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Rhythm & Sound › w/ the artists

cd • 8 titres • 50:20 min

  • 1King In My Empire (w/ Cornel Campbell)6:26
  • 2Queen In My Empire (w/ Jennifer Lara)6:09
  • 3Jah Rule (w/ Paul St. Hilaire)
  • 4We Been Troddin (w/ Shalom)7:03
  • 5Mash Down Babylon (w/ The Chosen Brothers)6:19
  • 6Music Hits You (w/ Jah Batta)5:11
  • 7Best Friend (w/Love Joy)6:46
  • 8Making History (w/ the Chosen Brothers)6:26

extraits vidéo

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enregistrement

Non renseigné.

line up

Mark Ernestus, Moritz Von Oswald

Musiciens additionnels : Paul St. Hilaire (voix et guitare sur 3), Cornel Campbell (voix sur 1), Jennifer Lara (voix sur 2), Shalom (voix sur 4), The Chosen Brothers (voix sur 5 et 8), Jah Batta (voix sur 6), Love Joy (voix sur 7), Jerry Harris (guitare sur 6), Tayo Twinsound (percussion sur 5 et 8), Jonas Schoen (vents sur 5)

remarques

Ce disque regroupe sur un CD - ou un vinyle 12", selon les versions - les faces A des maxis 10" sortis précédement par le label Burial Mix, sous les références BM-06 à BM-13.

chronique

Il y a du souffle. Celui des machines : bruit témoin, preuve qu’elles sont sous tension, dans leur état d’éveil artificiel ; synthétiseurs, banques de sons, mémoires numériques, circuits analogiques ; diodes qui indiquent : créez et véhiculez, je garde trace ; j’enregistre. Celui de ces hommes et quelques femmes dans le studio. De leur chant, de la déclamation, des poèmes. Le studio est en Allemagne. Les deux types derrière les consoles sont d’ici. Leurs boucles ont la couleur de ces rues, de leurs brumes, de leurs asphaltes, l’odeur des fumées noires, le froid des constructions en verre. Les gens aux micros viennent de plus loin. Jamaïcains, Dominicains. Chanteurs, toasteurs, aèdes. De passage, en exil, en partance. Loin. Tous enveloppant sous leurs manteaux l’éthique rasta, les mots, légendes, croyances, généalogies. C’est une rencontre. Dans l’espace entre ces points, ces lignes : ceux-ci, ceux-là, s’entendent, se comprennent dans l’inouïe profondeur du son. Nocturne, pleine, pulsée, plastique. Au vrai, il n’y a presque rien. Rien de neuf en parole. A la place : un conviction ancrée, tenace, têtue ; de l’extérieur, qui peut sidérer par son inamovible ; rhétorique rastafarienne, donc, les vieux thèmes : Babylone la Corrompue, les Saints Guerriers de Sion, les versets qui guident les Affranchis, l’Afrique comme destination vraie, secrète, à eux révélée entre les versets… On connaît ça par cœur, depuis quarante, cinquante ans et plus. Les deux premières plages sont même deux récitations du même texte, à un mot près : Roi ou Reine, selon – comme en miroir – planent dans l’extase et le détachement mystiques, illuminés et isolés au-dessus de la Cité Damnée, de ses marchands et de ses espions, des cohortes vampires et fliques. Même quand l’histoire fait un détour par le thème sentimental, c’est le mal qui rampe, la trahison ; c’est encore – à distance intime – la vertu qu’offensent les traîtres ; d’elle aussi la victime, la martyre, veut se tenir digne et magnifique, transfigurée d’ors, nimbée de lumière, souffrante mais stoïque… En musique, il n’y a pas plus. A chaque titre une basse simple – mais énorme, dilatation/rétractation vitale qui emplit tout – sur deux notes, une seule. Un motif rythmique roulant, tourné, nu. Une séquence d’accords rares, balancier qui répond impassible sur les temps pairs. Parfois une guitare ou une percussion lointaines, flottantes. Entre tous – comme un souffle, disais-je, comme un fluide, l’esprit dans cette mécanique – il y a, qui circule : le dub. Échos interminables, reflets sur ce presque-rien. Révélateur des creux, enlumineur des pics. La substance qu’ils partagent, dont ils se rassasient ; où circulent leurs paroles, les idées ; air qui porte leur voix et que brasse leurs mouvements. Mark Ernestus et Moritz Von Oswald ont l’habitude – ailleurs, sous l’alias Basic Channel ou Maurizio – d’épandre dans l’atmosphère une musique électronique minimale à l’extrême. Hypnotique, obsédante, addictive. Désertée. Paradoxalement physique. Le contraire à priori du dub originel – celui venu du reggae, des studios fournaises de Kingston. Pourtant, celui-là, ils le connaissent par cœur. Et à l’écoute de leurs disques sous ce nom de Rhythm & Sound, l’évidence saisit de tout ce qu’il y ont pris : ce sens de l’épure, de la soustraction qui crée les proportions incroyables, qui agrandissent le moindre détail subsistant jusqu’à l’effrayant, jusqu’au merveilleux. Il est tout logique, au fond – contre l’impression contraire que se réuniraient deux partis exogènes – que le contact s’établisse si bien, que ce disque soit une telle réussite. C’est qu’ici – comme sur d’autres albums qui comme le ci-présent regroupent en fait des maxis, des E.P. sortis plus tôt par les deux Berlinois avec des vocalistes invités – les productions de Rhythm & Sound comprennent et respectent pleinement l’esprit de cette musique. Le dub, donc. Même : ils en poussent à l’extrême les partis-pris, les préceptes, en continuent simplement l’histoire. Surtout – comme l’ont toujours fait ceux qui la façonnaient – ils l’adaptent, la nourrissent de leur environnement propre, la gorgent des matières et des teintes spécifiques à leur lieu, les absorbent et les distillent, les raffinent jusqu’aux essences. C’est une autre ère, un autre secteur de la même tradition, de la même pratique, de la même… Perception. Peut-être est-ce l’étrangeté de ce nouveau climat – aux racines d’avant, aux places d’origine du même geste – qui fait sonner si vive et habitée cette poésie en strophes pourtant immuables, cette version sans cesse remise des évangiles et de l’apocalypse, de la genèse, des commentaires. On n’est toujours pas obligé d’adhérer aux propos, d’avaler la doctrine. Mais dans le vide que creusent et qu’enflent Ernestus et Von Oswald, dans ces atmosphères qu’exhalent leurs frustes constructions – avec ce grain, disais-je, ce gain réglé trop haut pour que ne se fasse pas entendre le souffle électronique ; c’est à ce prix que tout sonne – il serait difficile de nier la force que prennent ces dires, ces professions et prophéties ; tout autant impossible de ne pas en entendre l’inespérée chaleur, la fluide musicalité en quoi ils s'ébrouent, encore, dans cette vastitude presque sans fond où chaque choc, chaque impulsion résonne toute sa dimension.

