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Ash Borer / Fell Voices › Ash Borer / Fell Voices

vinyl 33t • 2 titres

  • Ash Borer
  • 1[sans titre]
  • Fell Voices
  • 2[sans titre]

enregistrement

Ash Borer : enregistré au printemps 2010 par David Andrews, mixé par Andrew Oswald. Fell Voices : enregistré, mixé et masterisé par Jonah Strauss au Shipwreck Studios.

remarques

Première édition sorti en cassette, en 2010 par les deux groupes. Deuxième édition - chroniquée ici - masterisée par Dan Randall au Mammoth Sound Mastering, sorti en 2011 par Eternal Warfare et Gilead Media.

chronique

Styles
metal extrême
black metal
Styles personnels
cascadian black metal

"Hipster, joli hipster, qui est le plus joli d'entre moi ? ai-je la bonne moustache ? est-ce que j'arrive à te haïr assez ? etc.?". En voilà de jolies questions rabâchées par ma tête à chaque fois que je me balade en capitale françoise. Mais d'où sort cette manie barbesque ? Jules Vallès a-t-il envouté l'âme de ces jeunes gens qui se barbouillaient de coups de bic jetables il n'y a pas si longtemps ? Gambetta, es-tu là ? Vous voyez où je veux en venir, si vous avez déjà été initié par le tag "atmospheric black metal" : les deux groupes cités ici rentrent effectivement dans une frange - ahah - particulière du black metal, alias une étiquette "cascadian" que vous trouverez chez Wolves in the Throne Room ou Altar of Plagues et qui a le don d'irriter sur nombre de papiers que j'ai pu lire au sujet de cette scène - cf. notamment l'élogieux "Cascadian Metal is Bullshit" qui n'est pas une chanson d'Anal Cunt mais bien un article d'un Tim Hunter sachant chasser. Il m'a fallu donc passer outre mes interrogations pilophobes de barbophile complexé pour me lancer dans l'écoute des disques de Ash Borer et Fell Voices, en travaillant sur des préjugés enveloppant la doxa métallique, pour me concentrer sur ce qui me botte quoi : la muuuuusiiiiiqueuh ! Les deux groupes présents sur ce split album ne sont pas interchangeables, mais presque : un morceau par face, sans titre, sortis d'abord sur cassette puis sur LP. Nous y écouterons de longues plages de trémolos black metal très tristounets et surtout très répétitifs qui pourront rebuter les lecteur allergiques à Steve Reich, ou détestant écouter le ronronnement d'une voiture ou d'un train sur ses rails car presque tout est basé sur cette approche qu'on pourrait donc qualifier d'"ambient" ou "atmosphérique", ou même de "brumeuse", "brouillardesque", "ventilante", "vaporeuse, mais avec un peu de tramontane", que sais-je. La seule grosse différence repose sur la production qui pour Ash Borer se voudra bien plus corrosive que pour le côté Fell Voices. Autre particularité de ce disque noir qui pourrait faire dresser les cheveux des plus orthodoxes est la présence prégnante de l'amour, bon, un amour immodéré qui ressemble beaucoup à du narcissisme exacerbé quand on lit les paroles mises en exergue dans le livret (*racle la gorge*) : "Je veux toujours être un miroir qui reflète ton être total, et ne jamais être trop aveugle ou trop vieux pour porter ta lourde, chancelante image. Je veux me déplier. Nulle part je ne veux rester plié car lorsque je suis corné et plié, je suis alors un mensonge. Et je veux que mon sens soit vrai pour toi.". Oui, les plus coquins pourraient voir là une ode de l'auteur à son zizi mais il me semble vu la noirceur de l'enrobage qu'on est loin du registre d'un Pierre Perret. L'esthétique de cette scène dite de la chaine des "Cascades" située au nord ouest de l’Amérique du Nord semble plutôt se tourner vers une nostalgie assez étrange d'une écologie totale où l'on se fondrait dans le grand magma de tout ce bazar, comme dans un long trip sous champis, une écologie bien ancrée dans un endroit donné à savoir la cambrousse étatsunienne pluvieuse et forestière qui imbibe donc ces messieurs habillés en bûcherons et les transforme en chansonniers du Grand Tout - un peu comme si dans la ville de Twin Peaks on tombait sur un groupe de métalleux rêveurs et tristes. Malgré mon étonnement de voir ces gens à la fois jouer quelque chose qui ressemble à du black metal et avoir le look de documentalistes en vacances (poilus et bien chevelus), je ne peux m'empêcher d'aimer moi aussi, encore, cet hommage à la répétition, ces nappes de guitare, cette batterie blastant sans relâche entre l'intro et une conclusion en fade, ces voix mises en retrait et criant juste pour se mettre à l'unisson de la saturation de la guitare, car cela joue juste et simple, avec des intonations qui peuvent se retrouver aux Etats-Unis du côté du post-hardcore plus que dans les disques de Venom. Cet album vraiment addictif me pousse à en retourner la galette une fois de plus pour écouter ces titres sans titres, un peu comme lorsque tourne dans ses doigts une boule de drogue opiacée - sauf que là, point de vomi, à part bien sûr si vous mettez moins de quatre boules à ce disque ou que vous détestez les forêts d’épineux.

note       Publiée le lundi 20 octobre 2014

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