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Goz of Kermeur › Irondelles

cd | 15 titres | 46:53 min

  • Cornet Frites
  • 1 Cornet Frites [3:31]
  • 2 Your Eyes [3:25]
  • 3 Bushes [2:56]
  • Honeyrose
  • 4 Serenada [1:23]
  • 5 Honeyrose [3:53]
  • 6 Bonheur [1:27]
  • 7 Pain [2:58]
  • New York
  • 8 New York [1:13]
  • 9 The Clowdboys [3:22]
  • 10 Dibidi [3:43]
  • 11 Redeye [2:36]
  • 12 Valz [1:06]
  • 13 Copenhagen [8:50]
  • 14 Aground [3:16]
  • 15 Clarinette [3:06]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et mixé par Christian Noël, studio Cactus, Marseille, printemps 1993. Production artistique Christian Noël & Goz.

line up

Yves Charmillot (guitare), Andreas Valvini (batterie & some vocal), Adrien Kessler (contrebasse & chant)

chronique

Le carrousel est déboussolé. Le type parle de matin bleu mais la voix fait des écarts, du détaché-sensuel-froid à la péroraison qui taperait plutôt dans le rouge. C’est voilé, question axe. La batterie envoie déraisonnable côté roulements. Le gars au micro s’énerve, après que la guitare ait fait des nœuds pour assurer sa prise avant de lancer en fond de mix sa sidérurgie. C’est déglingué – mais bon sang, ça tourne ! Même, ça tournerie jusqu’à ce que ça casse et que la contrebasse convulse en vue de lyrisme à gicler imminent, en entraînant tout le monde. Goz of Kermeur – trio de Suisses qui donne parfois, entendu d’ici, l’impression qu’ils étaient six ou neuf – jouaient une drôle de musique. D’un genre sans doute qui n’aurait pas pu naître à une autre époque – les années 90, souvenez vous : une certaine idée de l’outrage aux frontières par amour des contrées ; du style aussi, à ne pas s’en contenter. Il y a du jazz, là-dedans – celui qui, comme disait, Zappa "a seulement une drôle d’odeur" ; comme il y en avait dans certaines déviances d’un certain rock progressif – comprendre par là : comme le prenaient les plus fantasques du côté de Canterbury, comme ils en usaient et continuent de le faire chez les plus cintrés du R.I.O. ("rock in opposition", doit-on rappeler que ça peut être riche de sens, quand c’est pris littéral ?). C’est à dire pour le sens du rythme qui se décale sans cesser de parler aux zones où ça s’emboîte, se déboîte, où ça remue pour suivre. Et puis aussi parce que la dissonance c’est une vue de l’esprit quand il sait quoi en faire. Pareillement, il fait peu de doute que ces musiciens aient appris, pratiqué certaines formes du "classique contemporain", à les entendre jouer si vite, si précis, si piégé sans ciller – concentrés mais à l’aise sur les cascades et les cahots. Mais… Tout ça n’est pas assez ! Ce serait trop sage, posé, trop carrière peut-être. Plan plan ? Plutôt monter le volume, alors, semblent-ils rétorquer. Ramener de l’électrique – du "core", versant morsure et détraqué, du groove de hangar – qui leur foutrait la trouille, dans les salles à queues de pies. Donner dans l’expressif. Dans l’expressionniste, même, tant qu’à faire. Avec ce que ça implique de traits marqués obstinément jusqu’au grotesque – amenés au point où on ne sait plus vraiment si c’est drôle ou quelque peu inquiétant. Aussi : où on ne saisit peut-être pas – et où l’instant d’après on se rend compte qu’on s’en réjouit – pourquoi ça nous enchante, ces proportions étranges, ces contours vrillés, ces valses tordues, ces trios de chambre froissés qui s’emportent en ébullition. Il est net que les mecs ont l’oreille entraînée – peut-être absolue ? Alors… Autant qu’elle aille chercher le détail, la fine ouïe, nous étonne et se surprenne ; multiplie les plans d’écoute, malmènent le microton dans la ronde, se dérègle exprès sur un détail d’harmonique. Mais attention ! Qu’elle ne s’habitue pas trop, qu’on ne se croit pas arrivé ! "Vous êtes bien, là ?". Alors voilà de la secousse : levez vous ou chutez ! Le plus beau c’est que dans tout ça il n’y pas jonglerie, de tentative d’épate ; le climat est rude mais l’habitant sensible, au fond ; ce n’est pas l’émotion qui se planque sous le bruit : c’est sa manière à elle d’éviter le chantage ; ça ne vous fait pas de quartier mais surtout parce que ça ne vous prend pas pour un con ; c’est de bonne compagnie parce que pas facile à suivre – la partition peut se déchiffrer mais si de là tout était dit c’est qu’il n’en resterait rien ; la musique comme la poésie sont faites ici pour être déclamées, braillées – et chuchotées, parfois, caressées, amantes, amicales quand ça les prend. Il serait dommage, sous prétexte qu’on ne sait pas, qu’on ne peut pas dire ce que c’est, de se priver de cette tempête, de cette mêlée, de cette fête de timbres, de rythmes formidables, de mots parfaitement fous – ces deux derniers termes évidemment permutables. Il serait assez regrettable qu’après trois albums – celui-ci est le deuxième – le groupe se soit dissout. Qu’après des tournées perpétrées partout avec divers timbrés, coriaces, persistants, résistants et autres aimables et attachants singuliers aux génies frères du leur dans tous leurs azimuts – en vrac et non-exhaustivement : Napalm Death, Ornette Coleman, Pink Dots ou Kill The Thrill – chacun des trois membres s’en soient allés vers d’autres projets (le guitariste décédant pour sa part d’un cancer en 2001… Grosse perte pour la folie douce et vive, avanie pour les arts libres). Il nous en reste à écouter, encore, sans lassitude, sans ennuyeux confort. "C’est inclassable" nous dit un critique, chef de rayon culturel embarrassé. "Mais oui !", s’en réjouit un qui ne veut y voir rien d’autre, ne peut y déceler que l’excentrique, s’en contente comme d’un autre repère. Entendons plutôt voler la note, jubiler la mesure au moment de verser. "Mais alors, ce serait quoi ?", demande un impatient. Donnez à ça le nom qui vous plaira, au hasard si vous voulez : du moment que c’est l’un de ceux de l’irréductible et de l'indissolublement vital.

