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Murmuüre › Murmuüre

k7 • 6 titres • 29:43 min

  • Face A
  • 1Primo Vere4:58
  • 2Reincarnate5:27
  • 3Torch Bearer4:20
  • Face B
  • 4Amethyst5:04
  • 5L’Adieu Au Soleil6:26
  • 6Disincarnate3:28

extraits vidéo

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enregistrement

Écrit et enregistré entre 2006 et 2009.

line up

F. (guitare, programmation, claviers, trompette, flûte, percussion, basse, voix)

Musiciens additionnels : H. (batterie additionnelle)

remarques

L'intégralité du disque est en écoute sur la page bandcamp de l'artiste (voir lien ci-contre).

chronique

D'accord, ce qui est advenu fut dérisoire. Au moins, il y a eu quelque chose. Oui, la Scène n’a été qu’une séquelle, au fond ; en partie une erreur, sans doute. Il y avait peu, très peu, presque rien, au départ : des solitudes, des garçons de peu d’années et hostiles à l’espoir. Ce qui reste est ailleurs – vif et d’essence mortelle, fugitive, force nue, brume d’Esprit – que dans les rangs de ceux qui ont suivi, dupliqué, accepté le geste brut comme nouvelle esthétique... Quelques adolescents, disais-je – Norvégiens pour la plupart – se sont saisis des instruments. Ont nié l’amusement, le recul, la chose métal et ses boutiques. Délibérément embrassé l’invendable, l’incommunicable, déclaré le repli, l’isolement comme seule condition vraie. Rejeté le Cirque Satanique des Genres, la mentalité publiciste, la subversion au poids… Les parades. En ont inventées d’autres : plus pauvres, plus sales, faites pour rebuter tout ce qui les dégoûtait. Misérables maquillages de terreur, de guerre, de mort : mais cette Misère est notre état. Et la Nature – les odes au Cornu n’étaient qu’une ruse pour la chanter, l’invoquer – méritait seule hommages et défiance, en sa Majesté, sa grandeur, ses pièges sans pitié, monstres tapis et merveilles offertes… Tout a fini en fait divers. Et les plus sots de ceux d’après – et ceux sans imagination, sans résistance à l’exemple, les insensibles au delà de l’évidence – ont fait une légende de ce qui s’abîmait : dans les meurtres et les pyromanies, dans les déclarations que certains des premiers, ayant compris, ayant mal grandi, lançaient comme de nouvelles provocations, simplement, falsifiées pour finalement céder à une très relative gloire… Très peu, finalement, ont su poursuivre, se jeter sur cette voie ouverte. Ceux-là pour la plupart sont réfractaires aux lumières trop publiques. Certains se terrent – Xasthur le misanthrope, qui coule la nuit sous le soleil exécré de sa Californie. Paysage d’Hiver, peut-être, avec ses cassettes au son expressément indigent, bruineux, blizzard, l’espace immense et glacé de la saison, la vue bloquée par les murs de neige. Des types seuls, encore, souvent. Leur art – à dessein sans doute – inapte à toute présentation en concert, en spectacle. Et leur musique certes salie, enregistrement parasité, contenances débordées. Mais pas pour faire acte orthodoxe. Pas par crainte d’être entendus… Murmuüre est de ceux-là. Ces trente minutes à peine sont celles d’une œuvre unique – et son auteur avance qu’elle pourrait bien l’être littéralement (au sens où elle serait sans suite, afin de ne pas faire redite, dilution). Une matière brute – session d’une heure d’improvisation à la guitare électrique sur des rythmes d'abord programmés – longuement retravaillée, tourmentée des années durant, pour en faire sortir les puissances affrontées, en lutte ; la beauté fragile, menacée, qui s’y meut, y tremble, s’y dresse et file ; la terreur sensible ; la contemplation extatique, et terrassée. Qu’on m’entende bien : tout ce qui se joue là, tout ce que porte la bande – ou quelque support par quoi ces plages vous seront restituées – porte la marque d’un artisanat de peu, moyens réduits, limites technologiques étroites, impossibilité de l’ornement, du