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Radikal Satan › Visite du Soleil à Satan

cd • 8 titres • 44:59 min

  • 1La Poupée2:13
  • 2Nazimova5:44
  • 3Santo Señor De Las Tinieblas6:40
  • 4Genital Panik6:11
  • 5Outta my Head6:37 [reprise de Iggy Pop]
  • 6Fantasia Bailable6:19
  • 7Minicumbia2:08
  • 8Satanika9:07

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Bordeaux. Remixé à Paris sur 4 pistes. Montage final fait à Bordeaux avec Eric Martinez. Plage 8 enregistrée live à Bordeaux le 4 décembre 2002.

line up

César Amarante (contrebasse, voix, percussion, synthétiseur), Mauricio Amarante (Momo Amarante) (accordéon, voix, percussion, synthétiseur), Chichi Vlatko (violoncelle, percussion, synthétiseur)

Musiciens additionnels : Johnny Bourguine (Johnny Burgin) (batterie sur 3, voix sur 6), Glen Or Glenda (remix sur 8)

remarques

Tous les albums de Radikal Satan sont disponibles en téléchargement légal et gratuit – en mp3 320kpbs – sur le site officiel du groupe (voir lien ci-contre).
La plage 5 – reprise du Outta My Head de Iggy Pop – est également présente sur le disque 10" sans titre sorti conjointement en mars 2003 par les labels Les Potagers Natures et Galerie Pache (PoNa010/PCH02), compilation où se trouvent aussi des titres d’Afripon, Erez Martinic et Hapi Uiz Et Son Ami.

chronique

Styles
folk
gothique
noise
ovni inclassable
world music
Styles personnels
treille noire, nuits blanches

Voici le tango des morts, la milonga des zombis… Où bien est-ce la danse déboussolée des vivants, au contraire, ceux qui veulent échapper ? La marche des insomniaques, toujours. Celle qui titube et ruse, zigzague, tâtonne et déjoue. C’est un mouvement contraire et naturel… Les frères Amarante – noyau du groupe, seuls membres permanents – résident à Bordeaux. Deux Argentins qui ont passé l’océan, l’équateur. Peut-être est-ce pour ça que leur musique est renversée : pour retrouver le Nord et les saisons ? Peut-être pour un moins nostalgique, pour un moins résigné dessein. Dès ici en tout cas Radikal Satan – quel foutu nom de génie se sont-ils trouvé – jouent la nuit des musiques latines, nous entraîne dans ses recoins les plus louches, dangereux. Ce sont des tangos dévoyés, donc – retournés aux coulisses des claques, aux maisons d’invertis qui sont aussi leurs origines ; mais pas seulement, mais au delà : dans les terres ; au chamamé, peut-être bien, forme impure, mêlée, espagnol et guarani (et d’autres sangs sans doute, réfugiés, exilés sur ces mêmes terres) ; aux cérémonies métisses, quarteronnes, octavonnes, de toute façon mulâtres pour les conquérants, "païennes" pour Rome, ses pontifes, ses disciples d’un côté ou de l’autre de l’eau – dans toutes les Amériques du sud, la caraïbe ; parfois c’est une espèce de cumbia déréglée, de procession ou de ronde de candomblé… Souvent c’est du cabaret parasité, rongé – même quand Iggy Pop y passe, il attrape cette fièvre de tropique : maligne, qui sculpte le corps en dur et fait luire les peaux en jaune papyrus, en rose droséra, en incarnats brûlants. Ce nom n’est pas pour rien : Satan. L’adversaire, le poison, celui qui tire hors de l’acceptation – parce qu’il ne faut rien laisser en place : de part en part tout l’Ordre est mauvais, de quelque point du globe qu’on le prenne. Toute fête doit s’abîmer pour redevenir vraie. Toute orgie est sale, laisse des traces, des taches à ce qui s’y renverse et s’y mélange, s’y apparie, s’y pénètre et s’y heurte. Tout rituel est rire exaspéré, hors d’haleine, crise. Satan, ici, n’est pas un grotesque Méchant cornu. Il est plus qu’un symbole. Un principe mais pas mort, figé. Une maladie vitale, une brûlure. Il ne fait déjà pas mystère, sur ce premier disque, qu’il est l’ivresse qui travaille les tripes et fait vriller les têtes. L’ivresse du vin noir ou or : qui alourdit ou bien énerve, qui pousse à crier. Radikal Satan, c’est sûr, empruntent au surréalisme son sens de l’essentielle, inéluctable panique. Sa hantise. Mais sûrement aussi remontent à ses racines, prennent aux traditions populaires qui peignaient les démons en couleurs et en formes, en imaginations sans fin – ceux qui, faisant des images de terreur, fabriquaient secrètement (fut-ce sans doute parfois en dépit d’eux-mêmes) des fétiches : attirants, excitants. L’image de pochette même – magnifique scène de plâtres plaqués de dorures, de pellicule couverte de pigments au pinceau ; armée de squelettes et cour grotesque, au devant ; détournement au verso, collage, galipette obscène, posture qui exhibe. A l’image première – celle au fronton – on prête d’ailleurs plusieurs provenances. Il semble qu’on attribue quelquefois le cliché à George Méliès. Il est probable qu’il soit plus ancien, part d’une série de vues stéréoscopiques anonymement mises en circulation sous le second Empire ; toutes déclinant ce seul sujet : le Diable en ses pénates, bourgeois dispendieux, propriétaire jouisseur qui organise des bals, des flirts qui se trament dans les squares de son domaine ; et une vie quotidienne : approvisionnement au marché, patinage, entretien de la chaudière ; conférences, cocottes, crinolines ; et puis tribunaux, tortures… Révoltes. César Amarante, à plusieurs reprises, sur plusieurs plages, hurle ce nom, s’égosille : Lucifer ! Mais ce n’est pas un monarque qu’il réclame, vraiment, qu’appelle tout le groupe, toute la bande. C’est la crevure de l’abcès, la sortie du cauchemar qu’ils invoquent, implorent – exigent, surtout – tout en disant l’un de ses noms, volontairement Contraire. Cette musique intranquille, agitée, soubresaut, est en substance profondément anarchiste, indocile. Ses voltefaces et ses questions qui gênent sont contagieuses. On aura plus tard des indices plus sûrement prononcés qu’elle se nourrit de pensées, d’écrits subversifs, que s’y abandonnant, ceux qui la jouent attaquent dans tous ses jours, ses défauts, à tous ses flancs et comme une ombre sur son front la servilité veule, la tacite complicité avec "le train où vont les choses". Cette première charge – et décharge, explosion – est encore toute fougue, foison, pouls emballé. Les frères – avec ou sans camarades passagers et fidèles – trouveront bientôt pour leur musique d’autres vitesses, une lourdeur de poisse, la glu où l’on rumine. Ici c’est un acide qui court, flanque le Mal des Ardents. Il s’ingère les yeux ouverts et à gorge blindée.

