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Lavigna/Missfist › Split Lavigna/Missfist

lp • 8 titres • ??:?? min

  • Face A : Lavigna
  • 1Frappe Frappe Katussia??:??
  • 2Rakotoh Frah??:??
  • 3Le Retournement Des Morts??:??
  • Face B : Missfist
  • 4Laisse Pas Traîner ton Fist??:??
  • 5Clint Feastwood??:??
  • 6Brulée Vive??:??
  • 7Baisse Ton Short??:??
  • 8Face à Toi Même??:??

extraits vidéo

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enregistrement

Face A (Lavigna) mixée par Olivierd’Ours Pelletier avec le coq, vers août/septembre 2009. Face B (Missfist) enregistrée par Olivier S. en août/sptembre 2009 ; mix mastering par Tania Barbier, octobre 2009.

line up

Julia Judet (Missfist ; bruits sur la face B), Geoffroy Laporte (Missfist ; composition et guitares sur la face B), Lavigna (composition, chant et instruments sur la face A), Nicolas Chevalier Sarris (Missfist ; guitares sur la face B)

Musiciens additionnels : Olivierd’Ours Pelletier (clarinette sur A1), Antoni Cionci (guitare folk sur A2), Alain « Astucieuxcoq1 » Halimi (flûte sur A3)

remarques

L'intégralité du disque est disponible en téléchargement légal et gratuit sur le site du label Et Mon Cul C'Est Du Tofu (voir lien ci-contre).
Peinture : Sébastien Loraine et Julia Judet.

chronique

Styles
chanson
folk
ovni inclassable
musiques du monde
Styles personnels
charters et famadihana

