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Einojuhani Rautavaara (b.1928) › "Cantus arcticus" - concerto pour oiseaux et orchestre

  • 2009 • Ondine ODE 1156-2Q • 4 CD

cd • 7 titres • 52:59 min

  • Ballade pour harpe et cordes (1973/1981) | 10:05
  • 1Ballade pour Harpe et cordes10:05
  • Concerto pour harpe et orchestre (2000) | 23:11
  • 2I. pesante9:59
  • 3II. adagietto5:18
  • 4III. solenne7:54
  • Concerto pour oiseaux et orchestre "cantus arcticus" (1972) | 19:23
  • 5I. suo (le marais)6:55
  • 6II. melankolia (mélancolie)5:18
  • 7III. joutsenet muuttavat (la migration des cygnes)8:09

enregistrement

Chants d'oiseaux enregistré sur bande par le compositeur; Enregistré en novembre 2004 au Finlandia Hall, Helsinki; Reijo Kiilunen (producteur executif); Seppo Siirala (producteur); Enno Mäemets (ingénieur)

line up

Helsinki Philharmonic Orchestra; Leif Segerstam (direction)

remarques

L'interprétation joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de cette oeuvre particulière. Les sonorités de l'orchestre, les legatos, les cadences, ainsi que le traitement de la bande magnétique sont les clefs d'une alchimie pas si évidente. Parmi les trois versions que je possède, celles de Pertti Pekkanen pour Finlandia, de Max Pommer et de Leif Segerstam, toutes deux pour Ondine, je déconseille assez largement la première. Les timbres de l'orchestre y sont trop marqués dans leur différences et l'ensemble manque donc de cette cohérence, cette convergence acoustique nécessaire à la mise en valeur des chants d'oiseaux. La précipitation du chef ainsi que le traitement bâclé de la bande, tant dans son mixage que dans son rendu à la limite de la saturation donne un aspect brouillon général qui nuit considérablement au pouvoir d'envoûtement de cette pièce. Grand praticien des symphonies du finlandais, Max Pommer est sans doute celui qui traite l'orchestre avec le plus de finesse et de fluidité, mais à titre personnel, je regrette un mixage un peu en retrait de la bande magnétique qui se retrouve parfois légèrement masquée par les instruments. Segerstam est donc pour moi le plus équilibré, tant dans son interprétation, la plus lente des trois, que dans sa gestion de la bande. La reverb' ajoutée à celle-ci sonne peut-être comme un artifice, là où Pommer la livre dans une nudité qui accentue son authenticité, mais l'effet fonctionne, et on peut raisonnablement penser que cette astuce participe à la perfection du mixage et de la fusion entre l'orchestre et les chants d'oiseaux.
La version de Segerstam est disponible sur simple CD chez Ondine ODE1041-2, couplée notamment avec le très bon concerto pour clarinette. Je prescris pour ma part l'acquisition du coffret "rautavaara concertos" de 4 CD chez Ondine, formidable compilation de l'intégralité des concertos du compositeur dans d'excellentes versions, pour un corpus qui présente peu de déchet. La tracklist présentée ici fait référence au deuxième CD de ce coffret.

