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Lifelover › Pulver

cd | 12 titres | 42:56 min

  • 1 Nackskott [3:19]
  • 2 M/S Salmonella [5:02]
  • 3 Mitt Öppna Öga [3:34]
  • 4 Kärlec-Becksvart Melankoli [4:47]
  • 5 Vardagsnytt [2:52]
  • 6 Avbrott Sex [2:09]
  • 7 Stockholm [4:15]
  • 8 Söndag [3:18]
  • 9 Herrens Hand [2:47]
  • 10 Medicinmannen [0:46]
  • 11 Nästa Gryning [6:27]
  • 12 En Sång Om Dig [3:40]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré en avril/mai 2006.

line up

B (guitare, basse, piano, paroles, voix parlée), LR (paroles), 1853 (voix supplémentaires, paroles), ( ) (voix, guitare, paroles, voix parlée)

chronique

Ce qui frappe, d’abord, ce n’est pas une violence brute. C’est peut-être même l’impression qu’il y a erreur, maldonne voire tromperie. Lifelover, qu’on nous donne – mais qui, après tout ? – comme un groupe de black metal – fut-il dépressif et suicidaire (ajoutez où vous voudrez des majuscules à l’étiqueteuse si ça vous chante) – prend finalement, sur la forme, assez peu au genre. Même : pour qui s’attend à y trouver ça, exactement, exclusivement – ou même tout court, à première écoute – un dégoût peut saisir. Pour ce piano qui double certains riffs. Pour cette production étrange, par places bourbeuse, ailleurs absolument limpide, indécemment pour qui cherche la crasse, la puanteur faite son, la fête de la charogne. Ici c’est plus terne. Ça peut même paraître tiède – le son donc lisible mais en quelque sorte mis à plat ; plutôt gris-morne que noir profond. Avec pourtant cette réverb omniprésente qui l’habille, le fait luire, l’enveloppe, en floute les arrêtes qu’on voudrait saillantes, en engourdit le grain où l’on voudrait s'abraser. Il y a dans cette musique, lâchons le mot, quelque chose… "d’émo". Versant khôl, oui, versant ex-adolescents aux poignets tailladés. Mais aussi, presque en même temps, un doute point. Et un malaise véritable. Pour cette voix qui vient trouer, déchirer, nimber de purulence et de caillots rouges-noirs ces chansons au penchant mélodique jamais renié, évident, cette malice de nous servir de la ritournelle qui colle au crâne. Un cri aliéné. Pas le délire explosif, libérateur. Pas l’appel à la Bête Salvatrice. L’écho plutôt des institutions où l’on confine ceux qui craquent ou qui ne peuvent plus : servir, fonctionner, suivre le pas. Un organe de fureur et de terreur épuisées. Le mal même pas larvé mais tellement habituel et sourd, qui ne peut pas sortir, qui ne trouvant pas la crise en fait une condition permanente d’existence. C’est grotesque, oui ; effrayant, si on l’entend – chaque fois je pense à Bethlehem sur leurs deux albums à squelettes de cheval (Dictius Te Necare et Sardonischer Untergang im Zeichen Irreligiöser Darbietung alias S.U.I.Z.I.D.) ; à ceci prêt justement qu’ici la musique, elle, ne semble pas d’abord déraper dans la démence. Aussi, pourtant… Le soupçon s’avance, rampant, que le nom du groupe n’est peut-être pas si con qu’il en a l’air, pas une simple stupide antiphrase, une plate provocation ; qu’il serait peut-être encore d’avantage littérale, frontal dans son ironie. "Qui aime la vie"… Cependant toutes les chansons – les paroles sont là de bout en bout en suédois, mais on en trouve très facilement la traduction anglaise, du moins – parlent de se l’ôter, de l’enlever à un ou une autre ; de violence tournée contre soi ou un tiers, une victime comme une autre ; de sexe sans envie, animal seulement parce qu’il est un réflexe ; ou pire : figé en routine ; ou plus encore : en suite de tentatives sans conviction, la succession maniaque, désespérée, de plus en plus atone et précipitée, de mises hors et sous tension pour tenter de relancer une machine manifestement brisée, avec au fond la certitude d’une avarie irréparable. Pulver – la poudre : à canon, de poussière de béton ; le pollen, la cocaïne ou d'autres substances de relâche temporaire – collecte ces moments de ressassement. Entre deux défonces donc : prise quotidienne d’ordonnance ou sabordage sauvage, velléité de s’expulser de soi, de l’apathie faite chair, élan sans vigueur centrale – il n’y a plus de centre, plus de ventre, plus de nœuds qui articulent et tiennent, seulement un brouillement de nerfs défaits et de boyaux froids – mais qu’on s’inflige avec une sauvagerie de saccage ; des fois que, au cas où, sait-on jamais. C’est l'extinction continuée, l’instant ruminé, sans arrêt remis, d’en finir ; de s’étancher enfin : dans sa propre hémorragie, donc, ou celle d’autrui. Mais… "Lifelover". Celui, celle, ceux qui aiment la vie. Ce qui fait mal, c’est ce qui est perdu. La nostalgie est abîme aveugle, la tristesse anesthésiée, la