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Radikal Satan › La Fièvre Noire

cd | 6 titres | 35:25 min

  • 1 Prisionero Del Vino [15:17]
  • 2 Barcelona [6:13]
  • 3 L’Astronomie Domestique [2:52]
  • 4 Au Collège [2:16]
  • 5 Prohibido [6:36]
  • 6 Les Gouttes [2:11]

enregistrement

Non renseigné.

line up

César Amarante (contrebasse, guitare, voix), Mauricio Amarante (accordéon, synthétiseur, voix), Thomas Bonvalet (guitare électrique, banjo, percussion), Johnny Bourguine (percussion, bandes)

remarques

Tous les albums de Radikal Satan sont disponibles en téléchargement légal et gratuit – en mp3 320kpbs – sur le site officiel du groupe (voir lien ci-contre).

chronique

"Prisonnier du vin"… Quelle entrée en matière. En voilà, une manière d’amorcer l’ambiance. Mais après tout c’est juste : pour se défaire de l’ennui, des diktats d’une raison rigide, on s’enivre, on cherche le dérapage, le lubrifiant qui fait sortir du rail. Et on tombe dans une autre routine, addiction. On crache à la gueule de la trouille, on lui rit au nez ; et puis venu le soir, on vit dans la hantise. Rendez-vous avec le sol. La barre au front, le lendemain, l’étau sur les tempes, le marécage qui se meut au fond des tripes. Espérons que cette fois l’envie ne reviendra pas trop vite – avec son air de manque, à vrai dire, de besoin. Au moins le corps se tord, continue de ne rien approuver… Radikal Satan creusent. Cette plage est longue. Languissante, poissée, collée. On dirait bien que le rythme n’y est pas marqué par une batterie à proprement parler mais sur des bouts déglingués de métaux, quelconques déchets industriels. La mesure glisse et s’étale, tombe et reste immobile. La musique repart, une rotule de plus en vrac. La notion de progrès, d’avancement, de conquêtes serait à mon avis impropre, en parlant de ce groupe – j’essayerai ailleurs, bientôt, de dire pourquoi je le crois. Simplement : hors-sujet. Qu’elle soit changeante au grès de l’heure, selon que tel ou telle se joigne aux frères Amarante, c’est indéniable. Qu’elle doive beaucoup à l’heure où ils là jouent, qu’ils sachent viser juste dans l’apparent tumulte, en plein déphasage, ça ne fait pas de doute. Car ces gens ont des cibles et des points, des lignes de fuite. Des tactiques, une stratégie, pas seulement la folie qui permet de les déjouer et qu’elles ne se figent pas. Ici c’est la fièvre. Et le temps, donc, l’hallucination, la vision, s’étirent. Son autre nom serait stase. Et ses mouvements soudains, ses enchantements de vertiges sont comme des envolées au-dessus de soi-même, convalescent, alité, entre deux eaux – dans l’obscurité qui flotte entre vie et trépas à ce moment là de la nuit. La damnation est une condition où l’on ne peut pas se laisser sombrer… Trève de. Le disque précédent annonçait la peste. Il est normal qu’à son sortir, les viscères se trouvent engorgés, prêts à éclater. La fièvre… Il faut en sortir ou pour de bon y rester. Les cris de César Amarante n’ont pas souvent – il n’est pourtant pas du genre tranquille, le bougre – sonné si ravagés, exaspérés, protestation contre la douleur. Les changements de la battue sont plus violents, peut-être, plus fréquents. On s’éveille dans les draps où la sueur est encore chaude. Instant de lucidité : un réveil tique et taque, le monde est clair. Des voix d’enfants dans un collège. Ils rient bêtement et récriminent et s’amusent de lire le mot "poil". La voix de la jeune femme qui les appelle a l’air impatiente et jolie. L’existence a de drôles de traits, merveilleusement grotesque, ridiculement attirant. On ne va quand-même pas y passer cette fois ci. La Fièvre Noire est peut-être bien l’un des disques de Radikal Satan les plus chaotiques, tourmentés. Il désorbite les marches – au pas on ne va qu’au fer, même quand on vous le désigne comme le Feu. Il désaxe les tarentelles – on se rappelle que le mot viendrait de "tarentule", pour certaines tradition, que la transe en faisant courir le sang voudrait le nettoyer, lui faire achever la combustion du venin en prenant de cour l’Ombre qui suit. Le jazz s’en est un peu allé – sauf dans cette contrebasse, où il enfle à s’en faire mal, où il vibre en traînées. Cet album, aussi – me semble celui où les moments de douceur sont les plus caressants, les plus… Apaisants. Surprenants parce que survenant en accès de fraîcheur – pour cette fois dénués de la frénésie érotique qui met le rouge aux chairs, ailleurs chez eux. Le sol se dérobe encore. On se sent choir au fond, on ne sait plus que viendra l’aube. Courte absence au dedans. Dehors, il paraît que ça court, que ça grouille ; que les amis sont passés, repasseront ; qu’il reste des Moloch et des Némésis ; qu’il ne faut pas croire les mythes quand tout y est trop parfait, justifié. C’est encore un son de métal qui fait ouvrir les yeux. Familier, ravissant, sans fracas ni manières. On a changé les draps. Le bord du lit est solide, les pieds, quand on se redresse et qu’on se tourne d'un quart, retrouvent vite l’assise. Le mercure est retombé. Quelques jours, au vrai, ont bien dû passer. Derrière la vitre, il appert que c’est l’hiver. De toute façon tôt ou tard il faudra bien encore sortir.

note       Publiée le samedi 6 décembre 2014

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