note       Publiée le dimanche 14 septembre 2014

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WZX › vendredi 25 janvier 2019 - 22:23  message privé !

Ils touchent dans le mille et on en redemande. Découvert il y a quelques mois et il me revient souvent. Ca passe tout seul, ce qui n'empêche qu'ils ont une forte personnalité. Charismatypique !

Klarinetthor › dimanche 29 octobre 2017 - 14:28  message privé !

http://moncul.org/goz-of-kermeur-gr.... Très bonne idée de réédition (Jelodanti/Atypeek/etmonculc'estdutofu/degelite) ça. 24 morceaux de GoK en edition limitée.

Klarinetthor › vendredi 19 septembre 2014 - 16:27  message privé !

oula il y a eu du développement depuis la dernière fois; oui concernant le coté musique de chambre, je ne voulais pas parler d'influence classique, mais de ce son ou on a l'impression que le son arrive par faisceaux distincts de chaque instrument, et que ça joue en cercle ou en arc de cercle autour de soi. Meme si des fois on a l'impression qu'il sont plus que 3, clairement. Finalement c'est normal devant un truc assez inclassable comme celui-ci mais nourri de plein de choses qu'on y entende chacun, de façon personnalisée selon ce qu'on a en tête et notre background, des choses différentes.

Dioneo › jeudi 18 septembre 2014 - 04:34  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Ça et les pochettes à tank-tatou.

Sigur_Langföl › jeudi 18 septembre 2014 - 04:32  message privé !

C'est pas tellement le terme de contemporain au sens large que je trouve génant, mais c'est l'association faite avec la musique classique. Je veux bien admettre que les gars de Goz of Kermeur en aient bouffé. Mais c'est pas ce qu'il joue, quoi. Tu parles de porosité, et je suis bien d'accord. Mais c'est pas justement ça, la première qualité de la musique progressive?