note       Publiée le samedi 29 novembre 2014

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Dioneo › dimanche 10 juillet 2016 - 05:07  message privé !
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Celui-là par exemple, mais encore un peu plus Viento del Este Agua Como Peste et Av Froid Qvi Fait Rovgir, tous les deux fantastiques - à tous les sens du terme, vraiment. (Après j'aurais tendance à conseiller de choper toute la disco, vu qu'en plus elle est dispo à l'œil en 320kbps sur le site du groupe). Et puis évidemment, y filer dès qu'ils passent en concert près de chez toi, si ça se présente... Perso j'avais découvert comme ça et ç'avait été une foutue claque.

Rikkit › dimanche 10 juillet 2016 - 00:31  message privé !

Vous conseillez lequel pour decouvrir ?

Dioneo › vendredi 5 décembre 2014 - 15:22  message privé !
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Oh ! Un adepte de plus... (Bah de rien). J'avoue que je ne m'attendais pas forcément à ce que ce groupe plaise autant dans le coin ! Mais tant mieux hein, y'a... Beaucoup de raisons pour, faut dire. Et "addictif" c'est bien le mot, oui. Difficile d'écouter un seul disque "à la fois", avec eux, quand c'est lancé... Vraiment.

necromoonutopia666 › vendredi 5 décembre 2014 - 14:35  message privé !

Amoureux je suis.J'ai téléchargé leur disco sur leur site, Et je doit bien avouer que c'est un des groupes les plus géniaux et addictifs que j'ai pu écouter depuis pas mal de temps.En tout cas Merci Dioneo pour la découverte.

Note donnée au disque :       
Wotzenknecht › jeudi 4 décembre 2014 - 17:27  message privé !
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Mais dites-moi c'est hautement écoutable cette affaire-là ! M'en vais tout télécharger, tiens.