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Missfist › Plein Spectres

32:31 • 2 titres

  • Face A
  • 1Tenir les murs14:59
  • Face B
  • 2Ville-Évrard gold session17:32

extraits vidéo

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enregistrement

« Enregistré, masterisé et délicatement interprété par Geoff, Julia, Olivier, Gero – juillet 2011 à Bondy 93 ».

line up

Julia Judet, Geoffroy Laporte, Gero, Olivier

Musiciens additionnels : Georges (special guest)

remarques

Pochette par Julia Judet et Sébastien Loraine.
L’intégralité de l’album est en écoute sur la page bandcamp consacrée au groupe par le label Et Mon Cul C’est Du Tofu (voir lien ci-contre).

chronique

Styles
ambient
dark ambient
gothique
noise
post punk
rock
rock alternatif
Styles personnels
le dernier inipi sur la gauche

J’entends déjà les vautours – ça semble être une guitare, les cordes sûrement frottées avec un truc, archet ou tringle ou règle en alu ; du crissant qui colle au fond, quoi. Et puis tout de suite la horde à cheval, cache-poussières au vent, les sabots martèlent la plaine. Tremble, Bondy, tu les avais trop mal pendus : les voilà qui reviennent les sacoches pleines de nitro et la tête de leurs balles fendues à l’opinel et frottées au jus d’ail… On attaque donc par Morricone direct, cette fois : ambiance western, accords surf réverbérés, lignes de slide héroïques un peu acides ; percussion grand-trot. D’un coup la course se casse. Et l’espèce d’arpège – en fait seulement deux notes en intervalle triste, gris – fait remonter sa pollution, cette atmosphère froide et sale, cocon morne mais familier. La ville-fantôme n’est jamais loin du métro, du périph : c’est la voie désaffectée. On se cache du vent dans la bouche du tunnel. Sauf que là monte un foutu riff, un thème de drame, de duel, un grondement qui annonce que ça revient de sous la terre. Gonflé, saturé, train mort qui jaillit de la mine à pleine puissance sans conscience aux manettes et les freins pour de bon bousillés… Tout sur ce disque – le son, les compositions – est plus gros, plus enflé de souffles parfois épiques parfois grosses bouffées de suies mortelles. Sur ces deux faces tout fait relief. La musique bien plus ample que sur le précédent – son unique face, plutôt, sur un disque partagé avec Lavigna. A croire qu’il leur a refilé les Esprits au passage, tiens, par contact. Qu’ils ont grandi dans leur mixture, ont muté. Ou alors c’est autre chose qu’ils ont chopé. L’envie d’un bain de goudron, par exemple. D’en enduire leurs tronches et leurs corps sous les robes en lambeaux – les mêmes qu’avant ; sauf que là on se prend à songer que les cicatrices à la surface des masques en cuir aient été laissées vraiment par des ongles de ce qui essayait en vain de sauver sa peau. Toujours ces mêmes échos de bobines diverses – ciné-club, Dernière Séance ou VHS en loucedé ; après le western – spaghetti encore ou Peckinpah ou d’autres du moment qu’il y avait des gibets et des flingues – d’autres métrages tous bricolés, histoires de poltergeist, de familles anthropophages dans le trou de l’Amérique, assauts de zombis sur écrans granuleux, la fille dans Evil Dead qui se fait forcer l'intimité par la forêt… La différence est que cette fois ils nous y plongent dans toutes leurs dimensions, à ces haleines de machins crevés qui se remettent à bouger, de chicots souillés et autres bouffées âcres. Question de focales, de détail dans les plans, de photographie bossée pour le livide et les soudains éclats de teintes saturées. Ils ont du travailler, oui : l'écriture, les angles, les moyens. Sans plus se soucier de donner le change quant au recul pris, maintenant, depuis le temps de la trouille vraie – et de l’excitation, avec – où ça nous jetait, tout ça, à l’époque de nous déflorer l’effroi. La face B, je trouve – avec son titre de pavillon aux aliénés – est spécialement, immédiatement prenante. Painful Gulch est encerclée ; dans la rue principale – la seule du bourg, en fait – les viandes humaines laissées telles quelles clapotent en pourrissant moins vite : c’est la nuit ; au cimetière ça s’agite, le vrai sabbat de grincements – c’est Salem et les Brûlées Vives sont revenues dire deux mots aux commensaux puritains ; et puis plus loin une squaw démente semble bien décidée à invoquer le Wendigo. Ce morceau est vraiment cintré, à vrai dire. Les taules bruitées des cordes et des cymbales cinglées qui pulsent cette purée de poix nocturne ; et la voix de Julia une fois de plus déformée, passée dans les effets, qui tourne cette fois carrément à l’inquiétant, à l’insidieux, au jeu qui part en vrille dans ces poussées d’aigus phasés trop hauts pour être naturels, que l’électronique tord et déchire ; dans ces grondements scandés façon danse du scalp. Un coup à y retomber le temps que ça dure, à cet âge où l’on ne croit pas que ce soit honteux, la peur du noir – et où on ne se demande pas si c’est normal ou sain d’aimer ça, ce frisson. On s’en paye autant qu’eux, la sorcière qui fixe le sol et les métallos scarifiés du dédale – et sont-ils plus que nous rassurés, la pupille moins dilatée ? ... Sacrée tranche de nuit injectée vinyle. Bonne secousse tout en pourpres et pointes froides alliages. Foutu nom adéquat qu’ils ont trouvé pour désigner le procédé, aussi – comme on dit cinémascope, technicolor, ou comment diantre s’appelle cette invention qui permet de leur coller une lune en craie, aux ténèbres, en post-prod ? Projection en Plein-Spectres : je ne trouverai vraiment pas mieux. Sur toute la bande passante et en ondes résiduelles. Et les voilà qui s’ouvrent cent accrocs dans l’écran pour se tapir au plafond et se planquer sous les sièges et déferler entre les premiers rangs.

