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Grandaddy › Under the Western Freeway

cd | 11 titres | 46:46 min

  • 1 Nonphenomenal Lineage [03:11]
  • 2 A.M. 180 [03:20]
  • 3 Collective Dreamwish of Upperclass Elegance [05:26]
  • 4 Summer Here Kids [03:35]
  • 5 Laughing Stock [06:00]
  • 6 Under the Western Freeway [03:01]
  • 7 Everything Beautiful Is Far Away [05:13]
  • 8 Poisoned at Hartsy Thai Food [01:13]
  • 9 Go Progress Chrome [02:31]
  • 10 Why Took Your Advice [04:07]
  • 11 Lawn & So On [09:04]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré à Floater and Headcorners, Modesto & Coulterville, CA.

line up

Jason Lytle, Aaron Burtch, Tim Dryden, Jim Fairchild, Kevin Garcia

chronique

Styles
indie rock
Styles personnels
lo-fi bricolo magique

L'été parfois ça me déprime. C'est qu'il faut pas croire ce qui se dit, on s'y fait bien chier aussi. Même en Californie. A Modesto, capitale de l'Etat du taux de chômage et du taux de suicides. Avec l'alcoolisme qui fait le lien. On s'y emmerde avec une puissance délétère, parfaitement néfaste, y a rien à y foutre. Je veux dire, encore moins que durant le reste de l'année. Alors c'est balade dans la campagne en vélo avec ses packs de bière et sa guitare, somnoler au son des criquets et des mouches qui viennent en bonnes fâcheuses grésiller comme des connes aux oreilles, avant que le vent dans les champs ne vienne les chasser un instant. De quoi laisser traîner son imaginaire, vouloir accéder aux étoiles, parce que la vie à Modesto, ben elle ressemble vachement à rien. Alors quoi faire sinon de la musique ? Du skate-board. Oui, c'est une idée ça. Mais même si t'es plutôt bon, tu finiras par te péter un truc, avec un peu de chance et là t'auras plus qu'à aller pointer pour toucher ton assurance chômage, comme les autres, tous ces fermiers qui s'endettent au point de devoir vendre. Le rêve américain il a du plomb dans l'aile, y a pas que du côté des ghetto de South Central que Cali c'est pas la marrade. Jason Lytle il en faisait du skate, et pas mal encore. Et puis paf, plus de genou. Du coup, malin, il enregistre chez lui, sur son matos, pas cher mais bien achalandé dans son salon, des chansons de sa petite voix délicate et brisée, qu'il pousse à l'occasion dans des colères comme le petit punk au coeur tendre qui se cache derrière sa barbe fleurie qui le fait passer incognito dans cette ville de bouseux entamés à la bibine. Et des belles chansons encore. Non, des très belles chansons même. Qu'il arrange bricolée, mais avec une classe, une élégance et une inventivité qui sied bien à son tempérament rêveur. Derrière lui, pour l'aider à mettre en forme, son groupe s'appellera Grandaddy. Une rythmique carrée, juste métronomique comme il faut pour créer une accoutumance hypnotique, comme le chant des criquets, justement. Un guitariste avec une belle gueule de guitariste, Jim Fairchild, qui aime brancher son instrument sur des pédales et faire du bruit, parce que vivre à Modesto, ça donne envie de faire crier très fort sa guitare, faute de crier soi-même. Et puis des claviers aussi, pour partir planer haut, très haut dans le ciel, pas question de rester coller sur cette putain de terre inhospitalière et toute triste. Mais des claviers un peu cheapos, des claviers qu'on a acheté d'occase avec le dernier chèque du "welfare", des claviers pourris, au son un peu ridicule, et du coup super touchants, d'autant quand on en fait sortir des mélodies aussi évidentes, chaleureuses et consolantes comme un vieux doudou élimé. Et puis pop aussi, parce que Jason Lytle, il a le don pour accoucher de petits gimmicks irrésistibles qui se fourrent dans le cerveau immédiatement, du coup ses claviers nasebroques, sa voix trébuchante et ses guitares qui crissent, elles composent ensemble comme de petits poémes épiques entièrement faits à la main, budget limité et batterie dans les chiottes, mais si à Modesto on n'a pas de pognon ben on a des idées. Plein d'idées. D'ailleurs c'est pas terminé, parce que pourquoi avoir tout un groupe si c'est pour chanter seul ? Alors y aura aussi tout plein d'harmonies vocales. Et pas des trucs à la ramasse, non, des harmonies vocales qui transportent, oh bien sûr avec des gueules bourrues de barbus et puis un gros bassiste, Grandaddy c'est pas un nom de boys-band. Mais ça fait comme les boys, justement, ceux en route pour la plage et qui s'étaient retrouvés plantés dans une bourgade agricole paumé, faute d'avoir pris la bonne ligne de bus. Et une fois abandonnés sur les trottoirs de Modesto, t'a plus qu'à t'ouvrir une bibine et pousser la chansonnette, parce que t'es là pour un bout de temps vu l'état des infrastructures. C'est pour ça que Jason Lytle se doit de bricoler, que c'est du lo-fi, y a pas moyen de faire autrement dans ce bled. Et qu'est ce que c'est beau quand Jason il chante son ennui, son envie de juste gratouiller son instrument dans la campagne, quelques pintes commes seules compagnes, le cerveau un peu à l'envers, juste assez pour finir dans l'éther, emportés par ces arpégiators de raccroc, mais magiques quand même. Et pousser une gueulante parfois contre toute cette merde. Ouais, l'été c'est pas ce qu'on vous fait croire, "Cause summer here kids, summer here totally lies, tourist info say I'd have a good time." Jason il branche et il débranche au gré de ses humeurs, mais il a des plans sur lui, des plans comme pour un jeu de Meccano, des plans pour construire des petites merveilles, avec trois fois rien. Mais trois fois rien à Modesto, c'est déjà beaucoup.

