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Bästard › Blind Sink

cd/lp | 6 titres | 19:42 min

  • 1 Death Party [2:56]
  • 2 Mud [3:57]
  • 3 Daddy’s Lipstick [4:56]
  • 4 Veil of Light [reprise de Pain Teens] [2:20]
  • 5 Gladiator [2:02]
  • 6 Warriors/Friends [3:31]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et mixé par Remko Schouten au Waterland Studio, Venlo, Hollande, en janvier 1995.

remarques

Les six titres de cet EP sont également présents sur le deuxième disque du coffret/rétrospective de trois CD The Acoustic Machine, sorti par Ici D’Ailleurs en 2002 (et réédité par le même label en 2011).

chronique

Dans l’intervalle, ça se complique. Le son se charge encore, les fréquences s’amalgament en des gris et des noirs d’autres densités. Mouvantes comme jamais ou tenues fermes, magnétisées en blocs impénétrables. Bästard maîtrisent de mieux en mieux la masse, l’œil s’affute et le laps se contracte – toujours plus court, fulgurant – entre l’instant où il se fiche au point visée et celui où l’arme – main nue, lame, munition projectile – frappe. Les plans se multiplient, se scindent : le champs de profondeur. L’air porte des complexes : nuages ioniques, courants qui permutent leurs phases, particules de samples qui se délitent, passent, effleurent le point de mémoire juste avant la conscience de ce que ça draine, d’où ça provient. Bästard grandit, encore. Par réaction – nécessité sentie, résistance peut-être au devenir imminent : ne pas céder, ne pas bouger avant d’avoir ici tout épuisé, tout dit, mené au bout la tâche – on dirait qu’il leur faut pousser encore d’un cran la violence. Pour que ces savoirs nouveaux – simplement : cette technique qui s’affirme, cette sûreté du geste – ne se figent pas en substances de fabrique morte, simples pièces à assembler. Singulièrement aussi remonte la nervosité d’avant – là où l’album semblait trouver un détachement dans la déferlante même, une euphorie, presque, du risque : trop attentive aux pièges du terrain, aux trainées des néons en teintes vivides – où baignait, où croisait, où filait, où fendait la carlingue – pour s’embarrasser de peur, de crainte qui paralyse. Ce disque libérait de l’angoisse sourde d’avant – quand trois de ceux-là s’appelaient encore Deity Guns. Sans y retourner, la musique de cet E.P. semble se souvenir de cette anxiété. Talonner son ombre, cette fois, pourtant, la chasser au devant plutôt que d’en être tenaillée. L’envoyer en éclaireur, en user comme tenseur au point de vibration inouïe, maximum, inédit. C’est un disque plus ramassé – pas seulement par son format – que celui qui l’avait précédé. Compacté, même. Durci d’une hantise physique – on ne reprend pas en vain un morceau de Pain Teens, ni vraiment par hasard. Les moyens se multiplient – mais encore sans le dire. Les surfaces martelées, trop bosselées et enduites – crasse, suies, cambouis – pour qu’on soupçonne ici naissance ou séquelles d’une espèce de math-rock voire de post-rock. Mais la batterie pourrait rivaliser, la syncope – toute brutale soit-elle – tutoie déjà d’étranges cisaillements, la basse ressasse de curieuses montées en pression maquillées en bégaiement statique. Le jazz – qui affleurait son cuivre et roulait ses agilités, déguisées, sous certains fracas de l’album éponyme, semble se retirer là des évidences de forme. Il perce, pourtant, se colle en condensation à certaines baisses barométriques qui sont les vertiges de celui-là : comme une couleur qui attend, qui guette la seconde de pénétrer aux capillarités. Ce disque est rien moins qu’un recul, à tout prendre. Et pas plus un entre deux. Il réaffirme et il dévoile – reconnaissance du choc de l’accouchement et vision fugitive, abrégée, des trajectoires à développer. Embrassement de toutes les vitesses connues et à connaître. D’être si bref le rend un peu frustrant. C’est ce qui lui donne aussi sa puissance d’arrêt sèche.

note       Publiée le jeudi 11 septembre 2014

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Klarinetthor › lundi 22 septembre 2014 - 13:02  message privé !

Sachant que c'est encore plus hypothétique d'arriver à les interviewer sérieusement ces filles et gars-là."Quelles sont vos influences musicales?"

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Dioneo › lundi 22 septembre 2014 - 01:05  message privé !
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Ah oui, ça après c'est possible... Quoi qu'ils soient peut-être un tout petit poil jeunes pour mais après tout ils ont pu aller chercher ça au delà de l'évidence. On va devoir les interviewer pour s'en assurer, tiens.

Klarinetthor › lundi 22 septembre 2014 - 00:03  message privé !

Il y a une rage en plus et le coté carrément moins maitrisé certes; mais je ne serais pas surpris qu'ils aient écouté ça, les Headwar

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Dioneo › samedi 20 septembre 2014 - 18:19  message privé !
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Hum, tiens... C'est pas un rapprochement que je ferais, pour le coup. Y'a quand-même un côté bien plus "comme j'te pousse", chez Headwar, je trouve. (Ce qui est aussi ce j'aime avec eux, hein, vu que ça veut pas dire "poussif pour autant, plutôt "pousse ton cul, on fonce").

Et puis les membres de Bästard jouaient tous assez rarement en soutif, il me semble.

(Bon, et conneries à part c'est surtout que pour le coup la sophistication de la chose, ici - qui n'empêche pas que certains passages soient bien brutos et buités, hein, bien sûr ! - me les fait vraiment pas entendre pareil. (Et puis tout simplement je n'y trouve pas "la même ambiance", en fait, chez les deux groupes)).

Klarinetthor › samedi 20 septembre 2014 - 17:55  message privé !

Bon il passe carrément bien. J'aime ce coté varié, seulement 6 morceaux mais on en a pour notre temps, de curiosité et de punchs bien sentis. Il y a pas mal d'éléments communs avec headwar il me semble, passé les passages jazz; dans cette chose collante sonore, ces morceaux déconstruits, ces voix bizarres. Meme dans le jingle garage qui retentit à la fin de la face A, comme cette mélodie bontempi qui sonne la fin des concerts des amienois. 4,5

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