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Ray Lema › Medecine

cd | 7 titres | 37:45 min

  • Face A
  • 1 Marabout (Iyolela) [7:02]
  • 2 Ninga [6:37]
  • 3 Nzola [4:39]
  • Face B
  • 4 Peuple Eyo [5:54]
  • 5 Lusala [3:00]
  • 6 Bored Whore [7:10]
  • 7 Dansometer Reprise [2:00]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré au Paradise Studio, Chiswick, par Martyn Phillips. Overdubs enregistrés au Studio Davoult, Paris, par Hervé Le Coz. Mixé aux Good Earth Studios par Godwin Logie assisté de Sven et Gordon. Produit par Martin Meissonnier pour JF Bizot & Co. Masterisé au studio Tape1 par Geoff.

line up

Ray Lema (voix, CMI, prophet, PPG, DX7, moog, guitares, percussions), Athey Diapola (saxophone alto), Pape Thiam (sabar sur 3), Tony Allen (batterie sur 1 et 4), Boffi Babengola (batterie sur 1 et 7), Samba N’go (guitare), Group M’bamina (chœurs sur 2 et 6), Ballou et Pascal (chœurs sur 2 et 6), Martin Meissonier (programmation de synthétiseur), Martyn Phillips (CMI et programmation de synthétiseur), Thierry Fanfant (Fanfan) (solo de guitare sur 1)

chronique

Ou alors… C’est la plante, là. Vous avez visé ces couleurs, la feuille ! Sur que les fleurs doivent embaumer. On croirait presque que le carton glacé, fluo, va nous laisser du poudreux pollen sur les mains. Saturée, la botanique : cette variété là a du s’en manger, de la drôle d’éblouissante. Les immeubles en métal qui réfléchissent, sûrement. La serre c’est la rue, l’espace entier, la cité. Et les frondaisons de la campagne juste au bout de l’artère. Je m’en inhale une autre du même médicament… Drôle de bouture forte qui change les perspectives et fait mirages sur verre et bitume. Ray Lema est un type du Congo. Un fils de pasteur. Un qui a appris le piano gamin, au séminaire. Un prodige, sonate au clair de lune à neuf ans… Au moment d’enregistrer ce disque, c’est un homme qui en a trente de plus. Un Africain, qui entre temps s’est pris de passion pour multiples traditions continentales. Pour Hendrix, aussi, entre cent autres. Et pour l’électronique, les instruments de son temps, la flopée de claviers, les battements programmables. Tout ça est dans Medecine. Dosé avec un bonheur, un équilibre tout-juste, sur le bord du casse-gueule, assez rare. Les rythmes du pays, des populations, passés dans les machines qui font qu’ils claquent comme tapés sur des containers de tonnes de clous, la puissance de chaque coup lourde de mille atmosphères. Les sons de synthés funky ici tellement emballés par le pouls de la danse du cru, du quartier, du coin, que leurs facettes lisses vous renvoient comme des hallus les couleurs dans l’iris. Medecine est pour de bon un disque de "world music", à vrai dire. De ce qu’elle a été un temps bref, avant que ça tourne à la routine, aux séductions mises en rayon. La différence peut paraître mince mais elle est là : pas un parti là-dedans qui se vende à l’autre ; pas de tentative de décorer ; mais pas de sous-le-manteau, non plus, de trafic. Certains penseront sans doute que ces sons – les claviers "vocaux" qu’on retrouve à cette époque aussi bien chez Herbie Hancock que chez Art Of Noise ou Laurie Anderson ; les synthés-flûtes "ethniques" – ont abominablement vieilli. Pour moi, l’usage qui en est fait là – l’équilibrage, le mixage simplement de ces timbres avec les intonations des langues du pays, cette souplesse filante du chant, la frappe de Tony Allen sur deux morceaux, les percussions, tambour sabar… – les exempte de toute flétrissure. Ce sont réellement, ces tissages, alliages, de nouveaux textiles, de nouvelles surfaces. Mais sur de vrais corps. C’est de là que naissent les façons inédites de marcher ; de sentir l’air, protégé ou exposé ; des tentatives de modes de vie. Cette musique est brillante. Solide de lignes – celles-ci pourtant qui sont mouvantes. Les trajectoires vectorisées par cette informatique vue d’ici sommaire, brute – trente ans plus tard, j’entends – n’y sont pas asservies. Elles épousent leur insécable mais les heures passées peut-être – 1985, donc… dites vous bien que toute opération voulait encore qu’on mette les mains "dans le ventre du programme" ou peu s’en faut – à fignoler chaque détail, chaque variation de tel ou tel élément, ont été consacrées, semble-t-il, à définir plutôt que de rigides lancées la plus juste articulation. Il y a dans ces compositions tous ces savoirs vivants, vécus, questionnés, joués ; ceux de Lema lui-même : jazz, funk, en plus des fameux classique et baroque récoltés dans l’enfance ; la main droite déliée, la mélodie tracée, l’harmonie bien connue, et ses renversements ; et à la gauche, cette merveilleuse élasticité des basse jouées sur d’autres touches – une sorte d’effet de slap qui échappe au cliché parce que justement pas attaqué sur le manche, l’habituel instrument – aucun bassiste n’est crédité sur le disque, il semble bien qu’en effet ce soit le claviériste lui-même qui joue toutes ces parties là. Il n’y a pas ici – d’ailleurs ça ne saurait exister – d’image innocente. Medecine dit la beauté des horizons mais la dureté des sols, aussi, des bétons compressés, des hommes en costumes trois pièces – peut-être des escrocs drapés à l’ancestrale. Les chansons parlent de marabout, d’un Peuple Eyo ; mais d’une "putain blasée", aussi. Le ton de la voix – j’avoue n’en comprendre aucun mot, à part ce Bored Whore parlé, presque posément rappé plutôt que chanté, en anglais – semble parfois acerbe. Ce disque à vrai dire, serait une des réponses possibles à la "vision d’Afrique psychédélique" proposée par David Byrne et Brian Eno quatre ans plus tôt sur My Life In The Bush Of Ghosts. Il entretien avec celui-là comme avec d’autres un rapport de proximité de forme, de perspective ; à la fois s’en démarque parce que son point de vue sur "l’universel" – au sens réel de l’azimut géographique, pour les deux termes – diffère. Mister Heartbreak de la ci-avant citée Laurie A. ; certains essais de Jon Hassell que lui même disait appartenir à un "quatrième monde", en définir la topographie et l’habitat ; certains Riyuchi Sakamoto, même… Face à tous ceux-là, parmi eux, Medecine élève une "vision d’Afrique électrique". Lumineuse, éblouissante, même. Frénétique parfois, aérée, ailleurs, vaste. Affairée à tout assimiler et transformer ; mais sans rien perdre de ses langues, sans nier les tiraillements, les traits modifiés par les emprunts, les matières importées devenues méconnaissables, remodelées au tour du receveur après qu’il ait démantelé les comptoirs coloniaux. Vision panafricaine. Vision vraiment mondiale, bien au-delà. Ce n'est pas fréquent, finalement. Parler natif mais qui a voyagé ; et qui voyage encore ; et n’en a pas fini.