FACE A (Lavigna). Il faut bien l’avouer : J’ai eu du mal à entrer, de ce côté-ci du disque. Quelque chose attaque, dans cette musique. Déstabilise, flanquerait même un peu les jetons. Ce cordophone – une guitare ? un quelconque luth ? une mandoline ? – aux mélodies en boucles courtes et dissonantes ; cette voix qui saute – quand l’enregistrement ne les superpose pas, ne les mélange pas à la brut – d’un falsetto dérangé à une espèce de grognement, presque un "growl" façon premières années du death-metal ; ces paroles bizarres, narrations instables aux airs de roue libre… "Oui parfois elle frappe/Seulement quand son mari s’échappe/Son agressivité est magique". (Pas souvent en passant qu’on aborde les violences conjugales par ce bord). Ça ne s’arrange pas sur la plage suivante. De gros accords dézingués, les mêmes flûtes folles qu’auparavant, cette fois enfouies dans un mix bourbeux. Et puis : "L'ancien président s’essuie les fesses avec mon visage"… Diantre. Oh ? Ah… Ça ne semble raconter que des histoires, que des délires de dingues. Sauf qu’à fouiller un peu – où à se rappeler ce nom – le Rakoto Frah qui donne son titre à la piste n’est pas un personnage fictif ; un musicien mort neuf ans plus tôt, certes, mais bien réel, plutôt, légende dans son pays – Madagascar – héros du peuple, flûtiste, justement, qui jouait parfois sur des instruments en PVC ; personnage ambigu parce qu’à la fois aimé, admiré, et craint comme un déséquilibré ou un subversif ; un pauvre qui ne la bouclait pas : hérésie ou toute logique, en ces contrées ? Paradoxe presque affreux : c’est un billet qu’ornaient les traits de ce fils de l’indigence, avec quoi se torche l’ex-dirigeant plus haut cité… La folie n’est donc pas où l’on pensait : c’est de misère et de corruption que parlent ces chansons. D’un désir de fuite, aussi, qui tenaille les locaux. De vie impossible. De la désillusion infecte qui attend ceux qui passeront la mer, vers le gris étranger, vers le froid. Du réputé tiers-monde comme marché aux épouses, trafics charnels ou amours déréglées… Lavigna donne en sous-titre : "Ma vision de Madagascar". C’est en fait très franc, cette définition. Et la violence de cette musique est celle, sans doute, perçue par l’œil du voyageur, extérieur, la brutale répercussion de l’impact. Mais aucune moquerie, aucun sarcasme, dans ces torsions et ces cassures. Pas de naïve tentative d’improviser "comme", non plus. Ces trois morceaux, au fil des réécoutes, révèlent des structures travaillées, des rythmes composés, même relativement complexes. Les couches de bruits créent des reliefs certes éprouvants mais jamais aléatoires, si radicalement expressifs. Ce qui jaillit ici, affleure ou déborde, c’est peut-être l’émotion d’un type qui s’est pris de plein fouet un pays où tout manque, où la vie s’agite et combat sans couler sous la ligne sensible ; et qui loin de nous lâcher le traditionnel et imbuvable "ils n’ont rien mais au fond ils ont tout, nous, nous sommes des…", nous passe telle quelle l’empreinte du chaos, sa trace reçue, imprimée sans merci – et les stratégies, les tactiques, les mouvement vitaux d’humains qui par dessus, à travers, en dépit de ça existent, insistent pour être au monde, en être part, dans son visible et son caché. Cette musique, de fait, vibre d’un élan passionné, possiblement désemparé, aussi ; reconnaissance frappée de fraternité tout autant que modestie de ce qui ne se peut comprendre, de ce à quoi le visiteur reste exogène… Si Lavigna emprunte – ou trouve par hasard ? – l’un des procédé locaux, c’est peut-être dans ces accès documentés en certaines régions, qui assaillent certains individus lors de danses, de rites particuliers : ceux-là, alors, se mettraient à parler en un dialecte, en une langue d’un autre point de l’île, éloigné, distinct ; une glossolalie mineure, incomprise par le locuteur et ceux qui l’entourent mais, rapporte-t-on, parfaitement identifiable, grammaticalement et lexicalement juste pour d’autres Vernaculaires, à des centaines de kilomètres. On y croit si l’on veut. Et j'ignore après tout ce qu'a trouvé Lavigna sur ces terres. Il nous en ramène le choc, l'ébranlement : avec respect, et singulièrement. Et il conclut par une autre cérémonie : le Retournement des Morts. Ce n’est pas une bête image, encore, simple poésie. Tous les ans, quatre mois durant, on déterre réellement des défunts, on les sort à l’air libre. Il semble bien qu'on les mêle à la liesse. On les fait danser : sans pleurs, comme d’autres convives et d’autres commensaux. Prise d’ici, l’idée a quelque chose de radieux et d’effrayant : hommage puissant, fil jamais brisé mais présence concrète dont l’idée seule perturbe les entendements de nos latitudes. Quelque chose – dans ces timbres, ces battements, ces chants hautement étranges et ces angles cassés – insuffle en nous une part de saisissement terrible autant qu’émerveillé.

