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John Cale › Sabotage/Live

cd • 13 titres • 66:35 min

  • 1Mercenaries (Ready For War)7:54
  • 2Baby You Know4:02
  • 3Evidence3:32
  • 4Dr Mudd3:54
  • 5Walkin’ The Dog4:08
  • 6Captain Hook11:28
  • 7Only Time Will Tell2:26
  • 8Sabotage4:26
  • 9Chorale3:49
  • 10Chickenshit*3:35
  • 11Memphis*3:26
  • 12Hedda Gabler*8:12
  • 13Rosengardn Funeral Of Sores*5:43

extraits vidéo

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enregistrement

Plages 1 à 9 enregistrées au CBGB’s, New York, en juin 1979 par Charles Martin. Mixé par Warren Frank, remixé par Jim Jordan et Roddie Hui aux Big Apple Recording Studios. Produit par John Cale.

line up

Dougie Bown (batterie, voix), John Cale (voix, guitare, piano, basse fretless, alto), George Scott (basse), Joe Bidewell (claviers, voix), Marc Aaron (guitare lead), Deerfrance (percussion, voix)

Musiciens additionnels : Jimmy Bain (basse sur 10, 11, 12), Kevin Currie (batterie sur 10, 11, 12), Ritchie Fiegler (guitare lead sur 10, 11, 12), Michael Mason (boîte à rythme sur 13)

remarques

Les plages 10 à 13 (marquées d’un astérisque) sont des bonus à l’édition CD Diesel Motor Records de 1999, absents de la version vinyle d’époque. Les plages 10 à 12 constituaient originellement l’EP Animal Justice (sorti en 1977 sur Illegal Records sous référence IL003). La plage 13 se trouve également en face B du single Mercenaries (sorti en 1980 par Spy Records et I.R.S. Records sous références SPY007/IR-9008).