chronique

Styles
musique classique
moderne
romantique
Styles personnels
histoire naturelle

Einojuhani Rautavaara est le musicien des paysages glacés, le nordique par excellence. "Cantus Arcticus" est son troisième concerto, un des premiers pourrait-on dire, et allait durablement marqué son style, celui d'un compositeur à la formation particulièrement impressionnante qui parcourut le monde à la recherche de toutes les écoles, avant de s'orienter définitivement à l'aube des années 70 vers une peinture épurée des étendues sauvages de l'Europe la plus septentrionale. Enregistrés sur bande par le compositeur dans les marais du nord de la Finlande, les chants d'oiseaux qui accompagnent l'orchestre de cette étonnante partition ne sont donc pas de charmants gazouillis forestiers, mais bien un concert de cris étranges et volontiers stridents, garants par leur nature même de l'atmosphère boréale et sauvage qui baigne l'oeuvre. Depuis la flûte serpent qui ouvre le "Cantus" jusqu'à la déclaration lyrique et emportée qui le clôture, Rautavaara développe une écriture mélodique et harmonique essentiellement atmosphérique, subtile et froide, jouant à l'occasion d'exclamations solitaires de cuivres, en échos aux cris des échassiers, mais surtout de voiles de cordes translucides dont les combinaisons mouvantes tissent et dispersent les harmonies mystérieuses et désincarnées qui vont et viennent. C'est sur cette dualité, cette rencontre entre une partition essentiellement composée de lents mouvements d'assise, austères et sobres, sombres et éthérés, et l'agitation aiguë, anarchique et dissonante des cris omniprésents, que repose le parfait fonctionnement de l'oeuvre. Une musique presque statique, typique du finlandais, une contemplation ralentie des dérives du soleil arctique sur les rives dénudées des marais qui sont le territoire des espèces dont le chant habille, agite et habite l'espace sonore mis en place. Pour parfaire l'alchimie, comme des passerelles entre le monde écrit et mélodique de l'orchestre et la frénésie incontrôlée du monde sauvage, Rautavaara installe des boucles courtes et répétitives, entêtantes, hautbois, flûtes et clarinettes reprenant les manières d'expressions des oiseaux; événements éparses tout d'abord, attirant l'attention, suscitant l'intérêt voire l'inquiétude, tourbillonnant jusqu'à l'ivresse pour enfin se conjuguer dans le troisième mouvement au plus fort de la vie animale, dans une accumulation sonore d'instruments et d'oiseaux aux frontières de la cacophonie, apothéose expressive et acoustique portée par une levée de cordes amples et puissantes, menée par le chant pathétique de la trompette. Partition emblématique de Rautavaara, le "Cantus arcticus" en expose le très grand talent, et les limites; un musicien particulièrement attachant, au langage clair et profondément envoûtant mais à qui il manque sans doute la petite pointe de génie pour rejoindre les rangs des plus grands maîtres. Plus porté sur le visuel et l'atmosphère que sur l'émotion intense et véritable, il a néanmoins développé une oeuvre à la fois personnelle et d'une très grande cohérence, d'une beauté froide et régulièrement saisissante. Mélodiste à la fois sobre et subtil, orchestrateur à l'équilibre remarquable, figure majeure de la musique finlandaise, Einojuhani Rautavaara s'adresse aux amoureux des steppes glacées et des ciels irisés. Ce jeu magique entre une frénésie vibratile des aigus et la toile ralentie de registres graves, cordes et cuivres, se retrouvera dans la majorité de ses oeuvres à venir : "Cantus arcticus", concerto pour oiseaux et orchestre, n'est pas seulement une curiosité, c'est aussi une authentique déclaration d'identité, d'amour aussi, dont le compositeur saura par la suite se montrer régulièrement à la hauteur.

note       Publiée le samedi 19 juillet 2014

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Nicko › jeudi 28 juillet 2016 - 16:02  message privé !
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RIP...

Sheer-khan › dimanche 27 juillet 2014 - 09:39  message privé !
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Oui, Aho bien sur, mais aussi Sallinen et surtout, même si plus torturé, Nordgren. Il y a aussi blackbird, d englund, sa numéro 2, la plus magique. Mais même si j apprécie Aho, dont je parlerais en son temps, je ne le mets pas sur un piédestal, comme beaucoup le font , simple question de goût bien sur, suis par exemple un rien réticent à la partie chantée de luosto (mais juste un rien). En symphoniste finlandais, outre Nordgren donc, j avoue adorer aussi le grand kokkonen... Quant à ce cantus, c est devenu un classique sans doute à cause de sa grande accessibilité et de la curiosité du truc... Un concerto pour oiseaux, c est une idée assez fraîche quand même... EDIT : pour la finlande, intéresse toi au jeune Pulkkis, pas encore de symphonie chez lui, mais son concerto pour clarinette (tales of joy passion and love) vaut le détour...

Arno › dimanche 27 juillet 2014 - 03:41  message privé !

Parmi les symphonistes finlandais, je dois dire que je préfère Aho à Rautavaraa... Il y a l'émotion et la passion et pas seulement l'atmosphère (comme tu dis) dans la musique d'Aho... Ce Cantus Arcticus est de la très belle musique, mais je m'explique mal le fait qu'il soit devenu un classique... (La symphonie n°7 de Vaughan-Williams est aussi bien)... Si je dois prendre une œuvre symphonique finlandaise de notre temps sur une île déserte, je choisis la symphonie n°12 "Luosto" de Kalevi Aho... (Si tu ne connais pas, tu m'en diras des nouvelles... Le premier mouvement est une réunion d'un millier de Shamans en furie)... (Et merci pour le petit concerto de Vagn-Holmboe, un bijou, à ranger à côté de la sonate pour flûte de Poulenc)...