à des heures très distinctes. Ce sont des techniques : cut-ups – je crois qu’il s’agit bien littéralement de ça, par exemple, sur En La Ciudad – ceux-là font croire qu’il s’agit d’ivresse, ou d'une autre défonce ; peut-être est-il plutôt question de fausser le plan des rues, les instructions. Enregistrement, mixage indélicats, brutaux, indécents : le rythme bien sensible en volume mais le timbre des percussions comme érodé, l’attaque rendue lointaine ; superpositions d’objets non musicaux : voix d’enfants – en sont-ce bien ? – passées en accéléré, à l’envers, en panique, sur la contrebasse et les tambours vaudou, santeria, candomblé… Et si ce ne sont pas des enfants, peut-être alors les membres du groupe, encore pris de vin ou d’une envie soudaine d’orgie, de corps collés, de baise à multiples figures et tâtonnements. Il y a là, aussi, des non-sens à priori, de l’évidence expressément exagérée pour qu’on doute au détours ; ce titre, déjà : ne sont-ce pas – plutôt que le froid – les fournaises, qui font rougir ? Et pourquoi ces "v" latinistes à la place des "u" ? Ces catacombes sont-elles antiques ou médiévales ? Sont-elles modernes ou pré-chrétiennes ? Doit-on les appeler ossuaires ou carrières ? Radikal Satan, sur ce double disque peut-être encore plus et mieux qu’ailleurs, mêle, embrouille, rend absurde toute idée d’une pureté des genres. Le tango qui se désarticule prend une morphologie, un grain de musique concrète versant sauvage. Nurse With Wound au bordel – à Buenos Aires ou Montevideo – en compagnie d’un Pierre Henry courtois mais épuisé ; tous discutent affablement avec une catin superbe vêtue d’une bure à la coupe plaisamment subvertie. Av Froid Qvi Fait Rovgir est une fois de plus un alcool violent, entêtant, gnôle trop forte pour les "bonnes" tables – les leurs sont de bien meilleurs histoires, tours, plaisanteries, rencontres qui se nouent pour durer. Sa séduction, même, sa puissance d’intrigue, prend sur cette heure et dix minutes une puissance particulière, captive anormalement. Réseau horizontale, disais-je : mais il y a des étages, des niveaux, qui sont des couches de sols, des densités, des distances au niveau de la mer et des piétons. Il y a des Passages – un autre fraternel penseur, en dédicace, remerciait en ouverture de son ouvrage ainsi nommé, en le donnant comme une rue, "celle qui l’[avait] percée dans son auteur, en tant qu’ingénieure". L’harmonica, souvent, ici, vient planter, remuer sa rouille. Ce disque – ce groupe – prend à la gorge comme on étreint. César Amarante dit qu’il est né en 1947. Il a bu. Puis lu, des romans policiers, toutes sortes de romans. Ça l’a rendu "très très" intelligent. Les gendarmes l’ont pris et l’on mis à l’asile. Il est devenu là encore plus intelligent. Il a un jardin. Bien évidemment, il doit être plus jeune. Une voix rit, en arrière, à la farce. On tique : le rire se répète, trop identique. Il faut se méfier – autant que des manies de nouveauté – des rires qui reviennent chaque fois trop identiques. Voilà une œuvre, un ouvrage, une somme – disque, discographie – inextricables, merveilleux, lieu, occasions de perdition. Il faut en effet s’y égarer. Ce sont traboules, souterrains, veines mises au jour de gemmes en pigments qui enivrent, étourdissent. Il faut apprendre à se les rendre familiers, toutefois : c’est qu’on veut y semer toute police, y trouver les renfoncements qui brouillent les signaux. Au bout des couloirs, passés les murs, c’est là qu’il fait plus chaud et qu’on parle avec un, avec des accents. Les "doubles-l" deviennent "chhh". Je saisi une bribe qui dit – en un parler de l’hémisphère sud – "agnosticisme civil". L’accent vient toujours de ce qui n’est pas le centre, étranger pour les centralismes. "Ils" trouvent ça provincial, grotesque ; déviance, dénaturation. "… son collier électronique individuel…". Vu du tissu vivant, ce serait prendre ce Centre pour un quelconque véritable cœur qui serait symptôme que l’impulsion, que l’influx se meurt.

note       Publiée le jeudi 11 décembre 2014

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Dioneo › lundi 23 janvier 2017 - 23:48  message privé !
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(Ouais, argh, pas glop). Et ouais, vraiment, hein.

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WZX › lundi 23 janvier 2017 - 23:34  message privé !

Hmmm... Leur site internet est suspendu depuis quelques jours, aussi. Ca semble mal barré !
(Et les voir en concert ça doit être quelque chose, clairement !)

Dioneo › lundi 9 janvier 2017 - 23:45  message privé !
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Argh... 'Tain oui, espérons que la rumeur foute à côté, sur ce coup là. (Parce que ouais... Pas des masses, vraiment).

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dariev stands › lundi 9 janvier 2017 - 23:30  message privé !
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Euh, je sais que ça fait nul de dire ça, mais le bruit court qu'ils se sont séparés. Franchement, j'espère vraiment que c'est faux, que le nouvel album va sortir et qu'il vont revenir jouer, parce que des groupes ça, j'en ai pas croisé des masses dans ma vie...

Dioneo › lundi 9 janvier 2017 - 23:27  message privé !
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(Ah oui, pas tellement nouveau-venu, du coup... Eh eh).

C'est vrai que ce "teaser" faisait vraiment envie, en plus. César quand on s'était causé, avant l'interview, m'avait dit qu'ils voulaient salir la prod', le son qu'ils trouvaient trop net, là où ils en étaient... Je ne sais pas où ça en est. (Et là leur site est en rade, dis-donc - enfin bon, ça peut être provisoire, ça, il me semble me souvenir d'une fois où c'était arrivé un court temps, déjà).

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