polissage. Ce que Murmuüre garde du black metal – comme source, comme trace marquée dans le corps, la substance – c’est surtout cette maigreur démunie, vulnérable, la brutalité des paquets de fréquences anarchiquement mêlées, balancées, plus déchirées que pesantes ; abrasions, aiguisements qui ne sont que ceux du cri dans les ténèbres : signal et réplique. Cette musique sait son dérisoire. Combien elle est impuissante face au chaos vivant, aux remous – aussi : à l’immobile, au figé, à l’illusion collective du confort et des sécurités. De là, il n’est pas envisageable de tenter moins que l’impossible. Et cette musique – cet assemblage de bruits, ces empilements de strates de guitares en sifflements, cassures schisteuses ; ces parties de batterie brisées, remontées, remises ; ces superpositions en contrastes choquants ou amalgames que rien n’identifie vraiment – porte au delà de ses manques, par eux atteint l’ode magnifique. Ces nuages gris et noirs, électricité déboussolée, déphasée ; ces samples de mouches à charogne – à moins que ce ne soient des abeilles... des guêpes, des frelons – ou d’orchestre ; et ces cuivres de qualité acide qui tracent et se tissent, élèvent soudain la lumière qui perce ; tout ici est soif de l’Immense, nostalgie dans l’avenir de ne pouvoir l’atteindre, jamais ; pleine acceptation d’une Nature – on y revient – qui est le monde réel, vrai, organique, entier : non pas l’image d’un Créateur mais immanence pleine en son atroce et sa palpable joie ; les mêmes trompes qui parfois strient les cieux plombées des moments étirés d’un certain post-rock ou d’autres qui l’avaient précédé – je pense au Godspeed You ! Black Emperor sur Lift Your Skinny Fists… ou à l’album originel frémissant de Bark Psychosis – mais les griffures ici plus crues, chemins creusés aux germes. Murmuüre – le disque, car je ne sais rien, après tout de son auteur, ou si peu – est la conscience aigüe de la violence des bêtes, de la profondeur des cours et des bourbiers et de la hauteur intouchable des cieux ; de la souplesse des frondaisons, de l’élévation inespérée des cimes, des canopées qui pourtant frôlent les voûtes. Une solitude, encore : mais absolue. Une communion : entière, et qui sait qu’elle n’est qu’une fraction d’éternel qui périra bientôt. Parce que tout ce qui advient est toujours dérisoire. Et que l’Expérience vécue, rien ne pourra s’annuler de ce qu’elle aura touché, déplacé, entamé ou nourri.

note       Publiée le mercredi 10 septembre 2014

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notes

Note moyenne        17 votes

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Dioneo › mercredi 12 juillet 2017 - 15:33  message privé !
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Avec l'éternel retour des chaleurs lourdes, en ce moment - après l'orage bref mais dingue d'il y a quelques jours, ici - l'envie me reprend de me mettre au frais dans les bois. (Cette boucle de guitare, sur Reincarnate, là... Obsédante).

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Rikkit › mercredi 15 juin 2016 - 15:54  message privé !

J'ai eu la chance de récupérer le LP à 25e frai de port compris ou un truc comme ca, mais je viens de zieuter sur Discogs, c'est vrai que maitenant c'est une blinde pour se le procurer...

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yog sothoth › mercredi 15 juin 2016 - 12:29  message privé !
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Le type avait pas l'air fermé à une réédition, mais ça n'arrive pas...

Cinabre › mercredi 15 juin 2016 - 11:37  message privé !

Bucolique, secret et hallucinogène. Je crois qu'on est tous d'accord.

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Rikkit › mardi 14 juin 2016 - 23:46  message privé !

C'est forestier mais pas comme on l'entend naturellement dans le black metal.

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