note       Publiée le jeudi 27 novembre 2014

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Dioneo › vendredi 28 novembre 2014 - 17:24  message privé !
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Il peut tourner... ça l'use pas.

Rastignac › vendredi 28 novembre 2014 - 17:06  message privé !
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Un de mes disques préférés de dub! L'a tourné cui-là à un moment...

Dioneo › jeudi 27 novembre 2014 - 14:54  message privé !
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Eh eh, merci pour elle. Et See Me Yah est extraordinaire, ouep. Je suis encore en train de le réécouter d'ailleurs, et je tarderai pas à en parler plus longuement. Encore plus minimaliste oui... Et pourtant il me lâche jamais de bout en bout.

pampa › jeudi 27 novembre 2014 - 12:01  message privé !

Je suis un peu resté bloqué sur le diptyque introductif mais ta belle chronique me donne envie de (re-)explorer le reste... Je me souviens juste que j'avais été moins convaincu que par d'autres d'eux sous cet alias, See Mi Yah en premier lieu, qui est d'une épure et d'une pureté incroyables, comme s'ils avaient distillé encore et encore leur dub jusqu'à obtenir l'essence même de cette musique (et même si, comme tu le soulignes dans ta chronique, le dub de Rhythm & Sound se nourrit fatalement de Berlin, donc d'un lieu aux antipodes de celui qui a vu naître le dub originel...) Merci pour ta chronique en tout cas, Rhythm & Sound manquait ici, et tu en parles très bien.