chronique

Foutaise, cette histoire, ce raccourci : dans le Velvet Underground, Lou Reed aurait été l’âme rock’n’roll, la fleur de caniveau qui cherchait à tout prix à percer, persistant et se nourrissant de l’ordure pour recracher sa poésie et son boucan ; et John Cale le fils d’Europe, cultivé, esprit classique en recherche de corruption, d’électricité, qui se serait mangé le flash et la décharge en rencontrant les autres… Certes : en intégrant le groupe, Cale a dû trouver la concision, l’obligation de serrer le tir, la liberté de jouer "faux" sans qu’on lui objecte que ce serait un parti-pris, aussi, un concept. Ce dernier point n’est même pas certain, d’ailleurs. Car en terme d’expérimentations sauvages, de tout-est-permis, Cale en avait vu d’autres avant le Velvet. Côtoyé Tony Conrad, Marian Zazeela, La Monte Young… Tout le Dream Syndicate : tritureurs de drones, mutateurs d’ondes, de charges, à qui il s'était joint. Les jeux de voltage… Et puis "la culture", il n’est pas difficile de voir, d’entendre ce qu’il en fait, ce qu’il lui veut, tout au long de cette discographie instable, ouverte, multiforme : ce doit être un acide, une pointe, une attache qui pète et cingle en pleine face ; il faut que ça ouvre et mette au jour, éveille ; il faut parfois que ça terrifie ; il faut aussi que ça secoue d’un grand frisson hilare, face à tout, face à la foule, face au gouffre. Ce live de 1979 raconte bien cette histoire là. En formes coupantes et contondantes. Avec des casques de travaux, des choristes au maquillage et au timbre bubblegum. Avec des guitares qui rampent, cabrent, fulgurent. Dans le groove, le noir. Si on en croit ce qu’en disent ceux qui en furent, même en n'ayant pas besoin de tendre excessivement l’oreille : dans la liesse, la dope, l’excès des deux. Cale, paraît-il, ne voulait pas quitter les salles si un seul corps dans l’assistance n’en sortait pas secoué. A voir les images de ces années – de celles qui ont suivi – il paraît clair que tout ça partait trop loin pour leur bien, leurs santés. A l’écouter, on sent l’éclate perpétuelle et l’épuisement qu’ils devaient s’infliger en retour, dans ces tournées qui étaient des raids. Sans jamais cesser de chercher le point sensible, la faille dans le bloc, chaque nouveau lieu investi. Sans jamais rien éteindre ou mettre en sourdine : amplis et encéphales. John Cale, au CBGB’s – salle où avaient débuté Ramones, Television, Talking Heads, Blondie, Dead Boys… tous les cracks et craqués, génies ou brillants abrutis du punk américain d’alors – commence par ce qui doit être une paraphrase de Machiavel, de ses écrits de stratégie militaire. "Les mercenaires ne servent à rien… Une maigre solde qui suffit à leur donner envie de TUER pour vous mais pas de MOURIR pour vous". Et dans l’instant le voilà qui entre sans autre prémisse et précaution : le rock’n’roll, disais-je. Levons un doute, aussi : Sabotage n’est pas une pauvre réponse au Rock’n’Roll Animal de Reed, sorti six ans plus tôt. Sans doute, peut-être même pas un "moi aussi", une tentative de l’égaler. Celui-là éblouit, au vrai, d’un éclat bien plus fou, brut, et finalement plus… Sale. Là où l’ancien complice avait embauché une certaine crème – l’intégralité du futur groupe d'Alice Cooper, parmi lesquels Hunter et Wagner, guitar-heroes flamboyants mais requins de studio, des shock-rockers sachant allumer les stades plutôt que des affamés piaffant dans l'arrière-cour – Cale va chercher des sauvages inconnus. Hirsutes, jeunes et nerveux, minces, l’envie de mordre et de jouir chevillé au corps comme une mission ou comme un parasite. Fin de la parenthèse, allons : ce disque se tient tout seul, brûle haut sans ces comparaisons. Le jeu du nommé Marc Aaron noue des paquets, des embrouilles de riffs pour en faire jaillir l’instant d’après des lignes brillantes, épiques, grandioses si le propos, si la chanson l’exige. Deerfrance – choriste, amie proche de Cale à cette époque – chante seule une sorte d’interlude doux et coloré, confiserie poudrée. Ça raconte paraît-il ses pensées après avoir échappé de justesse à un viol, un camionneur ayant décidé de se "payer sur la bête" après l’avoir prise en stop… Béni Soit Le Perçant Des Escarpins. Partout ailleurs John Cale gueule ou caresse, possédé, crooner. On dirait parfois presque Jim Morrison – celui de la fin, barbu et cramé au bourbon plutôt qu’éclairé lysergique. Il reprend Walking The Dog, avec cette voix ci – une sorte de standard, "novelty-song", hit à moitié comique, soul, rhythm and blues en son temps balancé par Rufus Thomas. Quand on sort le chien, on sait bien que c’est pour qu’il se soulage, d'un trop plein ou d'une raideur… Passons. Juste après, Cale nous conte une fable de défaite coloniale – Captain Hook : l’Inde et l’Empire, les vieux capitaines jamais arrivés, toujours là trop tard, l’attente déçue. Rudyard Kippling se paume dans le Désert des Tartares de Buzatti, il y crève sans fin de malheur et d’ennui ; il chiale sous le port imperturbable – mais ce qu’on entend, ce sont ces claviers cristallins, timbres synthétiques et somptueux, et cette guitare qui fouille le ventre et déchire l’horizon… Il est beau que tout ça – que ce concert – finisse par une sorte de curieux gospel. Qu’ailleurs, les mêmes envoient du groove comme si les Talking Heads (décidément…) s’étaient trompé de quartier, de ruelle, d’impasse. Le cuir, après tout, supporte mieux les éclaboussures que le tissu des costards. Les fanfreluches – rubans, jarretières, crinolines – c’est absorbant autant qu'excitant pour l’œil. "Sabotage"... : on ne prend pas le manche ni la route, sans être persuadé que le monde attend l'accident, qu'on vient le lui infliger. Qu'on le libère, quitte à l’ouvrir béant. On se fout bien, à ces heures, de se faire prendre ou d’y rester.

note       Publiée le mercredi 10 décembre 2014

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Dioneo › mercredi 10 décembre 2014 - 16:28  message privé !
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(Je n'ai pas dit pour autant que ces Inside the Dream Syndicate sont pour autant géniaux de bout en bout, hein, on notera. Même loin de là, évidemment... Après si "le problème" est "bouais, y'a pas de méthode" eh bien... D'une part je dirais que justement, c'est ça la méthode, en l'espèce, admise et revendiquée ; et que si ça signifie "y'a pas de justification/soutenance devant jury pour valider", encore une fois, pour moi c'est vraiment, mais alors vraiment pas un souci en soi).