note       Publiée le samedi 6 septembre 2014

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Note moyenne        3 votes

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Dioneo › vendredi 16 septembre 2016 - 01:32  message privé !
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Ça faisait longtemps, tiens. J'allais dire "il m'impressionne peut-être un peu moins qu'à l'époque (où je l'avais chro), ce disque, la faute en partie sans doute à l'écoute à volume pas trop poussé vue l'heure et que pas du tout envie de passer au casque". Et là BLAM ! Je me remange cette fin de face B avec la voix infectée au Pitch du Démon et ses arpèges en boucles de filins dégueulasses et froids. Brrr... Même avec le son pas dans le rouge, donc.

Dioneo › dimanche 7 septembre 2014 - 13:41  message privé !
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(M'en parle pas... Le riff qui déboule vers 3'12" (sur la face A) me colle au crâne depuis que j'ai réécouté ça un premier coup l'autre jour...).

Alfred le Pingouin › dimanche 7 septembre 2014 - 11:13  message privé !

J'aime bien, c'est prenant, brumeux, plein de grumeaux, y a même des morceaux dont on a du mal à se débarrasser!

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 6 septembre 2014 - 22:57  message privé !
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Y(an-Gant-Yan).M(ust).C(um).A(gain).

(Ou Yvanohé ou Yéovah ou Yen Vang ou Yog(euh... non) ou Ysangrin ou Yuca-Tang-Klang etc., hein, qu'on ne m'accuse pas de favoritisme/discrimination cultuelle...).

Ah oui... Je vous invite à écouter ce disque, aussi, au fait.

(Histoire que j'arrête de polluer les com' de mes propres chro, tiens... Quand-même).

Klarinetthor › samedi 6 septembre 2014 - 22:51  message privé !

On vit tous dans le Village global. (et j'aime beaucoup les bruns ahem; zut on est pas sur fcbk ici)

Note donnée au disque :