passion ruinée, ruine. On entend plusieurs fois des samples de coups de feu, à une reprise au moins suivie de cris de panique. C’est un cliché ? C’est un moyen vaguement et tout le temps espéré : de quitter le cercle, l’immobile. Au bout de la première plage il y a cette chanson enfantine, primesautière ; renseignement pris, le titre en est Bom Sicka Bom ; il semble qu’elle soit prise à la bande son d’un film et d’une série télévisée pour les gosses - Emil i Lönneberga – aussi célèbre en Suède que, disons, Belle et Sébastien ou La Petite Maison dans la Prairie ou Heidi chez nous ; une fantaisie pastorale, euphorique, rassurante, tirée des œuvres d’une certaine Astrid Lindgren (auteur également du cycle des aventures de Fifi Brindacier) ; ça pourrait peut-être bien se traduire à peu près par Clop-Cata-Clop. J’ai tout de suite eu l’impression que c'était plus que la sale blague annoncée, cette incongrue rupture de ton. Que c'était bien pire. L’ombre vivante – elle seule vraiment – d’un regret. Le souvenir, l’espoir lointain et haï – car alors il faudrait recommencer à se cogner aux mouvements du jour, à sentir les coulées qu'on saigne – d’un temps avant ou hors de cette anosmie, de cette agueusie partielle où ne filtrent que le saumâtre du vomi, l’odeur de détergents industriels aux couloirs des écoles, aux coursives et aux quais des transports sous-terrains, aux carrelages des hôpitaux, aux rues des quartiers dortoirs. Dans sa grisaille – finalement très coldwave, très gothique malade, romantisme qui s’est violemment, sordidement renié – ce disque a de ces brefs éclairs ; des reflets qui moins d’une seconde, une poignée de celles-ci, percent l’œil ; l’agressent et font se cabrer le sens, comme cette femme sur la pochette et dans le livret ; avec son physique de déesse nordique de la fertilité ; ou de star du porno à budgets alternatifs ; ou de simple paumée à la plastique tentante, au visage écorché réellement et à la chair couverte de sang factice. Le contraste est grossier, à dessein. L’image, l’instant, la page d’après, replonge dans le demi-jour, l’heure interminable du crépuscule glacé. Il n’y a plus de mousse au mur, de pelouse ou baigner dans la rosée, le frais cresson bleu. Seulement des passages qui mènent à d’autres impasses. Ce disque entre lentement. On y revient comme pour en déjouer l’ennui premier, la sensation gênante de ne pas l’avoir complètement entendu. On se rend compte assez vite que si, de fait : il sombre. Que ses dernières plages ont basculé du fantasme à la folie (cette voix qui chiale et rage, cette fois pour de bon perdue pour toute raison, noyée dans les brumes de riffs, portée par les bouffées du piano exalté, sur Nästa Grying…). On s'aperçoit qu'à vrai dire le son en est rongé, délité. Qu'il était dès le début infecté (il n'y a qu'à réécouter MS/Salmonella et ses ralentissements...). Le regard de la fille est bleu acier. Son pubis, sous les rigoles, épilé en bande étroite, façon ticket de métro. Il y en a une dans l'une des scènes qui crache dans l’œil ouvert du narrateur – et cette tournure est peut-être bien une blague salace, après tout. La pâle et pleine blonde semble attendre, en paix et poissée au pied d’un arbre. En ville, l’existence échappe ; ceux qui voudraient l’aimer, la toucher encore, enfin, cherchent la flamme étouffée qui ranimerait l'aurore ; et le désir en eux sans cesse se mord la queue : d’étreindre cette vie ou bien de l’arracher.

note       Publiée le lundi 17 novembre 2014

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microbe666 › dimanche 4 janvier 2015 - 15:07  message privé !

ça fait aussi énormément penser à woods of infinity

Kagoul › vendredi 21 novembre 2014 - 16:43  message privé !

Fabuleux ! tout ce que j'aime réuni en un album :-)

Note donnée au disque :       
Demonaz Vikernes › vendredi 21 novembre 2014 - 13:12  message privé !

Pour plagier un commentaire lu ici : "2/5 pour l'album, 0/5 pour la syntaxe". Pouh :x

Note donnée au disque :       
Twilight › jeudi 20 novembre 2014 - 21:57  message privé !
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Commandé aussi...Les références à VP et JD me parlent, de même que l'aspect écorché...En plus si l'ami Stankey goûte le produit, je me fie à son jugement, nous avons beaucoup de goûts communs...

Dioneo › jeudi 20 novembre 2014 - 20:04  message privé !
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J'ai pas une tête à chapeaux.

(Et puis habeas corpus, tout ça...).

Non mais tant mieux pour la découverte, en vrai, et que tu ne sois pas resté sur ta première impression "bof". (En plus tu fais monter le cour de mes actions pulver.inc, là, et ça c'est cool).