Dioneo › mercredi 10 décembre 2014 - 16:22  message privé !
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Hum, pas d'acc'... (Suis en train d'écouter le Volume II de la série, j'en parlais justement dans le topic "je pense à voix haute"...). C'est certes "free form" - et probablement que ce sont en grande partie des enregistrements à la base destinés à servir de "base", des sortes de répètes, pas des trucs en tout cas prévus pour faire des disques - mais je leur trouve des moments prenants. "Pas de processus", hmmm... Oui, bon, mais c'est pas l'idée, je crois. Et si ça veut dire "on s'est pas fait chier à inventer un concept à posteriori pour dire qu'on savait ce qu'on faisait alors que c'était en impro totale" ben... Moi ça me va. Par ailleurs rockère oui - vu mon pavé-chronique en grande partie sur le thème je vais pas dire le contraire - mais là encore, Cale n'a pas attendu les "avant-gardistes américains" pour rencontrer les musiques "savantes", classiques, contemporaines. C'est sans doute pas le seul - surtout vers cette époque - dans ce cas mais : il était passé par là AVANT tout le reste dans sa "formation", le gars. Ça ne remets pas du tout en question la sincérité avec laquelle il a pu embrasser le rock, d'ailleurs, à l'écoute c'est évident. Mais il y a "ça" - l'académie en péril, comme il dira ailleurs - AUSSI, dans ce que fait le gars, et ça ressort régulièrement, pas comme un caprice/pétage de câble, à mon sens.

Alfred le Pingouin › mercredi 10 décembre 2014 - 16:04  message privé !

Je l'ai dit, et je le répète, les albums "expérimental-drone" de Cale sortis chez Table of the Elements sont bof. Sont violents, super "en avance" (j'aime pas dire ça), mais ils sont bordéliques, pas de processus, c'est de la bouillie, et j'y trouve moins d'intérêt que dans ses collègues La Monte Young, Conrad, Palestine, Riley et tout à la même époque. Pour moi c'est un rockère qui a juste pété sa durite par un autre chemin.

Dioneo › mercredi 10 décembre 2014 - 15:51  message privé !
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Oulah ! "Tous les John Cale" ça fait... Peur. Insaisissable, oui, comme tu dis, le mec. Et tout ne me cause pas toujours, perso, même si en effet je trouve bien dommage que "le public" s'intéresse moins à lui qu'à ses anciens compères Loulou et Nini. Parce que bon, entre ses trucs drone avec le Dream Syndicate (LaMonte young etc. donc - au début/milieu des années 60 hein !), ses disques de pop raffinée-sardonique, le brulots rock comme celui-là... Sans compter tous les excellents disques, souvent bien singuliers sur lesquels il était producteur (Nico justement, les Stooges...), ben... Y'a de quoi se dire qu'il y a de quoi faire !

Et le bassiste sur ce live a été un Contorsions, oui. Le batteur Dougie Bown a un sacré parcours aussi, tiens, passé souvent par le trio d'Arto Lindsay et par... Optical*8, le groupe de bruit taré nourri au prog d'Hoppy Kamiyama... On va dire qu'il a AUSSI, ou en plus, souvent choisi ceux qu'il fallait pour faire ce qu'il entendait.

dariev stands › mercredi 10 décembre 2014 - 14:10  message privé !
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aaah purée comment que ça fait 10 ans que je le cherche celui-ci ! Bon, ben maintenant t'es obligé de faire tous les John Cale, haha ! ça m'arrange au final, car ce type est insaisissable. Viendra le temps où il sera vraiment redécouvert et cultifié lui aussi, après Reed et Nico. Pas le jour où il va clamser svp, avant. (hum, il avait déjà embauché un des mec des Contorsions visiblement... clair que c'est à peu près le contraire de "Rock'n'roll animal")