note       Publiée le samedi 6 septembre 2014

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Aladdin_Sane › samedi 13 septembre 2014 - 18:19  message privé !

Effectivement, le rapprochement entre Grandaddy et ELO est pertinent car ils ont repris notamment "Shangri-La" (extrait de "New World Record" d'ELO) en morceau caché sur leur dernier album "Just like the fambly cat".

Seijitsu › samedi 13 septembre 2014 - 16:47  message privé !

Certes, certes mais depuis ma découverte traumatisante de certains disques des Lips, je suis un peu méfiant avec tout ce qui s'approche de près ou de loin avec eux... Même si je me doute que ces groupes ont chacun leurs propres personnalité et qu'ils n'ont finalement pas grand chose à voir entre eux (genre Mercury Rev que j'apprécie environ 100 fois plus que Wayne et co, d'ailleurs, à quand la chro du génial Yerself Is Steam ?). Mais les à priori, on ne peut pas lutter contre eux et le meilleur moyen de les dissiper, c'est d'écouter la musique... Même si c'est parfois insuffisant.

(N°6) › samedi 13 septembre 2014 - 15:51  message privé !
avatar

Y a quand même un malentendu quand on veut toujours fourrer Grandaddy et Sparklehorse dans le même panier néo-psychédélique que les cramés de Mercury Rev et des Flaming Lips. Il y avait sans aucun doute un respect et une admiration mutuelle (Fridmann et Drodz qui vont filer un coup de main à Linkous, Jason Lytle et Wayne Coyne qui chantent sur Dark Night of the Soul etc…) et ils ont tous sortis des albums remarqués un peu au même moment, mais enfin la musique qu'ils font n'ont quand même pas grand chose à voir. Alors évidemment, on a comparé les voix de Coyne, Linkous et Lytle à Neil Young, c'était pratique mais ça mélange un peu tout. Les influences de Grandaddy, c'est très directement Giant Sand (c'est Howe Gelb qui va leur permettre de signer chez V2) et le rock indie lo-fi nineties d'une part, ça s'entend sur leurs premiers EP, mais aussi des groupes de soft-rock conceptuels comme ELO ou Alan Parsons Project (à partir du Software Slump, ça devient évident), références remisées au placard par la critique branchée au moment de comparer Grandaddy à Radiohead parce que ça ne faisait pas partie du canon. Faut pas abuser de racourcis, euh... abusifs.

Seijitsu › samedi 6 septembre 2014 - 21:38  message privé !

Belle chro qui fait envie. Mais connaissant ton goût pour les Flaming Lips, j'ai un énorme à priori avec ce groupe vu les descriptions que tu en fais ( je pense à la voix notamment).

moustache › samedi 6 septembre 2014 - 10:44  message privé !

Allez 4.5/6. Et quelle fin d'album !

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