note       Publiée le jeudi 9 octobre 2014

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Dioneo › jeudi 9 octobre 2014 - 17:35  message privé !
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Ben tu sens que le gars est attentif aux timbres et les utilise pas bêtement "sortie d'usine".

Les prod' de Meissonier de l'époque en "world" - celle là et d'autres - ont souvent plutôt bien vieilli, au passage. Le Kutché de Cheb Khaled/Safy Boutella, il me semble qu'il était dans le coup aussi, en '88. Et ça reste un sacré disque de cyber-raï, ça... Juste avant que ledit Khaled - et un peu la raï "international" en général malheureusement, même carrément assez généralement - tourne au gentil-funky petit à petit ou plus vite. D'ailleurs le Martin Meissonnier en question est il me semble lui aussi passé à ce moment là vers des, euh, "choix" qui me réjouissent moins, il me semble. Allez comprendre à quoi ça tient...

sergent_BUCK › jeudi 9 octobre 2014 - 17:23  message privé !
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Oui, j'étais tombé dessus en broc à 5€... par contre c'était dans le bac d'un disquaire à la retraite. Histoire de dire que c'est pas non plus forcément au milieu des Claude François et autre Cerrone qu'on le trouve celui là ;) ... mais oui, il est pas très rare, j'en ai croisé quelque autres exemplaires à droite à gauche depuis (et le disque est très bon au passage. Moi aussi ces sonorités un peu datées me parlent !)

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 9 octobre 2014 - 15:55  message privé !
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Eh eh... Je dis ça, encore une fois je suis tombé dessus dans un vrai rayon hein (et plutôt par hasard, c'est pas forcément ce genre de disque que j'allais farfouiller, chez Bimbo). Ceci dit je crois qu'il se trouve parfois en brocante pour pas cher (@Sergent Buck, tu m'avais pas dit l'avoir déniché comme ça ?). Les prod' Celluloid à priori, ils en tiraient pas mal donc en occase c'est en général pas rarissime, disons.

nicola › jeudi 9 octobre 2014 - 15:41  message privé !

Ah OK, je suis en fait un vieux con qui cherche d’abord dans les boutiques, pas sur internet.

Dioneo › jeudi 9 octobre 2014 - 15:27  message privé !
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Ah ben euh... Il est assez abordable sur discogs, en fait (y'en a même à moins de 5 euros (+ frais de port, OK) en LP). (Et bizarrement j'avais chopé ça chez Bimbo Tower, tiens, au passage, pour ma part).