note       Publiée le mardi 2 septembre 2014

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chronique

Styles
noise
rock
Styles personnels
rer zone 13, voie 666

FACE B (Missfist). Ce côté-ci, dans une certaine mesure, nous est plus familier. Quoique l’entame en soit bien rude. Mécaniques d’accordage maltraitées en direct, crissements, tremblements de métaux, entrechocs – jam pour taules décaties. L’ambiance Missfist, de fait, mais dans son coin le plus déboussolé, cannibale, assassin, tétanos. Le boucan d’un bout de Texas fiévreux et fantasmé, enclavé Seine Saint-Denis : pour les masques de cuir, les robes dégénérées portés par ces mecs et cette fille que j’avais vu jouer sur de la terre à peine battue, sous un chapiteaux d'étais en bois poussiéreux et cuves de vin chaud… Environnement parfait, au vrai, pour cette musique. La suite du disque – de cette face – est plus flottante, moins heurtée, en apparence plus calme. Guitares réverbérées, son brumeux – les habituelles tourneries de Geoffroy, un peu Morricone, pas mal surf tout court, aussi, où certain entendront sans doute les échos de l’un de ses autres projets, celui-ci solo, le plus connu : Jessica 93. Sauf que pour ma part, Jessica Neuf Trois, ça ne m’a jamais vraiment parlé. Que je lui trouve souvent là-dedans un côté un peu facile, roue libre – hypnotique certes mais simplement où je n’entre pas vraiment, jamais trop longtemps. Alors pourquoi, ici, l’atmosphère m’attrape, s’infiltre et se force, épaisse, viciée, dans mes poumons ? L’absence de boîte à rythme, peut-être, qui grisaille, dépoli toujours plus le paysage, charge l’horizon et alourdit encore la brume ? Ce son pas propre, aussi, souvent à la limite de la saturation même sur les timbres à priori à peu près clairs ? … A vrai dire je ne sais pas. Mais le malaise de la sous-couche me gagne. Cette espèce de tristesse qui teinte la masse même quand ça semble vouloir partir en pochade – les bouts de phrases débiles sur la deuxième piste (des samples ? un des membres mâles du groupe qui improvise des bouts de n'importe quoi ?). Toujours est-il qu’une fois lancé, rien ne vient vraiment jurer dans la litanie, que la monotonie même de la chose en devient le charme morne ; que les minuscules silences entre les plages, même – alors que tout semble à l’origine joué d’une traite – ne brise pas l’écoulement des densités en lents resserrements et dilatations imperceptibles. Et puis… Il y a ce dernier morceau. Perturbant, vraiment pas net. Avec ce titre que la substance du son rend inquiétant, un poil : face à toi-même. Une blague tordue ? Un coup expressément mais vicieusement malsain ? Une fin bien rampante, en tout cas : les mêmes guitares en boucles d’accords mineures ressassées ; mais en toile sur quoi ça roule, autre chose : des rires et des cris, des éclats d’enfants dans une cour de maternelle ou d’école primaire ; et par dessus : la voix de Julia pitchée dans les abimes, façon femme-éléphant ou démone en chiffons frottés à la trame ; une sorte de plainte ou de babil taciturne ; ils ont beau se marrer, les gosses : à leur place on moufterait pas. Ils n'ont pas du encore la voir, l'entendre... Il y a un truc dans cette périphérie – allées, avenues, lotissements, voies Jean Jaurès-Béria-Zola, cave de bloc qui se prend pour une grange consanguine – qui déambule, qui erre, qui guette. Juste une espèce d’esprit qui aimerait bien choper l’ennui, trouver le moyen de le retourner quitte à lui faire un peu la peau. Sans s’emporter, rien de personnel. Comme il pourra. Peut-être même sans intention tout court. N’empêche quelle tombe bien mal, cette panne. Et qu’elle sent un peu trop fort et bizarre, cette fumée incrustée aux pores des murs en matières mortes. Et qu'elle ne dit rien qui vaille, cette forme pendue dans le vague à l'espèce de portique. Ça ne serait pas une carcasse, tout de même ! Ça vous aurait une taille, pour ça, qui ne la rendrait pas rassurante.

note       Publiée le mardi 2 septembre 2014

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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(@PerduVampyr : de rien ! La chro de l'album - de Missfist : Plein Spectres - devrait suivre vite).

Ouep, uniquement en vinyle... Mais du coup visuellement ça donne encore une autre dimension à l'objet. Et donc - encore une fois - c'est l'une des membres de Missfist (et un autre gars) qui l'a réalisé, de cette pochette ; comme de celle de l'album, d'ailleurs (et de quelques autres trucs...).

cyberghost Envoyez un message privé àcyberghost

Vinyle, la chose est pas sortie en cd pour ce que j'en sais ( d'ailleurs z'ont tout un stock de pochettes à écouler, parfait pour redécorer son salon :P )

vampyrlost Envoyez un message privé àvampyrlost

tres belle decouverte pour ma part , de la tres belle musique comme je l'aime :) .

merci dioneo !! ^^

notons tout de meme une jacquette CD des plus magnifiques .

Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

sur La voie Lamarque, la gratte rend encore plus fou que la voix, et sonne vraiment aride a premier abord (face A, notamment, car la face B est plus ludique rock).

Note donnée au disque :       
Dioneo Envoyez un message privé àDioneo
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Ouep, de rien... Le Plein Spectres suivra, ici. Et je le préfère également à celui-là : plus abouti, plus varié. Quant à ce split, la face Lavigna m'a bien plus saisi qu'avant, à la réécoute, ouais. Faut juste passer le cap du "ouch, c'est complètement timbré, ce truc" (la voix, c'est sûr... déjà).